JOSEPH, ROI D'ESPAGNE. — INSURRECTION NATIONALE
autres princes à Valençay. D'après le vœu d'une junte réunie par Ferdinand lui-même avant son départ pour Bayonne, Joseph Bonaparte fut proclamé roi d'Espagne.
Mais les Espagnols n'étaient pas disposés à prêter à l'Empereur le concours au prix duquel il promettait de les régénérer. Ils avaient le droit de se méfier d'un allié qui s'introduisait chez eux par trahison. Presque tous ceux qui avaient accueilli d'abord avec faveur le nouveau souverain ne tardèrent pas à l'abandonner, lorsqu'ils virent qu'il n'était en réalité qu'un fonctionnaire de Napoléon et que l'Espagne ne serait plus qu'une province française.
L'Europe s'indigna du guet-apens de Bayonne et la France condamna, dès le premier jour, une poHtique contraire à sa dignité comme à ses intérêts. Il fallait porter en Espagne, non pas nos armes, mais nos idées; c'était une grande erreur que de vouloir détruire l'indépendance de tout un peuple et de soulever contre soi une guerre nationale, au lieu de s'en tenir à une guerre politique et par conséquent limitée. Napoléon le reconnut lui-même.
Fig. 201. — Moncey, duc de Conegliano.
Peint par Barbier Walbonne.
A Sainte-Hélène, il écrivait : « Ma plus grande faute est d'avoir mis de l'importance à détrôner la dynastie des Bourbons. Charles IV était usé. J'aurais pu donner une constitution libérale à la nation espagnole et charger Ferdinand de la mettre en pratique. S'il l'exécutait de bonne foi, l'Espagne prospérait et se mettait en harmonie avec nos mœurs nouvelles. S'il manquait à ses engagements, les Espagnols eux-mêmes l'auraient renvoyé... La guen-e d'Espagne a été une véritable plaie et la cause première des malheurs de la France. C'est ce qui m'a i^erdu. »
Tant qu'il n'avait eu affaire qu'à des souverains, il avait vaincu ; mais maintenant il allait avoir à lutter contre les peuples eux-mêmes,
faisant de tout cœur cause commune avec leur gouvernement. Les Espagnols n'étaient pas des ennemis à dédaigner malgré leur décadence : « Une faut pas croire, disait Napoléon lui-même, qu'on attaque une nation désarmée et qu'on n'a que des troupes à montrer pour soumettre l'Espagne. On a affaire à un peuple neuf. Il a tout le courage et il aura tout le courage qii'on rencontre chez les hommes que n'ont point usé les passions politiques. » Le clergé espagnol, tout-puissant sur l'esprit du peuple et craignant particulièrement les idées françaises, souleva le fanatisme contre ceux qui avaient pillé les églises et persécuté la religion pendant la Révolution. La guerre contre les Français fut une guerre sainte. Tandis qu'une junte réunie à Madrid reconnaissait Joseph comme roi d'Espagne et prêtait serment à la constitution imposée par l'Empereur (9 juillet 1808), une junte nationale réunie à Séville déclarait une guerre à mort à la France jusqu'à ce que les Bourbons fussent rétablis et l'Espagne évacuée. C'est elle qui organisa la résistance et relia les insurrections locales. L'Angleterre, qui n'intervenait plus directement sur le continent depuis près de dix ans, comprit que le moment était venu de changer de conduite. Elle se hâta de faire alliance avec la junte de Séville; elle lui envoya 200.000 fusils, 200 canons, 76 millions, beaucoup d'officiers : elle formait déjà le dessein de diriger de ce côté toutes ses forces.
Napoléon n'avait en Espagne que 8.000 conscrits, trop jeunes pour résister à l'âpreté du climat et aux difficultés du terrain, trop peu formés aux cruautés de la guerre pour ne pas s'effrayer des fureurs des Espagnols. Murât eut le tort de disséminer ses forces tandis que l'ennemi concentrait les siennes. Cependant nous eûmes d'abord des succès. Le corps espagnol (35.000 hommes), envoyé dans le nord du Portugal en vertu du traité de Fontainebleau , s'était déclaré contre les Français : il s'avançait sur le Douro et menaçait de couper la route de Madrid." Bessières marcha avec 14.000 hommes contre les insurgés, que commandait la Cuesta, les atteignit à Médina del Rio Seco et leur en tua ou prit 12.000. Le reste s'enfuit en Galice (14 juillet 1808). Cette victoire permit à Joseph d'entrer à Madrid. Mais on put bientôt se rendre compte que dans cette guerre les vie-