LETTRE DE NAPOLEON
La guerre était certaine. Cependant, elle n'était pas encore déclarée. Napoléon se trouvait déjà à Bamberg, lorsque, le 7 octobre 1806, il reçut l'ultimatum de la Prusse. C'était le duc de Brunswick qui avait rédigé ce nouveau manifeste, aussi ridicule en son genre que celui de 1792 :
« Que les troupes françaises, y était-il dit, qu'aucun titre fondé n'appelle en Allemagne, repassent incessamment le Rhin, toutes sans exception, en commençant leur marche le jour même où le roi se promet une réponse de l'Empereur et en la poursuivant sans s'arrêter. Car, au point où en sont les choses, c'est le seul gage de sûreté que le roi puisse admettre. »
Le goiH-Tai 1 riant.
L'Empereur ayant à dessein laissé passer le 8 octobre, date fixée par le roi de Prusse, lui envoya par un officier d'ordonnance une lettre bien différente de celle qu'il avait écrite à l'empereur d'Autri- j.,g j^j
che, et qui indiquait bien son irritation. On y remarquait surtout les passages suivants :
« Monsieur mon Frère , Je n'ai reçu que le 7 la lettre de Votre Majesté du 25 septembre. Je suis fâché qu'on lui ait fait signer cette espèce de pamphlet...
« J'ai reçu immédiatement après la note de son ministre du 1" octobre. Elle m'a donné rendez-vous le 8. En bon chevalier, je lui ai tenu parole ; je suis au milieu de la Saxe. Qu'elle m'en croie : j'ai des forces telles que toutes ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. Mais pourquoi répandre tant de sang...
<< Je ne prise point une victoire qui sera achetée par la vie d'un bon nombre de nos enfants. Si j'étais à mon début dans la carrière militaire, et si je pouvais craindre les hasards des combats, ce langage serait tout à fait déplacé ! Sire, Votre Majesté sera vaincue ; elle aura compromis le repos de ses jours, l'existence de ses sujets sans l'ombre d'un prétexte. Elle est aujourd'hui intacte et peut traiter avec moi d'une manière conforme à son rang. Elle traitera avant un mois dans une situation différente.
« ... Sire , je n'ai rien à gagner contre Votre Majesté ; je ne veux rien et n'ai rien voulu d'ElIe. La guerre actuelle est une guerre impolitique. »
Cependant l'armée prussienne était déjà arrivée en Tliuringe et oc-
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cupait une ligne allant d'Eisenach à léna par Gotha et Erfurt. Elle comptait 160.000 hommes sans le corps de Blucher, qui était dans la Hesse, et celui de Tauenzien qui occupait Plauen. Des réserves importantes devaient lui arriver par Halle. Le plan du duc de Brunswick était de s'avancer rapidement sur le Mein et de couper les routes du Rhin à l'armée française concentrée à Bamberg.
Pendant que l'armée prussienne manoeuvrait méthodiquement dans la Thuringe, Napoléon concentrait ses troupes dans le bassin supérieur du Mein, autour de Bamberg, le long de la chaîne du Frankenwald, qu'il suffit de franchir pour passer de la région du Rhin à celle de l'Elbe, sans avoir à s'inquiéter duWéser et du massif de la Thuringe qui se trouve ainsi tourné.
L'armée française, composée de 160.000 fantassins et de 40.000 cavaliers, fut divisée en trois colonnes pour déboucher par les trois défilés du Frankenwald dans la vallée de Saale, et se placer entre l'Elbe et l'armée ennemie. Le point de concentration était Géra. Mais tandis que l'armée prussienne allait ainsi être coupée de sa base d'opérations, Napoléon, en ayant l'air de faire un mouvement analogue au sien, assurait ses communications, en laissant les contingents de la Bavière et du Wurtemberg à Bayreuth, le corps de Mortier à Mayence et celui de Louis Bonaparte à Wesel. Le mouvement fut exécuté avec la même précision qu'à Ulm et avec le même succès. La droite (Soult et Ney) se dirigea par Bayreuth sur Hof et Plauen, le centre (Bernadette, Davout, Murât) se dirigea par Cronach sur Schleitz, où le corps de Tanenzon fut mis en déroute. La gauche (Lannes et Augereau) se dirigea par Cobourg sur Saalfeld, où elle rencontra l'avant-garde de Hohenlohe. Le prince Louis de Prusse, qui la commandait, fut tué. C'était un de ceux qui avaient le plus contribué à la guerre. Son corps d'armée fut dispersé et nous laissa 33 canons et 1.200 prisonniers.
Le duc de Brunswick comprit alors la faute qu'il avait commise; craignant d'être tout à fait tourné, il se hâta de regagner l'Elbe, mais il était trop tard. Toute l'armée prussienne formait deux masses. Le duc en personne commandait la première, où se trouvait le roi, et se dirigea aussitôt sur Naumbourg et Halle. Le prince de Hohenlohe, avec le reste de l'armée et l'aile droite qui se trouvait à Weimar, était chargé de couvrir la retraite. Cette seconde masse se tenait alors sur la rive gauche de la Saale : elle occupait le plateau très étroit d'Iéna, clef de la position, qui était escarpé, surtout du côté vers lequel