WAGRAM
une marche de flanc sous le feu de l'ennemi, en bataillons serrés. Cela semble au premier abord une faute, puisque les coups des Autrichiens frappaient toujours sûrement dans cette masse. Mais Masséna agissait ainsi à dessein, car il n'avait pas assez de confiance dans la solidité de ses jeunes troupes. Le grand vide fait au centre est rempli momentanément par toute l'artillerie de la garde, commandée par Lauriston et Drouot, et composée de 100 pièces (1). Les Autrichiens soutiennent ce feu terrible avec un
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Bataille de Wagrain. Tableau d'Horace Vemet. Muâd-e de Versailles.
admirable courage. Cependant Napoléon avait l'œil fixé sur les hauteurs de Neusiedel. Masséna le fait supplier d'envoyer de nouveaux secours à la gauche toujours menacée : « La division Boudet a dû battre en retraite et abandonner son artillerie. Les Autrichiens vont enlever le pont. » Napoléon ne s'émeut pas de ces nouvelles et ne semble pas faire attention à l'inquiétude do l'aide de camp de Masséna. Bientôt il reconnaît à la lueur des feux de l'artillerie que Davout est au delà du bourg de Neusiedel. Il se tourne alors vers l'aide de camp éperdu et lui dit : « Si l'artillerie de Boudet est prise, c'est qu'elle était là pour cela. Allez dire à Masséna que la bataille est gagnée. » En effet, Davout, formant ses divisions en colonnes sur le plateau, attaquait en flanc le corps de Rosenberg et le rejetait sur le centre. Une énorme colonne de trois divisions de l'armée d'Italie se forme sous le commandement de Macdonald. Ces troupes, avides
(1) Parmi le8 officiers qni ee distinguèrent dans cette manoenvre, célèbre dans les annales de l'artillerie, il faut citer le lieutenant-colonel Marin Dubuard, surnommé par ses soldats a le père La Mitraille w.
de se distinguer devant la Grande Armée, refoulent tout devant elles et enfoncent le centre autrichien. « Le brave homme ! » s'écrie l'Empereur en voyant l'attitude de Macdonald et de ses divisions. L'archiduc, débordé, recule. Masséna rentre à Essling, Davout occupe Wagram. Les Autrichiens prennent la route de Bohême, mais en bon ordre.
Napoléon avait songé à un autre plan de bataille. Dès qu'il eut compris le projet
Fig. 218. — Bivouac de Napoléon sur le champ de bataille de Wagram. Tableau de Roebn. Musée de Veisaillfâ.
des Autrichiens de couper les Français du Danube, il aurait voulu les laisser s'engager complètement dans ce mouvement, puis les tourner eux-mêmes avec sa droite et les jeter dans le fleuve. Il aurait eu un nouvel Austerlitz. Mais, malgré la puissance de son génie et le prestige qu'il savait exercer sur les troupes. Napoléon était prudent dans l'exécution. Il tenait toujours compte des éléments qu'il avait sous la main et modifiait ses plans en conséquence. Il craignit que des troupes jeunes n'eussent pas assez de sangfroid pour se laisser tourner sans trouble : « Nos soldats étaient toujours braves, disait le maréchal Macdonald, à qui l'on reprochait d'avoir formé ses divisions en masses profondes, comme s'il eût douté du courage de ses hommes ; mais, ajoutait-il, ils étaient mal cousus ensemble. » Trois généraux gagnèrent à cette bataille la dignité de
TRAITÉ DE vÎENNE. — STAPS. — TYEOL. — MORT D'HŒFER. 551
maréchal de France : ce furent Macdonald, Oudinot et Marmont, Le général Lasalle, tué à la fin du combat, l'aurait sans doute également obtenue.
L'armée française atteignit de nouveau les Autrichiens à Znaïm. La bataille s'engageait déjà, lorsque l'archiduc proposa un armistice, (12 juillet). Les négociations, immédiatement commencées, amenèrent le traité de Vienne.
Fig. 219.
Le maréchal Uannont, duc de Hagase.
1° La frontière de la Bavière était portée jusqu'à la Traun. 2" Du côté de la Bohême, l'Autriche cédait au roi de Saxe quelques districts qu'elle possédait au nord du défilé de Schandau. 3" En Pologne, l'Autriche abandonnait la portion de la Gallicie comprise entre la Pilica et le Bug, qu'elle avait acquise en 1793, plus le cercle de Zamosc, les mines de Wieliczka, qui étaient annexés au grandduché de Varsovie, et les districts de Zolkiew et de Zloczow, qui passaient à la Russie. 4° Goritz, Trieste, Villach, le reste de l'Istrie, la Carniole, le littoral hongrois, une partie de la Croatie étaient
abandonnées à la France pour former les provinces illyriennes. L'Autriche était ainsi coupée de la mer Adriatique. 5" De plus, elle payait 85 millions pour les frais de la guen-e, et promettait de ne pas entretenir plus de 150.000 hommes sous les drapeaux.
