‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 204 sur 389 · EYLAU · texte numérisé non relu

EYLAU

une marche en arrière. La bataille fut une des plus sanglantes du siècle. Au moment où elle commença, il tombait une neige épaisse. Elle empêcha longtemps les deux adversaires de se rendre compte de leur position respective. Lorsque le ciel s'éclaircit, Augereau se trouva à cent pas du centre russe et d'une batterie de 70 pièces qui le couvrait. En moins d'un quart d'heure il fut foudroyé et perdit 5.200 hommes. L'infanterie russe pénétra jusqu'au cimetière d'Eylau, où se tenait Xapoléou. Il fit aussitôt appeler Murât : « Eh bien, lui dit-il, nous laisseras-tu manger par ces gens-là? » Murât rassemble 80 escadrons, et dans une charge de cavalerie qui resta la plus cé-

Fig. 161. — Ou ue passe posl I/après Chariet.

lèbre de ces longues guerres, il écrasa entièrement les deux premières lignes du centre russe. Mais il perdit les généraux d'Hautpoul et Corbineau. La bataille continua par une canonnade et ne tourna à l'avantage des Français que par l'arrivée de Davout, qui tomba vers midi sur la gauche des Russes et la refoula sur le centre. Les Prussiens de Lestocq s'étaient dérobés à la poursuite de Ney et étaient arrivés au nombre de 10.000 sur le champ de bataille pour appuyer la droite des Russes. Mais Ney les suivit de près et chargea cette aile avec la même vigueur que Davout. II était 9 heures et demie du soir et il faisait nuit noire lorsque Ney commença à attaquer l'aile droite. Benningsen avait 26.000 hommes hors de combat. Sept généraux, parmi lesquels Doctoroff et Barclay de Tolly, étaient blessés. Il se décida à battre en retraite, nous laissant 4.000 prisonniers, 2i canons, 16 drapeaux. Nous avions 3.000 morts et 7.000 blessés. La perte était bien inférieure à celle de l'armée russe; mais ce n'était

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pas là un succès comme ceux dont Napoléon avait l'habitude, et la victoire avait failli lui échapper jusqu'au dernier moment. « La fortune, dit M. Rambaud, prenait soin de l'avertir qu'elle ne serait pas toujours exacte à ses rendez-vous. » Le champ de bataille était horrible. Napoléon en fut lui-même épouvanté. Des milliers de cadavres était entassés les uns sur les autres et recouverts de neige tachée de sang. Le général Pelleport fut arraché par un de ses soldats d'un amas de morts sous lequel il était enseveli. L'Empereur fit recueillir les blessés et déblayer le champ de bataille. Une circonstance curieuse put lui montrer à quel point on avait exploité la crédulité des Russes pour exciter leur fanatisme. Des prisonniers amenés au général Colbert l'avaient supplié de ne pas les donner à dévorer à ses soldats. On leur avait croire que les Français étaient des anthropophages (1) !

Pendant que Benningsen se retirait sur Kœnigsberg, Napoléon restait huit jours à Eylau pour bien faire constater sa victoire. Il reprit de nouveau ses quartiers d'hiver. Bernadotte et Soult s'établirent sur la Passarge, à la gauche de la Grande Armée ; Ney, au centre, de Guttstadt à Allenstein; Davout, à la droite, sur l'Omulew. Le quartier général fut fixé à Finkenstein. Napoléon essaya vainement d'ouvrir des négociations soit avec la Russie soit avec la Prusse. Les deux nations renouvelèrent leur alliance à Bartenstein. La Russie et la Prusse formèrent même à Bartenstein une convention, dont les clauses sont fort remarquables, en ce que ce furent à peu près les mêmes que le congrès de Prague voulut imposer à Napoléon en 1813.

La Prusse et la Russie cherchèrent à faire entrer les autres puissances européennes dans la coalition. Mais l'empereur François se contenta d'offrir sa médiation. Le roi de Suède, battu à Anklam et chassé de la Poméranie par le maréchal Mortier, avait été obligé de signer un armistice. Enfin le ministère anglais refusa même de garantir un emprunt de 150 millions que faisait la Russie à ce moment.

Pendant que les puissances continentales étaient aux prises, l'Angleterre poursuivait de tous côtés ses accroissements maritimes ; elle envoyait une flotte dans la Méditerranée et intervenait aussi dans les hostilités qui avaient éclaté l'année précédente entre la Porte et la Russie.

Le sultan Sélim III et son vizir Barayctar, après s'être rapprochés de la France

(1) Dans le tableau de Gros, on voit un blessé russe essayant d'échapper à un Français qui s'efforce «n Tain de le rassurer.

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