TRAITÉ AVEC LA PRUSSE. — LE HANOVRE
l'Autriche allait en subir l'application immédiate. Pour la Eussie, elle devait se retirer en Pologne par journées d'étapes, sous la surveillance des troupes françaises. D'après les récits du bivouac, cet entretien des deux empereurs avait été plus court et plus simple. « Yous êtes l'empereur d'Autriche ? — Un peu,... Sire... et... c'est
Fig. 164. — « Le VI nivôse aii XFV, à IV benres du matin, la paix a été signée & Preabourg, entTe M. de Tallefrand et Ulf. le prince de Lichtenstein et de Oialay. » Grarorc de la collection Hennin.
sans doute à l'empereur Napoléon que j'ai l'honneur de parler. — Je ne sais pas, si vous le savez ! ! »
Alexandre n'avait pas même attendu que l'armistice fût signé pour en profiter. Davout avait atteint l'armée russe à Gœding et menaçait de la couper de la Pologne, lorsqu' Alexandre lui fit dire que la poursuite devait cesser, car il y avait armistice. « Je n'en sais rien, répondit le maréchal, mais j'en croirai la parole écrite de Sa Majesté l'empereur de Eussie. » Alexandre donna cette parole sur un morceau de papier écrit en toute hâte au crayon. Or le fait affirmé n'était pas encore vrai. Quoi qu'il en soit, l'affirmation au moins prématurée d'Alexandre avait sauvé l'armée russe.
Bientôt après, l'armistice était devenu une vérité. A peine Napoléon l'avait-il signé qu'il se demanda s'il n'aurait pas à s'en repentir. « On assure, raconte le trente et unième bulletin de la Grande Armée (4 décembre 1805), on assure que l'Empereur a dit après sa conférence avec l'empereur d'Allemagne : Cet homme me fait faire une faute, car j'aurais pu suivre ma victoire et prendre toute l'armée russe et autrichienne. » Il n'aurait plus eu d'incertitude sur ce point, s'il avait su dès lors que, le jour même, le czar écrivait au roi de Prusse de se hâter de le rejoindre, « car les Russes n'étaient, pas compris dans le traité qui se préparait ».
Le roi de Prusse, loin de répondre aux exhortations d'Alexandre, défendit à ses troupes, précisément en marche sur la Moravie, d'aller plus loin, et attendit le résultat de la négociation d'Haugwitz. Le lendemain de la bataille, celui-ci arriva au camp de Napoléon et lui fit des félicitations : (( Voilà un compliment, lui dit Napoléon, dont la fortune a changé l'adresse. » L'Empereur adressa ensuite de violents reproches à l'ambassadeur prussien sur son gouvernement, qui avait entrepris contre la France une guerre absurde et sans motifs. « Cependant, ajouta-t-il, je serai indulgent pour cette folie si votre roi veut me donner de solides garanties de sou alliance et accepter le Hanovre, en échange du territoire d'Anspach, du duché de Clèves et de la principauté de Neufchâtel. »
La Prusse ne perdait certes pas à l'échange des petites principautés du Rhin pour les provinces de l'Ems et du Weser, qui étaient contiguës au reste de la monarchie. Mais, d'autre part, accepter le Hanovre, c'était une déclaration d'hostilité contre l'Angleterre, d'autant plus sensible qu'au fond du cœur le roi Georges HI tenait plus à ses Etats patrimoniaux qu'aux trois Royaumes-Unis. Son esprit faible, vivement frappé des troubles passagers dont l'Angleterre avait été le théâtre sous son règne, voyait dans ces terres allemandes et fidèles un refuge assuré en cas de révolution. La question était donc des plus graves. M. d'Haugwitz n'avait pas de pouvoirs suffisants pour traiter. Mais les dangers que courait la Prusse étaient si pressants, sa situation si fausse, qu'il prit sur lui de signer ce traité d'alliance offensive et