MARIAGE DE NAPOLEON ET DE MARIE-LOUISE
Le mariage civil fut célébré à Saint-Cloud, le 1" avril, le mariage religieux à Paris, le lendemain, avec une pompe extraordinaire (1).
On remarqua l'absence, à Notre-Dame, des cardinaux de la cour romaine alors retenus en France. Quoique l'officialité de Paris eût déclaré nulle la précédente union de Napoléon (7 janvier 1810), les cardinaux romains ne voulurent pas paraître au-
Fig. 324. — Arrivée de Marie-Louise à Compiègne. Tableau de H"** Auzou. Must^ de Versailles.
toriser de leur présence un divorce que le chef de l'Église n'avait pas ratifié. Cette conduite fut généralement approuvée. Joséphine, d'ailleurs, était populaire, et on la plaignait ; toute alliance autrichienne était encore mal vue en France. Quelques mois après, le 1" juillet 1810, un incendie éclata au bal que donnait l'ambassade d'Autriche en l'honneur de la nouvelle Impératrice. Il y eut des morts et des blessés ; ni l'Empereur ni l'Impératrice ne furent atteints, mais la belle-soeur de l'ambassadeur périt en cherchant sa fille dans les flammes. Le peuple se rappela les malheurs survenus lors du mariage de Louis XVI avec une autre archiduchesse, et Napoléon fut lui-même vivement frappé de ce présage.
(1) Voir l'ouvrage de l' architecte Fontaine : Description des cérémonies et des fêta qui ont eu lieu pour le mariage de S. M. Napoléon I" avec r archiduchesse Marie-Louise, gr, in-fol. Paris, 1810.
Mais, le 20 mars 1811, entre neuf et dix heures du matin, le vingtdeuxième coup de canon des Invalides apprenait à Paris que l'immense Empire avait un héritier. Napoléon semblait pouvoir dire : « L'avenir est à moi. »
Le mariage de l'Empereur avec une archiduchesse d'Autriche, s'il n'éteignait pas le foyer des haines, en tempérait du moins l'ardeur. Beugnot le constate pour le grandduché de Berg, qu'il administrait, et il en était de même dans les autres gouvernements de l'Allemagne : « On s'aperçut à l'instant, dit-il, de changements considérables dans les dispositions du grand-duché. Les familles qui avaient des enfants au service de l'Autriche les appelèrent à Dusseldorf comme pour y passer, en pays ami, leur temps de congé. Les jeunes gens fraternisaient de la manière la plus cordiale avec les officiers français ou allemands de notre petite armée. Si on parlait encore de guerre, c'était avec l'espérance de se battre à l'avenir les uns à côté des autres. Le ministre de l'intérieur me déclara pour lui et pour les anciens partisans de la maison d'Autriche que désormais la paix avec la France n'était plus seulement sur les livTes , mais au fond du cœur ; qu'elle avait cessé d'être une nécessité pour devenir un sentiment. Chaque jour, je m'en apercevais en voyant se multiplier autour de moi ces relations de confiance et d'avenir qu'on n'entretient qu'avec un gouvernement dont la durée n'est pas une question. » Les mêmes sentiments se manifestaient dans la partie de l'aristocratie française qui ne s'était pas encore ralliée à Napoléon.
La splendeur du gouvernement se montrait dans les travaux publics. En douze ans on y consacra un milliard, 138 millions en 1810, 154 millions en 1812 (1). L'Empereur avait raison d'être fier « de ce que au milieu des guerres, des dépenses que nécessitaient des armées immenses, de la création et de l'organisation de flottes nombreuses, ce qui se dépensait en travaux d'utilité publique était tel que cela dépassait dans une année tout ce que l'ancienne monarchie avait fait dans une génération ».
Les travaux commencés sous le Consulat sont poursuivis avec activité. A Paris, on construit des greniers de réserve, de nombreux marchés, entre autres le marché Saint- Germain. Undécretdu 9 février 1810 ordonnela fondation de cinq abattoirs qui étaient presque terminés en 1815. Le pont d'Iéna (1809-1813) relie le Champ de Mars aux hauteurs de Chaillot, sur lesquelles on commence un magnifique palais pour le roi de Home. On construit ou reconstruit les quais d'Orsai (1808-1809), desinvahdes (1802-
(1) Palais impériaux, 62 millions ; fortifications, 144 ; postes, 117 ; routes, 227 ; ponts, 37 ; canaux et dessèchements, 123 ; travaux de Paris, 102 ; édifices publics des départements, 149.