PORTUGAL
grande énergie et un talent supérieur par Chasseloup-Laubat, furent un modèle de précision, de vigueur et de promptitude. La villecapitula le21 août 1807. Louis XVIII, qui avait failli se faire prendre en se dirigeant sur Stralsund où les Français venaient d'entrer, débarqua à Carlscrona le même jour que Gustave IV. Les Suédois avaient perdu toute la Poméranie et l'île de Rugen.
En ce moment l'Angleterre compensait le désastre de ses alliés par une victoire plus honteuse qu'une défaite. Le Danemark avait
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toujours gardé la neutralité, mais le ministère anglais, sous prétexte qu'il pourrait être obligé d'entrer dans la ligue maritime que Napoléon avait organisée contre l'Angleterre, envoya dans la Baltique, sous lord Cathcart, une expédition pour détruire ou capturer la flotte danoise. Le prince royal, Frédéric, qui gouvernait au nom de son père Christian VII, tombé en enfance, repoussa les conditions qu'on voulait lui imposer et résista six jours à un bombardement épouvantable. La moitié de la ville avait été briilée et 2.000 hommes, femmes et enfants, avaient péri lorsque le général Peymann, trouvant enfin que « l'humanité pouvait faire taire la voix de l'honneur militaire », con-
sentit à signer une capitulation. Pendant six semaines, les arsenaux, livrés aux Anglais, ne cessèrent de travailler à réparer la flotte danoise pour la mettre en état d'être emmenée en Angleterre. Cette agression sauvage souleva contre l'Angleterre l'indignation de la Russie, de la Prusse et même de l'Autriche. Chacune de ces trois puissances fit exécuter le blocus continental et adhéra au décret de Milan , par lequel Napoléon venait de répondre aux vexations de plus en plus violentes de l'Angleterre.
Le Portugal n'imita pas leur exemple, et l'Empereur le somma d'adhérer au blocus. Le prince régent de Portugal (1), tout dévoué à la pohtique de Londres, s'engagea, pour gagner du temps, à fermer ses ports aux Anglais, mais resserra son alliance avec l'Angleterre et se disposa à s'enfuir au Brésil. Napoléon, résolu alors à détrôner la maison de Bragance , signe avec le gouvernement espagnol le traité de Fontainebleau , aux termes duquel la France devait envoyer en Portugal 25.000 hommes et l'Espagne 24.000. Ce royaume serait partagé en trois parties : le roi d'Etrurie, gendre de Charles IV, recevrait celle du nord en échange de la Toscane ; Godoï, celle du sud, et le centre resterait sous le séquestre de la France. Junot fut envoyé en Portugal avec 25.000 conscrits sans aucune expérience de la guerre. Mais, protégés par la gloire des vainqueurs de Friedland, ils ne trouvèrent sur leur route aucun obstacle et arrivèrent à Lisbonne, exténués par la rapidité de leur marche, quelques heures seulement après le départ de la cour et de la noblesse portugaise pour le Brésil (octobrenovembre 1807). Junot organisa mihtairement la contrée, tandis que 24.000 Espagnols pénétraient dans les Algarves.
Malgré l'appui que le gouvernement espagnol venait de prêter à ses desseins sur le Portugal, Napoléon n'était pas sûr de la cour de Madrid. Le roi Charles IV, vieux et sans caractère, abandonnait la conduite des affaires à un aventurier, Emmanuel Godoï, qu'il avait créé successivement premier ministre, généralissime et grand amiral, enfin prince de la Paix. Quoiqu'il n'eût d'autres mérites que d'être protégé par la
(1) n fat roi à partir de 1816, sous le nom de Jean VI ; il gouvernait le Portugal depuis 1793 pour sa mère Maria I", frappée d'aliénation mentale, et avait pris le titre de régent depuis 1799.