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ARRIVEE DU GENERAL EX CHEF

Le 25 mars, Bonaparte arrivait à Nice, qui était toujours le quartier général de l'armée d'Italie ; mais ce ne fut qu'au commencement d'avril, à Albenga, qu'il se trouva réellement au milieu de son armée. Il n'ignorait pas les sentiments de malveillance dont il était entouré; aussi, lorsque Masséna, Augereau et leurs collègues allèrent le trouver officiellement au quartier général, il tint à leur faire sentir aussitôt leiir dépendance. Il les fit attendre, puis, paraissant devant eux, se ceignit de son épée, se couvrit et se mit à leur parler d'un ton impérieux et sec, mais avec tant d'autorité, de lucidité et de compétence, que tous furent d'accord qu'ils avaient trouvé leur maître. Augereau surtout, dont l'orgueil n'était pas appuyé sur une haute dignité personnelle, ne revenait pas de l'impression qu'il avait éprouvée dès cette première entrevue : « Ce petit gringalet de général, avouait-il à Masséna, m'a fait peur, et je ne puis comprendre l'ascendant qu'il a pris sur moi du premier coup d'œil. »

En même temps, Bonaparte adressait à l'armée la première et non la moins célèbre de ses proclamations :

c Soldats,

« Vous êtes mal nourris et presque nus ; le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu des rochers sont admirables, mais ils ne vous procurent aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je vais vous conduire dans les plaines les plus fertiles du monde ; vous y trouverez des grandes villes et de riches provinces, vous y trouverez honneur, gloire et butin ; soldats d'Italie, manquerez-vous de courage ? »

Il faut reconnaître que c'est là le ton d'un chef de condottieri, plutôt que celui du général d'un grand peuple ; mais il connaissait bien les soldats auxquels il s'adressait, et, comme l'événement l'a prouvé, il se proposait, lorsque la victoire aurait ramené l'abondance, de rendre à son armée ce qui lui manquait pour la dignité et la discipline. Il était d'ailleurs bien difficile d'entretenir autrement l'armée. Bonaparte n'avait reçu du Directoire pour entrer en campagne que deux mille louis en numéraire et pour un million de traites, dont la plus grande partie était protestée d'avance. Sur le peu d'or disponible il donna

quatre louis à chaque général, ce qui parut un acte des plus généreux quoiqu'il fût indispensable. On dut même donner un louis de plus à Masséna, sans cela le papier aurait manqué à son état-major pour transmettre les ordres.

Cette proclamation ne fit pas tout d'abord grand effet, ces belles promesses n'avaient pas assez d'autorité dans la bouche du jeune général. Mais il annonçait qu'on allait reprendre l'offensive, et, quels que fussent les sentiments de chacun, « nous nous préparâmes, dit le général Pelleport, alors sous-lieutenant à la 28° demi-brigade, nous nous préparâmes à combattre pour la gloire de la France et l'honneur de nos armes ».

L'armée austro-piémontaise, à laquelle l'armée française allait avoir affaire, était une des meilleures que l'on eût vues depuis ces longues guerres ; elle était bien nourrie, bien vêtue, bien disciplinée ; elle était commandée par un vétéran de la guerre de Sept ans, un ancien aide de camp de Daun, l'adversaire souvent heureux du grand Frédéric. Beaulieu joignait à la prudence ordinaire des généraux autrichiens une énergie et une vigueur qu'on n'aurait pas attendues de son grand âge : il avait soixante-douze ans. La droite de l'armée alliée était formée des Piémontais, au nombre de vingt-cinq mille hommes, sous Colli, et s'étendait de la Stura supérieure à la Bromida, par Céva. Le centre, quinze mille Autrichiens, sous d'Argenteau , occupait les sources de la Bromida, et la gauche, vingt-cinq mille hommes, sous Beaulieu luimême, se trouvait au nord du col de la Bochetta.

Bonaparte avait résolu de passer au delà des Alpes, vers le point où elles se rejoignent à l'Apennin, et de séparer les Autrichiens des Piémontais. La divergence de vues de Colli et de Beaulieu, dont l'un voulait couvrir le Piémont et l'autre maintenir avant tout ses communications avec Gênes et la flotte anglaise, devait faciliter ses projets. Mais la rapidité et l'étendue du succès de Bonaparte, la précision de ses manœuvres dépassèrent toute prévision. Il avait divisé son armée en quatre corps. Sérurier, à Garessio, un des rares points que nous possédions au delà des Alpes, doit occuper les Piémontais. Laharpe doit se diriger sur Voltri comme s'il menaçait Gênes, Bonaparte

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