ENTREVUE DE NAPOLÉON ET DE L'EMPEREUR D'AUTRICHE
Là, vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mou peuple vous reven-a avec joie, et il suffira de dire : « J'étais à la bataille d'Austerlitz », pour qu'on vous réponde : « Voilà un brave ! »
Napoléon savait parler aux ennemis comme à ses soldats. Au milieu de la bataille, Apraxin, jeune officier d'artillerie de la garde russe, que nos chasseurs avaient fait prisoraiier, fut amené devant l'Empereur. Il se débattait, il pleurait, il se tordait les mains : « J'ai perdu mes pièces, disait-il, je suis déshonoré ; faites-moi fusiller, Sire. — Jeune
Fig. 162, — Fac-similé d'une gravure allemande de 1806.
homme, lui répondit l'Empereur, j'apprécie, vos larmes ; mais on peut être battu par mon armée et avoir encore des titres à la gloire. » Napoléon fit insérer cette anecdote dans le trente et unième bulletin de la Grande Armée. C'était élever l'âme de nos soldats ; c'était plaire d'ailleurs à leur générosité naturelle que de témoigner de l'estime et de la sympathie à un ennemi brave et malheureux.
Cette bataille avait coupé les vaincus de la route d'Olmutz et de la Bohême. Ils s'enfuyaient au contraire en désordre sur la route de Hongrie, par où il leur restait un faible espoir de rejoindre l'archiduc Charles, arrêté sur le Raab. Mais Davout se lança à leur poursuite et les atteignit sur la Morava. Les débris d'Austerlitz étaient hors d'état de prolonger la lutte. L'empereur François convint d'une
SATOVÉOm I".
entrevue avec Napoléon pour mettre fin aux hostilités. Cette entrevue eut lieu entre Urschitz et Nosildovitz, à moitié chemin environ entre Austerlitz et Gœding, au milieu des avant-postes français et autrichiens.
Napoléon avait eu la courtoisie d'arriver le premier. Il reçut l'empereur François an bas de sa voiture, et l'embrassa. L'empereur d'Autriche fut rassuré par cet
HOUl^K DE VIENNF: A PARIS.!
Fig. 163. — Gravure anonyme de la collection Hennin.
accueil cordial. Napoléon s'excusant auprès de l'empereur de le recevoir en pareil lieu : ce Ce sont là, dit-il , les palais que Votre Majesté me force d'habiter depuis trois mois. — Ce séjour vous réussit assez bien, répliqua l'empereur d'Autriche, pour que vous n'ayez pas le droit de m'en vouloir. » L'entretien se prolongea longtemps entre les deux souverains. Napoléon promit d'accorder un armistice à la Eussie. Quant à la paix avec cette puissance, il dit que cela le regardait seul et il ajouta : « Croyez-moi, ne confondez pas votre cause avec celle de l'empereur Alexandre. La Eussie peut seule aujourd'hui en Europe faire une guerre de fantaisie. Vaincue, elle se retire dans ses déserts, et vous, vous payez avec vos provinces. » Conseil plein de justesse, que celui qui le donnait devait si complètement méconnaître pour lui-même en 1812! Quoi qu'il en soit,