Telles furent les conditions du traité de Vienne (14 octobre 1809).
Les tentatives de Dornberg et de Schill étaient déjà étouffées (1). Le duc de Brunswick lui-même, chassé de la Saxe, avait vu disperser ses 8.000 hommes, et avait dû se réfugier à Helgoland. Mais, deux jours avant la signature du traité, un étudiant nommé Staps, saxon, par conséquent sujet d'un prince allié de Napoléon, avait tenté de délivrer seul la Germanie par le meurtre de son oppresseur. Il s'était rendu à Schœnbrunn : arrêté peu après, et trouvé armé d'un poignard, il ne nia pas ses projets et fut conduit devant Napoléon, qui voulut l'interroger lui-même. Napoléon lui demanda avec douceur : « Qui vous apoussé à ce crime ? — Personne ; c'est l'entière conviction qu'en vous tuant je rendrai le plus grand service à mon pays et à l'Europe, que vous foulez aux pieds. » Napoléon lai fit observer que, pour être juste, il aurait dû s'attaquer à l'empereur d'Autriche, qui lui avait déclaré la guerre sans motif, puis il ajouta : « Si
(1) Schill surprit Stralsnnd, miis ne put s'y maintenir; il périt dans un combat contre un corps de troupes composé de Danois et de Hollandais, après aroir tué de sa main leur général, Carteret.
je vous fais grâce, m'en saurez-vous gré ? — Je n'en chercherai pas moins àvous tuer, à moins que vous n'assuriez la paix de mon pays. »
Napoléon fut vivement ému de la vue de ce fanatisme patriotique et de cette haine, qui ne s'adressait plus aux principes de la Révolution française mais à sa personne. Il dit à M. de Champagny : « Il faut faire la paix, Les points essentiels sont conservés. Négociez et transigez. » Le 13 octobre, Frédéric Staps était fusillé. Au moment de l'exécution, des coups de canon se firent entendre. « Qu'est-ce ? » demanda-t-il. — La paix qui est conclue, que l'on annonce. » Staps tomba à genoux et remercia Dieu : il regardait cette paix comme le prix de son sacrifice.
La conduite de Staps avait pour mobile l'amour de la grande patrie allemande et de la liberté. Hœfer, dont on a voulu le rapprocher, aurait eu peine à comprendre les sentiments de l'étudiant saxon. Il défendait ses montagnes contre le maître qu'on voulait lui imposer et combattait pour son souverain traditionnel, pour sa religion ; son patriotisme était moins étendu, plus simple, et ne l'aurait jamais conduit au crime. Il avait repris les armes à la nouvelle de la iictoire de l'archiduc Charles à Essling, forcé Lefebvre à reculer jusqu'en Carinthie, et il était resté maître incontesté du Tyrol. Mais à l'arrivée des troupes du vice-roi d'Italie, il comprit que toute résistance était impossible et rentra dans son auberge de Passeyer, pendant que Lefebvre entrait à Insprnck (19 mai). Tout à coup la nouvelle se répand que les Autrichiens étaient vainqueura à Aspern. Il se remet à la tête des insurgés. En quelques jours les Alpes, depuis Laybach jusqu'à Constance, sont en pleine révolte ; les Tyroliens occupent les routes d'Allemagne, d'Italie, menacent la Suisse, la France, la Valteline, occupent même, en Italie, Bellune, Feltre, etc. Pourtant la lutte était trop inégale : les bandes insurgées furent dispersées. Lefebvre mit à prix la tête de Hœfer. Les lieutenants du pi-oscrit, Speckbacher et Haspinger, réussirent à passer la frontière. Hœfer se cacha dans les montagnes et refusa de quitter sa terre natale. Lorsqu'on lui disait que sa cachette pouvait être révélée aux Français : ce Je veux voir, répondait-il, s'il y aura un traître dans le Tyrol. » Il finit par se livrer lui-même lorsqu'il se vit cerné dans sa retraite. Le commandant de la forteresse de Mantoue , devant lequel il fut amené , essaya de l'attacher au service de la France : & Je reste fidèle à mon empereur François, » répondit le montagnard. La commission militaire qui le jugea fut plus d'une fois émue de pitié et d'admiration par sa simplicité héroïque. Il ne fut pas moins condamné à mort, fusillé le 20 février 1810 et enterré dans un jardin. En 1823, quelques officiers tyroliens déterrèrent ses ossements, qui furent rapportés à Inspruck, où ils furent réunis à ceux de Speckbacher et de Haspinger dans l'église des Franciscains. Le monument qui les couvre s'élève non loin du splendide mausolée de l'empereur Maximihen. Mais cette merveille de l'art allemand ne fait pas oublier la tombe de l'humble paysan dans lequel le Tyrol voit avec raison son héros national.
Pour empêcher une nouvelle révolte du Tyrol, Napoléon réunit au royaume d'Italie une partie du Tyrol italien. La Bavière reçut en échange Ratisbonne. Le Pusterthal, c'est-à-dire les vallées supérieures