MORT DE PITT
L'Autriche payait une contribution de 40 millions de francs. L'Istrie, la Dalmatie, le Frioul et la partie des Etats vénitiens abandonnés à l'Autriche par le traité de Campo-Formio étaient réunis à la France. On stipula sagement la séparation des couronnes de France et d'Italie, mais le vague des expressions permettait de la différer jusqu'à la paix générale ou jusqu'à la mort de Napoléon. Là Bavière obtint Passau avec le Vorarlberg, le Tyrol allemand et italien. Le duc de Wurtemberg obtint la Souabe ; le margrave de Bade, Constance, le Brisgau et l'Ortenau. L'Autriche reçut les principautés de Salzbourg et de Bertholsgaden enlevées à l'archiduc Ferdinand, qui con-
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serva son titre électoral et à qui la Bavière donna en échange Wurtzbourg, qu'elle avait reçu en 1803. L'Autriche obtenait en outre la sécularisation à son profit des biens de l'ordre Teutonique, soit 120.000 habitants et 1..500.000 florins de revenu. Le Wurtemberg et la Bavière étaient érigés en royaumes, le margraviat de Bade en grand-duché. Dans ces trois États, la noblesse immédiate était supprimée. Le roi de Bavière affermissait son alliance avec la France par des liens de famiUe, en donnant sa fille Augusta, une des princesses les plus accomplies de son temps, en mariage à Eugène de Beanharnais.
Celui dont les soins avaient réussi à former cette coalition, qui venait de se rompre si rapidement au traité de Presbourg, Pitt, ne put survivre au triomphe de Napoléon.
La nouvelle de la capitulation d'XJlm l'avait affecté avec tant de violence que le succès de Trafalgar ne put lui rendre le calme et la santé. « Pitt ne voulut pas croire aux premières rumeura flottantes sur le désastre d'Ulm, raconte Macaulay dans ses Essais historiqiies. Il était irrité des inquiétudes de ceux qui l'entouraient : « N'en croyez pas un mot, disait-il, ce n'est qu'une invention. » Le lendemain, il reçut un journal hollandais qui contenait le récit de la capitulation. C'était un dimanche et les bureaux du ministère étaient fermés. Il ne savait pas le hollandais et porta le journal à lord Malmesbury, qui avait été ministre en Hollande. Lord Malmesbury le lui traduisit. Pitt essaya de se raidir ; mais le coup était trop rude, et il sortit, la mort peinte sur le visage. Il mourut quelques semaines après, le 23 janvier 1806.
Napoléon a porté sur lui uu jugement très rigoureux :
(c M. Pitt a été et demeure l'homme de l'aristocratie européenne; c'est son système qui a ménagé l'asservissement de la cause populaire et le triomphe des patriciens... Il a été le maître de la politique européenne. Il a tenu dans ses mains le sort des peuples : il en a mal usé. Il a incendié l'univers. Cette conflagration universelle de vingt-cinq ans, ces nombreuses coalitions qui l'ont entretenue, ce bouleversement, la dévastation do l'Europe, les flots de sang des peuples qui en ont été la suite, la dette effrayante de l'Angleterre qui a payé toutes ces choses, le système pestilentiel des emprunts sous lesquels les peuples demeurent courbés, le malaise univereel d'aujourd'hui, tout cela est de sa façon. La postérité le reconnaîtra; elle le signalera comme le génie du mal. » (Las Cases, t. VII, p. 218.)
Napoléon ne montrait pas plus d'impartialité et de justice envers Pitt, que Pitt lui-même n'en avait montré envers Napoléon (1). Quoi qu'il en soit, la mort du grand ministre anglais ne devait pas mettre fin à la guerre. Les intérêts et les passions qu'il avait personnifiés avec tant d'éclat lui survivaient.
(I) On trouvera un intéressant jugement sur Pitt dans une lettre de Joseph de Maistre écrite de Pétersbonrg le 17/29 mars 1806.
D'après Âppîani.