‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 20 sur 389 · CAMPAGNE D'ITALIE; PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE D'ITALIE; PREMIÈRE PARTIE

L'AIIMÉE d'ITALIE et ses chefs. — LE GÉNÉn.\L BONAPARTE. CAMPAGNE CONTEE BEACLIEU.

PRÈS la mémorable campagne de 1794, que Fox, devant le parlement anglais luimême, n'hésitait pas à déclarer « sans exemple dans les annales du monde », la France avait signé le traité de Baie, qui la réconciliait avec l'Espagne, la Hollande et la Prusse; elle n'avait plus pour ennemis sur le continent que l'Autriche et le Piémont. Réduit à un seul allié effectif, le roi de Sardaigne, Victor- Amédée II, déjà dépouillé d'une bonne partie de ses États, l'empereur François II n'en avait pas moins continué la lutte. Il comptait sur les subsides et les intrigues de l'Angleterre ; il comptait aussi sur l'épuisement et les discordes civiles de la France : la connivence de Pichegru avec les généraux autrichiens venait d'empêcher la campagne de 1795 d'amener aucun résultat. Aussi le gouvernement français, résolu h en finir, avait-il adopté le

vaste plan que Carnot proposait : trois armées marcheraient sur Vienne par trois routes différentes. L'armée de Sambre-et-Meuse , reformée, devait pénétrer en Allemagne par la vallée du Mein, puis entrer dans la vallée du Naab et se. réunir, vers Ratisbonne, à l'armée du Rhin, qui , franchissant le val d'Enfer, devait opérer dans le bassin supérieur du Danube. La troisième armée agirait d'une manière plus indépendante : c'était l'armée d'Italie, qui n'était encore que dans le littoral de Gênes. Si des succès décisifs la rendaient maîtresse de la vallée du Pô, elle devait rejoindre les deux premières en franchissant les Alpes rhétiques ou les Alpes carniques.

Trois jeunes généraux furent désignés pour ces divers commandements. Jourdan,né en 17G2, devait commander l'armée de Sambreet-Meuse, Moreau, né en 1763, l'armée du Rhin; le plus jeune, Bonaparte, l'armée d'Italie. — Les deux premiers étaient déjà éprouvés, illustres môme, et leur choix ne pouvait soulever d'objection ni dans le public ni dans le gouvernement. Il n'en était pas de même de la nomination de Bonaparte. Les hautes capacités militaires dont il avait fait preuve à Toulon et à Saorgio ne l'avaient fait guère estimer que de ses compagnons d'armes et n'avaient pas eu grand retentissement. Il n'avait jamais commandé en chef. Sa jeimesse était aussi une cause sérieuse de défiance, et, même parmi les officiers de l'entourage des Directeurs, il ne manquait pas de gens entendus pour faire remarquer qu'il appartenait à une arme spéciale, l'artillerie, et que ses services antérieurs le rendaient peu propre à la direction générale d'une armée. Mais Carnot, la plus grande autorité militaire du temps, et qui était lui-même un officier du génie, avait su apprécier la portée des plans qu'il lui avait soimiis : il le soutint avec une fermeté et une conviction qui n'est pas un de ses moindres titres d'honneur et n'iiésita pas à lui confier l'armée qui se trouvait dans la situation la plus difficile.

On avait pu croire un instant qu'il était inutile d'y envoyer un nouveau général. Le 25 novembre 1795, Schérer remportait la grande victoire de Loano, due surtout à ses lieutenants, Sérurier et Masséna. « Il faut être juste, avait dit Bonaparte, dont cet événement semblait dé-

fLAX DE LA CAMPAGNE DE 179G.

truire ou du moins reculer les espérances, c'est une belle bataille ; quant au général, attendez pour le juger son premier courrier. » Ce premier courrier fit voir, en effet, que Schérer n'avait pas su profiter de sa victoire. Il ne cessait de demander des renforts, des approvisionnements, de l'argent. Bonaparte, au contraire, promettait les plus grands résul-

i-ii'. -i. — i< i;e quoi vou-i i'i;Mi:iiez-Tous .-... Le liiapt'iiu iiiudlMn- couvre ol' ses jm^ ^'nuiou.v i'.-- diimles conquises par vomi ! ! et voua vou3 plaignez , quand il n'est pas un mortel qui ne vous porte envie !.., » D'après une lithographie de Ratfet.

tats sans rien demander, c'était un grand point pour un gouvernement réduit aux expédients. II fut agréé.

Bonaparte ressentit une émotion profonde le jour où il se vit au moment de réaliser les idées que, malgré sa jeunesse, il mûrissait depuis quatre ans. Après Saorgio, il proposait déjà à Dumerbion de porter l'armée au delà des Alpes. Depuis, il n'avait cessé de songer à l'Italie et, dès le début de ses relations avec Pontécoulant, il lui avait présenté le plan d'une campagne qui, commençant au littoral génois, ne s'arrêtait qu'aux environs de Vienne. Les mouvements généraux de notre armée étaient indiqués, comme ceux de l'ennemi étaient pré-

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VUS : le génie semblait maître des événements. Aujoiird'lmi, il ne s'agissait plus de faire accepter par un ministre un projet destiné à être transmis à un autre général; il s'agissait de l'exécuter soi-même. Quelles étaient les ressources dont Bonaparte disposait pour cela? Quelle était la situation de l'armée dont il allait prendre le commandement?

Il croyait trouver environ soixante mille hommes ; il n'y avait que trente mille hommes présents sous les armes, disséminés de Savone à Orméa. La cavalerie était dans le plus mauvais état, quoiqu'on l'eût envoyée se reformer sur le Ehône. L'artillerie, peu nombreuse, composée à peine d'une cinquantaine de bouches à feu, manquait de chevaux et n'avait pas de pièces de siège ; la pénurie des moyens de transport était telle qu'on ne pouvait que difficilement profiter des ressources enfermées dans les arsenaux de Nice et d'Antibes. Partout la misère et le désordre ; pas d'habits, pas de distributions, pas de solde. Tandis que les fournisseurs, spéculant sur la souffrance de l'armée, étalaient un luxe insolent, les soldats n'avaient que des vêtements en lambeaux : souvent un mouchoir déchiré remplaçait le chapeau détrempé ou défoncé, des chaussures en tresse ou en lisières, grossièrement faites par ceux qui les portaient, tenaient lieu de souliers.

Les soldats ne vivaient que de pillages. Cette vie d'aventures , d'incertitude, d'escalades au milieu des rochers et de combats où ■ quelque heureuse trouvaille pouvait leur faire oublier la disette des jours précédents ne leur déplaisait pas. Ils avaient organisé la maraude avec une sorte de régularité ; des bandes isolées faisaient des incursions rapides dans les vallées méridionales du Piémont ou dans les pays du littoral qui n'étaient pas encore épuisés, se livrant à tous les excès sur leur passage, au point qu'on a pu les comparer aux grandes compagnies du quatorzième siècle que Duguesclin conduisit en Castille. Mais cette armée avait conservé, malgré tout, de grandes vertus guerrières, un vif sentiment du patriotisme et de l'honneur militaire. Un grand nombre d'officiers, tels que Pelleport et Joubert, même de simples soldats, déploraient ces actes qu'ils ne pouvaient empêcher. Combien, parmi ceux qui s'en rendaient coupables, ne faisaient que céder à l'en-

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