‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 219 sur 389 · ARANJUEZ · texte numérisé non relu

ARANJUEZ

invoquée par le père et par le fils, l'était aussi par une grande partie de la nation espagnole, qui espérait recouvrer sa splendeur passée des mains de l'homme qui avait régénéré la Hollande et l'Italie. Mais elle ne comptait pas sur une intervention armée et changea bientôt de sen-

Fig. 196. — DtBgona d'Espagne. Peint par Baffet, lithographie par Uanta.

timent à l'égard de Napoléon, lorsqu'elle comprit le but où il tendait. En effet, sous prétexte d'appuyer Junot en Portugal, il fit bientôt occuper la vallée du Douro et les provinces basques par 60.000 hommes. Godoï n'osa pas donner l'ordre de résister aux troupes françaises. Enhartlies par cette lâcheté, elles occupèrent la Catalogne et l' Aragon et s'emparèrent de la plupart des places fortes de la Bidassoa au

Tage. Murât fut nommé généralissime des troupes envoyées en Espagne. Napoléon, qui n'était pas encore décidé à dépouiller les Bourbons, leur déclara qu'il allait réunir à la France les provinces de l'Èbre et leur offrit en compensation le Portugal, sans égard pour la reine d'Etrurie qui, déjà privée de la Toscane en vertu du traité de Fontainebleau, allait l'être aussi de la principauté qu'on lui avait promise sur

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Fig. 197. — Carte du bassin de l'Èbre.

le Douro en échange de son royaume. La cour d'Espagne, consternée, ne fit pas de réponse et se prépara à passer en Amérique, à l'instigation secrète, dit-on, de Napoléon lui-même. Mais les partisans de Ferdinand s'opposèrent à ce départ, investirent le château d'Aranjuez où le vieux roi Charles IV faisait ses préparatifs et le contraignirent à destituer son favori, qui vit sa maison saccagée et qui fut lui-même maltraité et jeté en prison. Pour le sauver, Charles IV consentit à abdiquer en faveur de Ferdinand VII (18 mars 1808). A la nouvelle des événements d'Aranjuez, Murât marcha sur Madrid et y entra le 23 mars.

Fig. 198. — Caroline Marat, reine de Naples, et ses enfants. Tableau de Gérard. (Phot. de Brann.)

KAFOLÉOX I".

On croyait qu'il se prononcerait pour Ferdinand, mais il garda la neutralité entre ce prince, qui suppliait l'Empereur de le reconnaître roi d'Espagne, et Charles IV, qui avait de son côté écrit à Napoléon pour protester contre son abdication et demander pour lui, sa femme et son cher Godoï, une retraite au delà des Pyrénées. Napoléon comprit qu'il était impossible de faire accepter à l'Espagne le gouvernement de Charles IV et de son favori. D'autre part, il connaissait la haine de Ferdinand et de son parti pour la France ; ratifier son avènement, c'était ruiner d'avance l'exécution de ses desseins d'étendre le blocus continental à la Péninsule et d'assurer notre frontière des Pyrénées. Il ne voulait pas avoir l'air de dépouiller de force les Bourbons, et, sans former encore de plan bien arrêté, il conçut- l'idée d'obtenir l'abdication du fils aussi bien que du père. En attendant, il recommanda à Murât de faire en sorte que les Espagnols ne pussent pas soupçonner le parti qu'il prendrait : « Cela ne sera pas difficile, disait-il, je n'en sais rien moi-même. »

Cependant Napoléon s'était rendu à Bayonne, et Ferdinand, persuadé qu'il ne pourrait régner sans avoir été reconnu par l'Empereur, s'était mis aussitôt en chemin pour aller le trouver et prévenir son père , qui avait la même intention. A son arrivée à Bayonne, le prince renouvela sa demande près de Napoléon et lui offrit d'assurer l'alliance intime de la France et de l'Espagne en épousant une princesse de la famille Bonaparte. Dès que l'Empereur eut sous les yeux le triste rejeton de Louis XIV, il perdit tout espoir de régénérer la Péninsule à l'aide des Bourbons. Il fit demander à Ferdinand sa renonciation au trône d'Espagne moyennant l'indemnité de la Toscane. « Il faut vous décider avant l'arrivée du roi votre père, lui dit-il, car je suis sûr d'obtenir de lui tout ce que je voudrai. » Il avait fait délivrer par Murât et envoyer près de lui le ministre Godoï, sur l'influence duquel il comptait pour obtenir la renonciation de Charles IV. Le vieux roi arriva, en effet, bientôt après, et, enchanté de la réception toute royale que lui fit Napoléon et de la délivrance de son favori, voulut contraindre son fils à abdiquer. Ferdinand demandait à consulter les cortès lorsque l'indignation soulevée par l'invasion perfide des Français et par le départ de la famille royale fit éclater à Madrid une insurrection, que Murât fut obligé de réprimer par la force et par l'exécution des plus compromis d'entre les conjurés (2 mai 1808). La date du 2 mai, El dos de Mayo, anniversaire du premier signal de la résistance à l'envahisseur, est chère à tout Espagnol ; c'est la fête nationale de

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