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PROJET DE TALLEYRAND SUR L'AUTRICHE

défensive, malgré ce qu'il y avait d'humiliant et même de honteux pour la Prusse, à abandonner si brusquement ses alliés de la veille. Il est vrai que l'humiliation était bien payée. Le traité fut ratifié avec quelques changements, le 15 février suivant. La nouvelle du traité de Schœnbrunn atterra les Autrichiens et hâta la fin des négociations. C'était Talleyrand qui les dirigeait avec le prince de Lichtenstein et Giulay.

Fig. 165. — ■William Htt. D'après la peinture de W. Owcn et la gravure de C. Brome.

Dès le temps de la capitulation d'Ulm, Talleyrand avait adressé à Napoléon un mémoire qui dénotait une grande intelligence de l'ensemble de la politique européenne. L'importance que les questions qu'il soulève a prise dans la politique actuelle donne un intérêt particulier au résumé que M. Mignet a donné de ce mémoire, dans sa Notice historique sur le prince de Talleyrand.

« Talleyrand, difc-il, faisait remarquer à l'empereur que l'Autriche et l'Angleterre étaient alors les ennemies naturelles de la France, et la Russie son ennemie indirecte par la sollicitation des deux autres et par ses projets sur l'empire ottoman ; que l'Autriche, tant qu'elle ne serait pas en rivalité avec la Russie, et la Russie, tant qu'elle resterait en contact avec la Porte, seraient facilement unies à l'Angleterre dans

une alliance commune; que du maintien d'un tel système de rapports entre les grands États de l'Europe naîtraient des causes permanentes de guerre ; que les paix ne seraient que des trêves et que l'efFusion du sang humain ne serait jamais que suspendue. Il se demandait dès lors quel était le nouveau système de rapports qui, supprimant tout principe de mésintelligence entre la France et l'Autriche, séparerait les intérêts de l'Autriche et ceux de l'Angleterre, les mettrait en opposition avec ceux de la Eussie, et par cette opposition garantirait l'empire ottoman et fonderait an nouvel équilibre européen. Telle était la position du problème. Voici quelle en était la solution. Il proposa d'éloigner l'Autriche de l'Italie en lui ôtant l'État vénitien, de la Suisse en lui ôtant le Tyrol, de l'Allemagne méridionale en lui ôtant ses possessions en Souabe. De cette manière, cette puissance cessait d'être en contact avec les États fondés ou protégés par la France, et elle ne restait plus en hostilité naturelle avec elle.

« Pour surcroît de précaution, l'État vénitien ne devait pas être incorporé au royaume d'Italie, mais être interposé comme État républicain et indépendant entre ce royaume et l'Autriche. Après avoir dépouillé celle-ci sur un point, il l'agrandissait sur un autre, et lui donnait des compensations territoriales proportionnées à ses pertes, afin que, n'éprouvant aucun regi'et, elle ne fît aucune tentative pour recouvrer ce qui lui aurait été enlevé. Oîi étaient placées ces compensations ? Dans la vallée même du Danube, qui est le grand fleuve autrichien. Elle consistaient dans la Valaquie, la Moldavie, la Bessarabie et la partie la plus septentrionale de la Bulgarie. Par là, disait-il en concluant, les Allemands seraient pour toujours exclus de l'Italie, et les guerres, que leurs prétentions sur ce beau pays avaient entretenues pendant tant de . siècles, se trouveraient à jamais éteintes; l'Autriche, possédant tout le cours du Danube et une partie des côtes de la mer Noire, serait voisine de la Russie et dès lors sa rivale, serait éloignée de la France et dès lors son alliée; l'empire ottoman achèterait, par le sacrifice utile de provinces que les Russes avaient déjà envahies, la sûreté d'un long avenir; l'Angleterre ne trouverait plus d'alliés sur le continent, ou n'en trouverait que d'inutiles ; les Russes, comprimés dans leurs déserts, porteraient leur inquiétude et leurs efforts vers le midi de l'Asie, et le cours des événements les mettrait en présence des Anglais, transformant en futurs adversaires ces confédérés d'aujourd'hui. »

Pousser l'Autriche vers les annexions orientales et slaves pour l'éloigner de l'Allemagne, n'est-ce pas la politique que M. de Bismarck a reprise au congrès de Berlin, et n'y avait-il pas pour la France de 1805 quelque intérêt à agir de même? Talleyrand voyait peut-être les choses de trop loin ; mais c'était là du moins une remarquable vue d'avenir.

Quoi qu'il en soit, Napoléon s'en tint à des avantages plus précis et plus immédiats dans le traité de Presbourg, signé le 26 décembre 1805.

TRAITE DE PRESBOUllG.

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