‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 232 sur 389 · L'ILE DE LOBAU · texte numérisé non relu

L'ILE DE LOBAU

laissait, le 20 au matin, avec 90.000 hommes, sur la rive gauche du fleuve. Les troupes retranchées dans Aspern et Essling se trouvaient compromises : Napoléon ordonna d'évacuer les deux villages. Molitor refusa de les abandonner, mais l'incertitude des généraux ne leur permit pas de repousser avec ensemble l'attaque des Autrichiens, qui 2)arvinrent à occuper Aspern le matin du 21 mai.

Hiller et Bellegarde, qui avaient remporté ce succès, ne purent pas se maintenir dans leur position. Le pont avait été rétabli et le reste de l'année avait recommencé à passer dans l'île de Lobau. Des ordres de Napoléon pour engager la bataille étaient venus confirmer le général Molitor dans sa résolution. L'Empereur avait lui-même passé le petit pont et s'était tellement avancé qu'un boulet vint frapper la cuisse de son cheval. Tout le monde crie :

« A bas les armes, si l'Empereur ne se retire pas sur le champ ! »

Les grenadiers de la garde, qui se trouvaient à quelques centaines de mètres en arrière, avaient eu 300 hommes abattus par les boulets ennemis. Ils étaient là en grand uniforme. En passant le grand pont, ils s'étaient défait les uns aux autres les étuis posés sur leur sac, qui renfermaient leur bonnet à poil, et avaient jeté leurs chapeaux dans le Danube. « Ce fut, dit Coignet, la fin des chapeaux pour la garde. » Cependant l'Empereur, reconnaissant qu'il s'était trop exposé pour un général en chef, s'éloigna et se fit établir une échelle de cordes attachée au haut d'un sapin, d'où il observait toutes les péripéties de la bataille.

Le général Lasalle fit plus de dix charges contre la cavalerie autrichienne, pendant que Lannes, avec la division Boudet, résistait héroïquement à l'infanterie. L'arrivée des cuirassiers de Saint-Germain permit enfin à Lasalle et à Bessières d'enfoncer les escadrons ennemis, et, à la fin du jour, les Français restaient maîtres des deux villages. Mais, pendant la nuit, une nouvelle crue du Danube emporta une seconde fois le grand

Fig. 210. — Lannes, duc de Montebello.

Peint par le baron Gérard.

pont, que les généraux Bertrand et Pernebti eurent bien de la peine à rétablir pour le matin du 22. Le corps de Davout se mit à passer à son tour.

Cependant l'artillerie autrichienne, nombreuse et bien sentie, faisait de terribles ravages dans les rangs français, tandis que nous n'avions pu faire passer que quelques pièces de calibre médiocre. « Les boulets, dit Coignet, tombaient dans nos rangs et enlevaient des files de trois hommes à la fois ; les obus faisaient sauter les bonnets à poil à vingt pieds de haut. Sitôt une file emportée, on entendait crier : « Appuyez à droite ! serrez les rangs ! » Et ces braves soldats appuyaient sans sourciller

Fig. 211. — Bataille d'Essllng. D'après uue aquarelle du musée de Versailles.

et disaient en voyant mettre le feu : « C'est pour moi. »... Deux pièces n'avaient plus de canonniers pour les servir. Le général Dorsenne les remplaça par douze grenadiers et leur donna la croix, mais tous ces braves périrent près de leurs pièces. Un plus grand malheur arrive encore aux grenadiers. Le corps du maréchal Lannes battait en retraite. Une partie vient se jeter sur eux, tous épouvantés, et couvre la ligne de bataille. Comme les grenadiers étaient sur un rang, ils les prenaient par le collet et les mettaient derrière eux en disant : ce Vous n'aurez plus peur. » Heureusement ils avaient tous leurs armes et des cartouches. Le village d'Essling était en notre pouvoir, quoique pris, repris et incendié. Les fusiUers en restèrent les maîtres toute la journée. Le calme étant un peu rétabli chez les soldats qui étaient derrière la ligne de grenadiers, le maréchal Bessières vint les prendre et, les rassurant, leur dit : « Je vais vous mener en tirailleurs, et je serai comme vous à pied. » Tous ces soldats partent avec ce bon général. Il les fait mettre sur un rang, à portée de fusil des

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