‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 226 sur 389 · SOMO-SI»EBRA. — SARAGOSSE. — MOORE "EN GALICE · texte numérisé non relu

SOMO-SI»EBRA. — SARAGOSSE. — MOORE "EN GALICE

de Galice, qui venait de s'accroître d'un nouveau contingent : c'étaient les soldats espagnols du marquis de la Romana que Godoï avait été obligé d'envoyer à Napoléon. Avec une audace rare, ils s'étaient échappés des divers points des rivages de la mer Baltique où Napoléon les avait cantonnés, et s'étaient mis sous la protection des vaisseaux anglais, qui les avaient débarqués en Espagne, où leur arrivée avait excité l'enthousiasme (1). Lefebvre commença par repousser Blake, qui fut battu à Durango (9 nov.). Napoléon franchit le défilé de Pancorbo et battit l'armée d'Estramadure, qui perdit Burgos (10 nov.). Lefebvre, poursuivant ses succès, culbuta encore l'armée de Galice à Espinosa et la rejeta sur le corps de Soult, qui la prit à revers et lui fit éprouver un véritable désastre à Reynosa (11 nov.). En même temps Lannes battait à Tudela les armées deCastanos et de Palafox (23 nov.). Les Espagnols essayèrent de défendre encore la route de Madrid au défilé de Somo-Sierra, mais en vain (2) ; Napoléon arrivait aux portes de Madrid le 1" décembre 1808. La ville était en pleine insurrection : le peuple avait dépavé les rues, élevé des barricades, et le tocsin ne cessait de sonner. Napoléon s'empara des hauteurs du Retiro et menaça les autorités d'un bombardement. Au bout de deux jours elles consentirent à signer une capitulation (4 déc). L'Empereur accordait une amnistie générale. Il publia des décrets pour abolir l'inquisition, les droits féodaux, les douanes provinciales, les deux tiers des couvents, et assurer les traitements des curés et les indemnités pour l'occupation des provinces par les Français. Ces mesures, qui étaient d'ailleurs en horreur à la partie la moins éclairée, mais la plus nombreuse, de la nation, ne réussirent pas plus que les défaites à calmer l'insurrection.

Le second siège de Saragosse commença sous Moncey et continua sous la direction de Junot, puis de Lannes. Palafox et ses 22.000 soldats étaient décidés à une résistance désespérée. Cinquante mille paysans des en\-irons s'étaient réfugiés dans la ville : ils devaient montrer une énergie et un mépris de la mort dont il y a peu d'exemples ;

(1) Une pièce de Mérimée a pour sujet l'évasion du marquis de la Romana.

(2) Dans cette affaire les lanciers polonais firent une charge célèbre contre l'infanterie et l'artillerie. Un grand nombre y périt ; Philippe de Ségnr fut très gravement blessé. Lorsqu'il put se mettre sur pied, il fut chargé de porter solennellement au Corps législatif les drapeaux pris sur l'ennemi. On sculpta un bas-relief représentant cette scène sur la façade du Corps législatif. Il fut détruit & la fin de la Bestauration.

mais il faut reconnaître qu'il leur était facile de se résigner à la ruine de Saragosse. Ils remplirent la malheureuse cité de scènes sanglantes, et des chefs militaires d'une bravoure et d'un patriotisme éprouvé furent victimes des soupçons de ces fanatiques. Ce n'était pas assez du feu de l'ennemi et de ces violences intérieures : la famine ne tarda pas à se faire sentir, et bientôt l'air vicié par la multitude de cadavres laissés sans sépulture, agissant plus fortement sur les hommes affaiblis, amena une épidémie qui causa plus de ravages que la guerre. En quarante jours la ville avait reçu plus de 40.000 bombes. Mais l'énergie des Espagnols n'en était pas ébranlée. Les femmes, les religieux allaient chercher les blessés au milieu des balles, et se mêlaient souvent aux combattants pour soutenir leur courage. Nos soldats, qui n'avaient jamais vu de guerre pareille, se demandaient tristement quand ils en auraient fini avec cette maudite, cette infernale Saragosse. Le 27 janvier, après un assaut meurtrier, ils pénétraient enfin dans la ville; mais alors une nouvelle gueiTC, plus terrible encore que la première, commença (1). Chaque couvent, chaque maison faisait la même résistance qu'une citadelle, et il fallait pour chacune un siège particulier. Souvent un étage appartenait aux Français tandis que l'étage voisin était encore occupé par les Espagnols : on se fusillait alors à travei-s le plancher. Tout se disputait pied à pied de la cave au grenier. Ce n'était que quand on avait tout tué à coups de baïonnette ou tout jeté par les fenêtres qu'on pouvait se dire maître de la maison.

A peine était-on vainqueur que la maison voisine nous lançait par des trous faits exprès des grenades, des obus et une grêle de coups de fusil. Il fallait se barricader bien vite jusqu'à ce qu'on eût pris des mesures pour attaquer ce nouveau fort, et on ne s'en approchait qu'en perçant les murs intérieurs : passer par la rue était impossible. Les Espagnols venaient faire à leur tour le siège des édifices que nous occupions, et, ne réussissant pas dans leur tentative, enduisaient leurs maisons de résine, y mettaient le feu et cherchaient à arrêter nos progrès en nous opposant l'incendie. Ce n'était pas assez de faire la guerre dans les maisons, on la faisait sous ten-e. Nos mineurs, parvenus sous un édifice occupé par l'ennemi, y placent une grande quantité de poudre ; à un signal donné le coup part, les malheureux volent dans les airs ou sont ensevelis sous des ruines que.les survivants défendent encore. Cependant l'explosion fait évacuer par l'ennemi les maisons voisines pour lesquelles on craint le même sort ; nos troupes s'y précipitent aussitôt. Cette guerre était à proportion beaucoup plus meurtrière pour les officiers que pour les soldats, car l'ennemi, à l'affût et tirant à coup sûr, choisissait ses victimes. Le général du génie Lacoste, qui, sorti des écoles depuis quelques années seulement, était déjà aide de camp de l'Empereur, fut tué. Le colonel Rogniat et le chef de bataillon Haxo furent blessés. Ce ne fut qu'au bout de trois semaines de cette lutte effroyable que Palafox mourant se décida enfin à capituler. Sur 100.000 habitants qui se trouvaient à Saragosse au milieu de décembre 1808, plus de 50.000 avaient péri; des 22.000 soldats de Palafox, il en restait 10.000 à peine, exténués par la maladie, la fatigue et la faim. Nous avions' 3.000 morts ou blessés; sur 40 officiers

(1) Nous empruntons la plupart des détails qui suivent, écrits par Bugeaud pendant le siège même, an comte H. d'Ideville, Le Maréchal Bugeaud, t. II, p. 1 12.

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