‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 216 sur 389 · L'ARMEE FRANÇAISE APRES · texte numérisé non relu

L'ARMEE FRANÇAISE APRES

table effroi dans tous les départements. Dans les troupes en campagne, il y avait aussi des symptômes de décadence.

Fig. 193. — Napoléon à Dresde, donnant la constitution Jn grand-duché de Varsovie (22 juillet 1807). D'après le tableau de Matoellin BacciarelU, lithographie à Dresde en 1811.

(A la droite de l'Emperetir M tiennent les ministres prince de Tftlleyrand et comte Maret. La Pologne est représenta par son gouvernement prOTisoire, ayant à sa tête SUnislas Malaehowski, pr^ident, et dont les autres membres sont : Gutakowski, Stan. Potoçki» Wybiçki, Dzialynskî, Biclinski, SobolewskI et Luszcsewski.)

Déplus, comme l'a dit Bugeaud (1), « dès 1807-1809, en raison des besoins toujours croissants de la guerre, dont le théâtre s'étendait incessamment, la composition de

(1) Cité dans L'Armée /rani;aUe en 1867, p. 82 et suiv. s.»poi.iox i".

l'armée s'affaiblit , sa constitution s'altéra. Dans l'esprit du gouvernement et devant les nécessités pressantes de la situation, les préoccupations de quantité, pour la formation des effectifs, durent l'emporter sur les préoccupations de qualité. On fit de grands efforts pour retenir sous les drapeaux les vieux soldats, qui devinrent trop vieux, et pour multiplier les jeunes soldats, qui furent trop jeunes, et, à peine formés, acheminés vers les armées actives.

« On vit alors se produire de graves désordres donnant lieu, le jour du combat, aux plus douloureux mécomptes. Toute armée de cent mille hommes, lancée en ligne et disponible pour l'action, laissait derrière elle, en cheminant, une deuxième armée de vingt à vingt-cinq mille hommes, formée de vieux soldats usés et indisciplinés, de conscrits affaiblis qui ne rejoignaient plus, vivaient sur l'habitant et constituaient ce que nous appelions l'armée des fricoteurs, mal désormais inévitable et incurable, et qui allait s'aggravant chaque jour. » C'était encore cependant une admirable armée, et on ne pouvait lui trouver d'infériorité sérieuse qu'en la comparant à elle-même.

Le prestige de Napoléon était intact pour les soldats. A vrai dire c'était plus qu'un général et un souverain pour eux, c'était un dieu. Lorsqu'on le voyait passer et que de rang en rang couraient ces mots : « Le voilà ! » tout était oublié et la mort la plus cnielle semblait douce. Coignet , entendant des officiers faire quelques critiques sur l'Empereur, dit qu'ils « blasphèment ». Ces sentiments devaient résister à toutes leurs souffi-ances et à toutes les fautes de leur chef. « Personne peut-être, dit Joseph de Maistre en 1813, n'a été plus à même que moi de faire des observations directes ou indirectes sur l'esprit français. Jamais je n'ai pu découvrir un seul signe de révolte contre Bonaparte : « Il « est trop ambitieux ou ambiiioniiaire, comme disait un soldat ; s'il veut que nous nous « battions, il faut bien qu'il nous nourrisse. » Voilà ce que j'ai pu connaître de plus fort ; mais jamais un mot ni un geste contre sa souveraineté. L'impression que cet homme fait sur les esprits est inconcevable. Un Piémontais prisonnier, qui était présent à la revue qui se fit avant de sortir de Moscou , m'a fait peur à moi-même en me disant : « Lorsque je le voyais passer devant le front, mon cœur battait comme lorsqu'on a couru « de tontes ses forces, et mon front se couvrait de sueur, quoiqu'il fît très froid. » Avec de pareils soldats. Napoléon crut tout possible.

C'est au moment où il avait tant de raisons de se modérer, qu'il se lança dans les affaires d'Espagne, où son ambition allait éclater dans tout son jour et où il allait joindre la perfidie à la violence. Les hostilités n'avaient pas cessé sur le continent à la paix de Tilsit. Pendant que le Czar se disposait à abandonner ses alliés et négociait avec Napoléon, le roi de Suède avait rompu tout à coup l'armistice (3 juillet 1807).

« Livré à des visions d'illuminé et fasciné par l'évêque de Lunden, non moins insensé que lui, dit M. de Barante, il enrégimenta quelques émigrés français sous d'Anmont et appela à Stralsund Louis XVIII, qui ne pouvait rester à Mittau depuis qu'Alexandre était en paix avec la France. Il croyait qu'à l'arrivée de ce prince, l'armée française, touchée de repentir et saisie d'enthousiasme pour son souverain légitime, s'empresserait d'abandonner Napoléon. Il déclara la guerre. » Elle ne fut pas longue. Le maréchal Brune vint assiéger Stralsund. Les opérations, conduites avec une

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