MONTENOTTE
garde les deux autres, Masséua et Augereau, sous sa main, en face du col de Cadibone. Beaulieu, apprenant le mouvement de Laharpe, prend l'offensive et vient par le col de la Bochetta se placer entre Gênes et les Français. Lorsque Bonaparte voit Beaulieu bien engagé dans ce mouvement, il rappelle à lui Laharpe. Cependant le centre autrichien avait également pris l'offensive et n'avait trouvé devant lui que douze mille hommes commandés par le chef de brigade Eampon; mais l'héroïque résistance de cet officier avec les soldats des 21° et 22'' demibrigades, dans la vieille redoute de Montelegino oîi ils se sont retranchés, repousse tous les efforts de d'Argenteau (11 avril) et donne à Bonaparte, qui est à Savone, le temps de concentrer ses forces et de frapper un coup décisif. Laharpe doit se porter devant le centre autrichien pendant qu'Augereau et Masséna le tournent par Cadibone et Montenotte. Les divisions Laharpe, Augereau, Masséna se mirent en marche pendant la nuit.
« Le temps était froid, pluvieux et couvert de brouillard. Cette circonstance, qui rendit plus pénible la marche des troupes, prolongea l'incertitude des ennemis. En effet, le ciel venant tout à coup à s'éclaircir, les Autrichiens, stupéfaits, se virent en présence de nos colonnes en armes et prêtes au combat. Il était alors cinq heures du matin. Laharpe aborde le premier le front des positions de l'ennemi, à Montenotte. Les Autrichiens résistent avec courage ; ils repoussent les premières attaques et se disposent à attaquer à leur tour les assaillants. L'illusion fut de courte durée et le réveil terrible. Bonaparte, qui était parti à une heure du matin arec la division Masséna, arriva en ce moment. Il donne ordre à ses colonnes de s'ébranler en même temps, et, du haut d'une éminence, suit et dirige leurs mouvements. C'était un spectacle imposant que présentait en ce moment le champ de bataille de Montenotte. Sur les hauteurs, on apercevait, aux premiers rayons du jour naissant, les régiments autrichiens, hongrois ou croates, aux uniformes blancs et bleus, aux armes reluisantes, rangés en files serrées et régulières, immobiles dans leure rangs comme si leurs pieds eussent été cloués au sol, exécutant leura feux avec la même précision, le même ordre que sur un champ de manœuvre. Sur le flanc des montagnes, les colonnes françaises débouchant au pas de course, s' allongeant, serpentant, croisant leure mouvements comme pour serrer les ennemis dans les plis de leurs anneaux mobiles. A leurs vêtements en lambeaux on pouvait les prendre de loin pour les hordes d'Attila. Aux premiers rangs, l'épée il la main, marchent Masséna, Laharpe, Causse,. Joubert, tous impatients de combats, avides de gloire et entraînés par ce pressentiment de la victoire qui se communique si aisément des chefs aux soldats. En un instant toute la montagne est couverte de feux; mais rien n'arrête nos soldats, les colonnes avancent, se rapprochent des rangs autri-
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chiens, les abordent au fil de la baïonnette, au tranchant du sabre ; le bruit du canon est ralenti, le fen de la mousqueterie s'éteint presque sur tous les points, de bruyants hourras de combat, d'horribles cris de mort s'élèvent confusément de ce champ de carnage. Les généraux autrichiens, confondus par ces combinaisons imprévues, ne songent plus qu'à la retraite ; leurs soldats, troupes d'élite, ne peuvent résister à la furie de telles attaques. Bientôt leurs rangs sont ouverts, rompus, brisés de toutes parts; ils prennent la fuite en désordre, se replient vers Dego, laissant plusieurs centaines de morts sur le champ de bataille et deux mille prisonniers. Bonaparte, qui a vu tous les détails de l'action, qui a dirigé toutes les manœuvres, descend des hauteurs où il s'était placé, pour féliciter nos héroïques demi-brigades et les chefs de son armée, Masséna surtout, dont les attaques ont été si décisives. » (Pascal, Histoire de Varmée.)
Pendant ce temps, Beaulieu était arrivé à Voltri et n'y trouvait plus personne. Il put se réunir tranquillement à l'amiral anglais Nelson, et ce ne fut que le 13 qu'il ajipnt la défaite des Autrichiens et l'entrée des Français dans le Piémont. Il se hâta de se replier sur Dego, où il espérait avoir le temps de s'établir et de se retrancher : les pertes qu'il avait faites ne lui laissaient pas moins encore la supériorité du nombre. Mais les Français, placés déjà entre les Piémontais et les Autrichiens, poussent leur effort principal tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, sans donner à l'ennemi le temps de se reconnaître. Le 12 avril, le centre autrichien avait été forcé à Montenotte ; le 14, Bonaparte se porte sur Millésime contre les Piémontais, réunis à quelques troupes autrichiennes.
A la pointe du jour, Augereau force les gorges de Millésime, pendant que Joubert et Ménard, chassant l'ennemi de toutes les positions environnantes, enveloppent par une manœuvre prompte et hardie un corps de quinze cents grenadiers autrichiens, à la tête desquels se trouvait le général Provera, qui, loin de poser les armes et de se rendre prisonnier de guerre, se retira sur la montagne de Cosseria et se retrancha dans les ruines d'un vieux château, extrêmement fort par sa position. Les trois colonnes envoyées pour le forcer échouèrent après de grandes pertes. La première était commandée par Joubert. « Déjà l'intrépide général Joubert, dit Bonaparte, grenadier parle courage et bon général par ses connaissances et ses talents militaires, avait passé avec sept hommes dans les retranchements ennemis quand, frappé à la tête.