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LES GENERAUX DE L'ARMEE D'ITALIE

rier, Kilmaine, Laliarpe, Stengel, Augereau, Masséna, pouvaient le considérer comme un intrus et semblaient avoir plus de droit que lui au poste où la faveur du Directoire l'avait placé. Sérurier et Stengel, anciens officiers simples et modestes, ne songeaient pas à faire valoir leurs mérites aux dépens du nouveau venu. Quant à Kilmaine, Irlandais,

Fig. 22. — « Le représentant a dit : Avec du fer et du pain on peut aller en Chine... U n'a pas parlé de cbauseures. &

D'après une lithographie de Raffet.

servant la France depuis l'âge de quinze ans, et ancien compagnon d'armes de Lafayette en Amérique, il joignait à un mérite émineut comme officier de cavalerie une finesse et un discernement qu'il avait eu occasion de montrer dans des missions difficiles; son éducation et son intelligence cultivée le mettaient au-dessus de jalousies mesquines. Laharpe, officier suisse proscrit par son pays, se résignerait sans doute aussi, quoiqu'il eût rendu de grands services et qu'il se vît avec peine placé sous un général beaucoup plus jeune que lui. Il n'en était pas

de même de Masséna et d'Augereau. « Ceux-là, dit Ségur, sans éducation et issus des derniers rangs de l'armée , ne devaient leur avancement qu'à eux seuls et aux circonstances. »

' « Masséna, qui fut depuis un de nos plus célèbres généraux après Bonaparte, était avec un esprit vif et hardi dans un horizon limité, d'une humeur contenue, effet de dix années de résignation à l'état de simple soldat et de sous-officier avant l'émancipation révolutionnaire. Son génie avait besoin d'être inspiré de l'occasion, qu'alors il maîtrisait, s'élevant en proportion, mais sans aller au delà dès qu'il n'était plus excité par elle. Quant à ses dehors, il était d'une taille moyenne, d'une figure peu remarquable, de manières et d'habitudes simples, peut-être môme un peu communes, mais d'une physionomie rusée et attentive ; ses yeux, jusqu'à son dernier jour, scintillant comme des étoiles, brillaient de ce feu sacré qui fait les héros et de toute l'astuce méridionale. Ils décelaient une de ces natures d'autant plus énergiques qu'elles sont incultes et assez fortes pour réunir des vertus et des vices contraires. Trois passions y dominaient : celle de la gloire, du gain et du plaisir. Et, ce qui est rare, c'est que successivement, chacune d'elles régnait sur lui souverainement et indépendamment l'une de l'autre.

« Toutefois, né guerrier dans ces temps de guerre, et général avant tout, tant que durait le danger, tout entier à la première de ces passions, il déployait l'intrépidité la plus ardente et la plus tenace. Un tel caractère, sans être facile à dominer, devait se laisser conduire ; d'ailleurs, Masséna , depuis trois ans à cette armée, y avait déjà connu et su apprécier le génie de Bonaparte.

a Restait Augereau, espèce d'Ajax inculte et grossier, intrépide et fanfaron, fier de sa haute stature, de sa figure martiale et de sa valeur. Grandi soudainement dans les saturnales de 1793 et de 1794, il se croyait républicain et n'était que révolutionnaire. Indiscipliné, tout lui semblait permis. Au milieu de ses soldats nus et affamés, il prenait d'une main, prodiguait de l'autre, étalant l'or de ses exactions, dont il se vantait, dont il se parait effrontément, se montrant couvert de broderies jusque sur le cuir de ses bottes ! mais imposant par ses dehore, par sa jactance, par son air toujours vainqueur, qu'il soutenait par une heureuse, impétueuse et brillante audace.

a Récemment arrivé d'Espagne avec ses troupes, il avait apporté dans cette armée souffrante, abandonnée et retombée dans la défensive, l'orgueil d'une autre armée victorieuse. Cet orgueil s'était redoublé du succès brillant de Loano, dû pourtant surtout à Masséna, et qui eût été plus décisif sans l'aveugle emportement d'Augereau, dont l'attaque prématurée avait culbuté de front l'ennemi, que Masséna tournait habilement à sa gauche et qu'il allait lui livrer sans retraite. Plein de lui-même et accoutumé à des chefs peu exigeants, il fut choqué de ce qu'on lui eu imposait un si jeune, si nouveau et venant de l'intérieur. Dans sa hauteur colossale, ce qu'on lui dit de la stature exiguë et de la chétive apparence de Bonaparte, ajoutant à son dédain, il se répandit sur lui en propos inconsidérés, fomentant l'insubordination et se préparant à le recevoir en conséquence. »

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