‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 19 sur 389 · MARIAGE DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

MARIAGE DE BONAPARTE

grâce personnifiée. De son côté, Joséphine, quoique fort entourée, n'était pas insensible aux assiduités du jeune général. Cependant elle hésitait encore : Hoche et Caulaincourt l'aimaient aussi et demandaient sa main, elle ne croyait pas que Bonaparte fût appelé à un glorieux ave-

Hg. SO. — Joséphine, par Isabey; coiffure « à la coup de rent ».

uir : elle souffrait de l'entendre nommer le Général Vendémiaire. Barras triompha de ses résistances : plus clairvoyant, il lui montra en Napoléon un soldat destiné à la plus grande fortune. Le poète Népomucène Lemercier, que sa tragédie d'Agamemnon (1797) devait bientôt rendre célèbre, appuyait l'opinion de Barras. Elle fut heureuse de se laisser persuader. Elle accepta malgré les reproches de trop prudents amis, malgré les représentations autorisées de maître Raguideau , le notaire

des Beanharnais. Maître Raguideau n'épargnait même pas les quolibets contre le futur époux de la brillante créole : « Comment, veuve d'un militaire, songez-vous à en épouser un autre! et qui encore? un général Bonaparte qui n'a que la cape et l'épée, possesseur tout au plus d'une bicoque, un petit général sans nom, sans avenir, au-dessous de tous les grands généraux de la République! Mieux vaudrait épouser un fournisseur! » Bonaparte entendait tout d'une pièce voisine et pouvait à peine contenir sa colère. Il se modéra cependant jusqu'au départ du notaire, qui, heureusement pour lui, découragé par l'attitude de M'"^ de Beauliarnais, ne resta pas longtemps. Bonaparte devait prendre sa revanche, la veille du couronnement. Faisant appeler Raguideau aux Tuileries, il lui montra le manteau impérial, la couronne chargée de diamants, le sceptre d'or : « Voilà la cape et l'épée, » dit-il alors au malheureux notaire ébahi et confus. Le mariage eut lieu le 9 mars 1796, à 10 heures du soir. Bonaparte arriva en retard et l'officier municipal qui devait procéder à la cérémonie s'était même légèrement endormi. Bonaparte entre brusquement, le féveille en sursaut : « Allons donc ! citoyen, dit-il ; venez vite nous marier. » Depuis quinze jours (23 février), Bonaparte avait été nommé au commandement en chef de l'armée d'Italie, et dès le 11 mars, deux jours après son mariage, il quittait Paris, pour commencer ces opérations militaires qui devaient d'un seul coup le placer au premier ' rang des hommes de guerre de tous les temps et de tous les pays.

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