‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 223 sur 389 · CINTRA · texte numérisé non relu

CINTRA

La nouvelle de ce désastre remplit Napoléon de douleur et d'indignation. « Depuis près de trois heures, dit Champagny, la fatale nouvelle était entre ses mains. Il avait exhalé seul son désespoir. Il me fit appeler. Des cris plaintifs sortaient involontairement de sa poiti-ine. s Un membre du Conseil d'Etat a aussi raconté que l'Empereur était venu, après cette malheureuse affaire, apporter au Conseil un projet de

Fig. 203. — Le maréchal Boalt Feint par J. de LavaL (Fbot. de Brauu. )

décret pour régler le mode de mise en jugement des chefs d'armée. « Avant de discuter ce projet, dit-il. Napoléon a parlé de l'événement, et son cœur n'a pu retenir les sentiments qui l'oppressaient. C'était la première fois que la victoire abandonnait ses drapeaux et que ses aigles étaient humiliées. Le prestige était détruit. Il s'est livré à l'épanchement de sa douleur jusqu'à laisser voir des larmes dans ses yeux, et, après avoir parlé des ressources que le général aurait pu trouver dans son désespoir, il s'est écrié : « Oh ! que le vieil Horace a bien raison, après avoir dit : « Qu'il mourût ! » d'ajouter : « Ou qu'un beau désespoir alors le secourût ! » et « qu'ils connaissent mal le cœur humain ceux qui blâment Corneille et l'accusent

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« d'avoir sans nécessité afiFaibli par le second vers l'effet du « qu'il mourût » ! C'était une chose curieuse d'entendre ainsi Corneille commenté par Xapoléon. » La colère de l'Empereur n'était que trop légitime. Cette capitulation eut en eifet des conséquences funestes. C'était, depuis la Révolution, la première honte infligée à nos armes. L'Europe apprenait enfin que nous n'étions pas invincibles, et c'étaient des bandes en désordre, incapables de jamais tenir en ligne, qui avaient les premières eu la gloire de nous vaincre ! L'Europe reprit courage et l'Autriche songea alors à organiser contre nous une nouvelle coalition.

Le succès exalta le fanatisme de l'Espagne entière. A Cadix, les malheureux débris de la flotte qui avait combattu à Traf algar, perdant tout espoir d'être secourus, furent obligés de se rendre. Joseph dut abandonner Madrid et se retirer derrière l'Èbre. On évacua même Saragosse (1" août 1808). Enfin cette capitulation en amena une seconde, Castaiios avait dit à Dupont, à Baylen : « De la Cuesta, Blake et moi, nous n'étions pas d'avis de l'insuiTection. Nous avons cédé à un mouvement national. Mais ce mouvement est si unanime qu'il acquiert des chances de succès. Que Napoléon n'insiste pas sur une conquête impossible : qu'il nous rende notre roi, en exigeant des conditions qui le satisfassent, et les deux nations seront à jamais réconciliées. Qu'il ne nous oblige pas à nous jeter dans les bras des Anglais, qui nous sont odieux et dont nous avons jusqu'ici repoussé le secours. »

Mais déjà une armée anglaise avait débarqué en Portugal. Elle était commandée par sir Arthur Wellesley, qui s'était distingué dans les Indes et qui allait devenir célèbre sous le nom de Wellington. Les 3.000 Français de la division Delaborde, « manœuvrant avec un art et une précision rares », soutinrent pendant quatre heures l'effort de 15.000 Anglais, au brillant combat de Roliça (17 août 1808). Mais Junot fut battu à Vimeiro (21 août 1808) et, ne trouvant plus de retraite du côté de l'Espagne, fut obligé de capituler. En vertu de la convention de Cintra (30 août 1808), ses troupes furent ramenées en France sur des vaisseaux anglais.

Cependant l'Empereur, jugeant nécessaire de passer lui-même en Espagne avec la Grande Armée, voulait faire évacuer la Prusse aux troupes françaises qui l'occupaient depuis 1806. Par la convention du 8 septembre 1808, la contribution de la Prusse était fixée à cent vingt millions, et jusqu'à son complet acquittement Stettin, Custrin et Glogau seulement devaient rester entre nos mains. En outre, Frédéric Guillaume s'engageait pendant dix ans à n'avoir pas plus de 42.000 hommes sous les armes. Mais, pour être sûr de la paix de

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