LE DIVORCE. — DERNIERS ACCROISSEMENTS DE L EMPIRE
AFFAIRES RELIGIEUSES. — SUITE DE LA GUERRE d'eSPAGUE.
TORRÈS-VÉDRAS.
RRivÉ à l'apogée de sa puissance, Napoléon, en 1810, ne voyait plus contester sa suprématie politique et militaire par aucun des souverains du continent; bien plus, il allait par un second mariage prendre sa place au milieu d'eux. Quelques mois après la signature du traité de Vienne, il épousait l'archiduchesse Marie-Louise,fille de l'empereur d'Autriche, François I", et descendante de la plus ancienne et de la plus fière des dynasties alors régnantes de l'Europe (1). Depuis longtemps déjà, on s'entretenait du divorce de Napoléon avec Joséphine.
Au moment où se négociait le traité de Badajoz, Lucien Bonaparte, qui était alors ambassadeur en Espagne, parla du mariage possible du Premier Consul avec une infante. Le projet n'eut pas de suite ; mais Napoléon n'ayant pas d'enfants de José-
Ci) Mémoirei de M""" de Bémnsat. — Mémorial, tome I. — Imbert de Saint-Amand, Ut Beaux Jours de Marie-Louise. — La Cour de l'Impératrice Joséphine. — Les Dernières Années de Joséphine,
phine, la question se posa avec plus de précision loraque le principe de l'hérédité eut pris place dans notre constitution. Au commencement de 1805, Napoléon avait dit un jour à Joséphine que sa famille, son conseil, ses ministres, enfin tout le monde, lui représentaient la nécessité d'un mariage qui lui donnât des héritiers, et il avait répété plusieurs fois en se promenant avec agitation : « Qu'en dis-tu? cela sera-t-il? qu'en dis-tu ? » Joséphine, qui avait écouté en silence, et qui savait l'hostilité de la famille Bonaparte pour elle et la famille de Beauharnais, répondit : « Que veux-tu que je te dise ? si tes frères, tes ministres, ioutle inonde, sont contre moi, et si je n'ai que toi pour me défendre ? — Tu n'as que moi pour te défendre ! s'écria Napoléon avec impétuosité; eh bien, tu l'emporteras. »
Joséphine eut tout lieu de se rassurer, lorsque le statut du 30 mars 1806 interdit spécialement le divorce aux membres de la famille impériale. Mais, à Erfurt, Talleyrand avait été chargé d'amener le Czar Alexandre à faire la première ouverture relative au mariage de Napoléon avec une princesse de la maison des Romanoff. Le 15 décembre 1809, Joséphine, dans un conseil de famille, dut lire elle-même une déclaration dans laquelle on lui faisait dire qu'elle se sacrifiait volontairement aux convenances dynastiques de son époux ; mais elle n'eut pas la force d'achever cette lecture. Le prince Eugène alla le lendemain au Sénat pour déclarer qu'il s'associait au sacrifice de sa mère, et consentait à la perte de ses droits éventuels comme fils adoptif de l'Empereur. Des négociations furent entamées aussitôt avec la Russie. Mais le Czar tenait à garder « l'indépendance du cœur » à l'égard de son allié politique ou à profiter de ces négociations matrimoniales pour obtenir de nouvelles concessions. D'ailleurs, il se serait heurté à l'opposition invincible de sa mère, représentant avec autorité les sentiments de réprobation de toute l'aristocratie russe à l'égard d'une pareille mésalliance. Il fut aussi question de la sœur du roi de Saxe. Mais Napoléon, fatigué des lenteurs de la Russie, porta son choix sur une archiduchesse d'Autriche (6 février). Il savait que la cour de Vienne était favorable à ce projet, et elle l'était encore beaucoup plus qu'il ne le croyait.
Dès le 7 février, le contrat était signé avec Schwartzenberg, l'ambassadeur d'Autriche à Paris. On prit modèle, pour la rédaction de cet acte, sur le contrat de Marie-Antoinette ; seulement Napoléon