‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 237 sur 389 · LE DIVORCE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE

ne voulut aucune mention d'une dot pour la princesse, aucune précaution pour en assurer la remise. Il fit choix de son illustre adversaire, l'archiduc Cliarles, jiour épouser en son nom, à Vienne, l'archiduchesse Marie-Louise. Il fut décidé que l'on reproduirait dans tous ses détails le cérémonial du mariage de Louis XVI. Ces points réglés, un courrier partit pour Vienne le jour même, et y parvint le 14 février.

Fig. 222. — Cérémonie de la remise à Braunau. Esquissé par Alex, de la Borde, retoaché par Horean.

La cour autrichienne répondait avec le plus grand empressement au message de Napoléon. Berthier arrivait à Vienne le 5 mars ; le mariage avait lieu le 11. La nouvelle Impératrice se mettait en voyage dès le 13. Elle fut remise entre les mains françaises à Braunau et continua son voyage sous la conduite de Caroline Murât, reine de Naples.

Marie -Louise, fort effrayée de son union avec ce terrible révolutionnaire sur lequel jusque-là elle n'avait entendu prononcer que des paroles de haine, se croyait d'abord une victime sacrifiée aux nécessités de la politique ; mais à mesure qu'elle approchait, les lettres journalières qu'elle recevait de Napoléon et auxquelles elle répondait commençaient à changer ses sentiments. D'autre part, l'attitude de Napoléon, que la nouvelle du mariage avait déjà rempli de joie et d'orgueil, laissait voir à son entourage

qn'un sentiment plus tendre entrait dans son âme à mesure qu'il recevait les réponses écrites en français et de plus en plus longues de l'Impératrice. Il avait été décidé que LL. MM. se rencontreraient pour la première fois à Compiègne, dans une magnifique tente, où elles devaient entrer en même temps par deux côtés opposés, que l'Impératrice s'inclinerait pour se mettre à genoux, et que l'Empereur la relèverait et l'embrasserait.

L'impatience de Napoléon simplifia singulièrement ce cérémonial. « Il s'échappa

Fig. 223. — L'Impératrice Marîe-Loaise. D'après Prud'hon. (Phot. de Braim.)

furtivement du palais de Compiègne, accompagné seulement par Murât, sortit du parc, par une petite porte, et monta dans une calèche sans armoiries conduite par des gens sans livrée. Napoléon avait dépassé Boissons et était arrivé à Courcelles au moment où les courriers de l'Impératrice faisaient disposer le relai pour sa voiture qui allait aiTiver. Pour se garantir de la pluie, qui tombait à torrents, il s'abrita sous le porche de l'église avec Murât. On ne se serait guère douté que ces deux inconnus étaient l'Empereur et le roi de Naples. Lorsque la voiture de l'Impératrice parut, Napoléon se précipita à la portière, pendant qu'on changeait les chevaux. L'écuyer de service le reconnaît et s'écrie : « L'Empereur ! » Napoléon, qui voulait garder l'incognito, lui dit d'un air contrarié : « N'avez-vous pas vu que je vous faisais signe de vous taire ? » Mais ce petit moment d'humeur passe comme un éclair. L'Empereur se jette au cou de l'Impératrice, qui tenait à la main le portrait de son époux à qui elle dit avec un aimable sourire : « Vous êtes bien mieux que votre portrait. »

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