INFLUENCE FRANÇAISE : ALLEMAGNE, ITALIE
l'exécution des travaux publics vraiment utiles, aussi bien sur le territoire français que dans les pays feudataires, Confédération du Rhin, Italie, Naples, Westphalie. Il est certain que cette administration, souvent attaquée aujourd'hui, parut un immense bienfait à tous les
Fig. 193. — Le roi Jérôme. D'aprè» FbiUppoteaux.
peuples auxquels la conquête l'imposa, parce qu'elle apportait avec une probité et une régularité en .général supérieures à celles des fonctionnaires qu'elle remplaçait, les principes civils de la Révolution (1). Elle y apportait l'égalité entre les citoyens, la tolérance religieuse, l'affranchissement du travailleur des champs aussi bien que des villes, la protection de l'accusé, la publicité de la justice. Elle y constituait aussi le contrôle du gouvernement. Dès le 7 juillet 1807, Napoléon
(1) Voir Bambaud, les Fiançais en AUemagyic.
écrivait à son frère Jérôme en lui annonçant qu'il allait être reconnu roi de Westplialie : « Mon intention est de vous donner une constitution régulière qui efface dans toutes les classes de vos peuples de vaines et ridicules distinctions. »
Le roi de Prusse comprit que son pays ne pouvait dorénavant jouer un rôle et se préparer aux luttes futures qu'en faisant appel aux idées françaises, en reconnaissant les droits du peuple, et, soutenant la noble politique de Stein, malgré la haine du parti nobiliaire, il avait signé le décret de Memel, qui fut le 89 de la Prusse. Ce décret abolit le seiTage dans tout ce qui lui restait de son royaume, autorisa la vente des diverses espèces de biens et permit que l'on passât, comme on l'entendait, de la classe de citadin (habitant des viUes) à celle de paysan. Cet acte, qui excita tant de colères chez une grande partie de privilégiés, fut l'origine de la régénération de la Prusse et de l'Allemagne.
Napoléon pensait, comme il l'a dit, que toute guerre européenne était une guerre civile, et il disait, le 10 février 1805, au Corps législatif :
« Je veux, autant que je poun-ai y influcr,'que le règne des idées philanthropiques et généreuses soit le caractère du siècle. C'est à moi à qui de tels sentiments ne peuvent pas être imputés à faiblesse, c'est à nous, c'est au peuple le plus doux, le plus éclairé, le plus humain, de rappeler aux nations civilisées de l'Europe qu'elles ne forment qu'une seule famille. »
Malheureusement il se laissait emporter à croire que cette famille devait être sous la domination d'un seul, et cependant il aurait dû voir, après Tilsit, combien il lui était difficile de jouer à la fois le rôle de général d'armée et de chef d'empire, de se préoccuper non seulement de remporter un succès décisif, mais de savoir quel effet tel ou tel mouvement militaire produirait sur l'opinion à Paris, en France, et en Europe. Nous verrons qu'il lui arrivera de sacrifier dans une certaine mesure le général au souverain et de préparer ainsi son échec militaire et sa chute du trône. L'état de son armée elle-même aurait dû aussi l'éclairer.
Elle ne valait plus l'armée de 1801 à 1807. A l'extérieur, les réfractaires étaient de plus en plus nombreux ; à l'intérieur, la conscription commençait à devenir un véri-