GLOIRE ET TRISTESSE DE NAPOLÉON
et l'électeur de Hesse-Cassel, l'instigateur de la quatrième coalition. Napoléon déclara que ces trois princes avaient cessé de régner. Mortier fut chargé d'exécuter la sentence. Il envahit leurs Etats, licencia leurs troupes, occupa leurs forteresses. Le roi de Hollande se réunit à lui et tous deux envahirent le Hanovre, occupèrent Hambourg et tout le Mecklembourg. L'électeur de Saxe s'était hâté de faire la paix avec Napoléon, qui lui assura le titre de roi (11 novembre 1806). Les troupes
Fig. 178. — Marche précipitée de l'armée mue volant au secours des Fmsâieus. (Caricature de l'époque.)
de Bavière et de Wurtemberg, sous le commandement de Jérôme Bonaparte, se dirigèrent sur Dresde et de là sur l'Oder, et firent la conquête de la Silésie pendant que Davout s'emparait de Custrin et Augereau de Francfort. La Pologne prussienne fut envahie et Frédéric-Guillaume s'enfuit à Kœnigsberg avec 15.000 hommes, seuls débris de sa célèbre et orgueilleuse armée.
Que 100.000 Français parvenus à la perfection militaire aient battu 160.000 Prussiens, ce n'était pas merveille. «: Mais, dit M. Tliiers, c'est un événement étonnant que cette marche oblique de l'armée française, combinée de telle manière que l'armée prussienne, constamment débordée pendant une retraite de 200 lieues de Hof à Stettin, n'arrivât à l'Oder que le jour même où le fleuve était occupé, fût détruite ou prise en entier et qu'en un mois le l'oi d'une graude monarchie, le second successeur du grand Frédéric, se vît sans soldats et sans Etat. Et, ajoute l'historien, il ne s'agissait pas de Macédoniens battant les Perses, mais d'une armée européenne battant une autre armée européenne, toutes deux instruites et braves. »
Sans parler du génie de Napoléon, les oiRciers nobles de l'armée prussienne étaient enfÎQ obligés de reconnaître que le soldat français tirait, non seulement de la nature, mais de la situation sociale, une force que le soldat prussien, si brave et si discipliné qu'il fût, ne connaissait pas. On en voyait le curieux témoignage dans les lettres trouvées au milieu des bagages ennemis tombés entre nos mains. « S'il ne fallait que se servir de ses bras contre les Français, écrivait alors à sa famille un officier prussien, nous serions bientôt vainqueurs. Ils sont petits, chétifs. Un seul de nos Allemands en battrait quatre. Mais ils deviennent, au feu, des êtres surnaturels. Us sont emportés par une
ardeur inexprimable, dont on ne voit aucune trace chez nos soldats. Que voulez-vous faire avec des paysans menés au feu par des nobles dont ils partagent les dangers, sans partager jamais ni leurs passions ni leurs récompenses ! »
Avant de quitter Berlin pour se rendre sur le nouveau théâtre de la guerre, Napoléon répondit aux nouvelles vexations de l'Angleterre contre les marines de l'Europe par le décret qui ordonnait le Blocus continental et fermait aux vaisseaux et aux marchandises anglaises tons les ports du continent (21 novembre 1806) (1). Puis il adressa à ses soldats une proclamation dans laquelle il disait : « Les Russes se vantent de venir à nous : nous leur épargnerons la moitié du chemin,,. Qui leur donnerait le droit de renverser nos justes desseins? Eux et nous, ne sommes-nous pas les soldats d'Austerlitz ? »
Les Russes avaient occupé Varsovie, alors possession prussienne, puis en avaient été chassés par Murât, Davout et Lannes. Ils avaient pour chef l'Allemand Benningsen, officier instruit et doué d'une énergie à toute épreuve. Benningsen avait 60.000 hommes sous ses ordres. Devant le progrès de la Grande Armée et l'insurrection imminente de la Pologne, il se replia en livrant plusieurs combats, dont le plus important est celui de Pultusk (26 décembre 1806) et se retira par Ostrolenka, avec une perte de 10.000 hommes et de 80 canons, sur l'Aile, pour couvrir Kœnigsberg,
La mauvaise saison et l'état des chemins et des plaines, trans-
Fig. 179. — Benuiiigseu.
(1) Voir plus bas, chapitre X.