‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 240 sur 389 · PROJETS COLONIAUX · texte numérisé non relu

PROJETS COLONIAUX

que le temps de Napoléon est pour notre marine une période aussi importante, sinon que l'administration de Colbert, du moins que celle de Machault ou de Choiseul. Il est vrai que l'Empereur tomba avant d'avoir pu profiter de ce qu'il avait préparé. Il songeait même au rétablissement de notre puissance coloniale. Mais c'est là une entreprise qui ne peut réussir qu'avec le temps.

rig. 226. — Incendie de l'iiùtel du prince de Schwartzent^rg. tiic-siuiilù d'une gravure du temps.

Il ne négligea pas cependant de préparer cet avenir et il songea peut-être même à reprendre nos relations avec la Cochinchine et la mise à exécution du traité du 28 novembre 1787, par lequel le souverain du pays avait cédé à Louis XVI la baie de Tourane. On trouve, en effet, dans les Archives des colonies, un Mémoire sur la Cochinchine portant en marge cette note autographe : Renvoyé au ministre de la marine ])ovr me faire connaître son opinion sur ce méimire. — Paris le 29 frimaire, an X. — Le Premier Consul, Bonaparte (1).

(1 ) Conférence de M. H. Cordier, à la Société historique (Cercle Saint-Simon), publiée dans le Bulletin de la Société, \" année, p. 83.

Ce projet ne pouv.ait alors avoir de suite. Mais Napoléon s'occupa très sérieusement d'amener la domination de la France sur les Barbaresques. Il savait qu'avec de pareils gouvernements les traités étaient inutiles. Depuis la destruction de la flotte française et de la flotte espagnole à Trafalgar, les beys de Tunis et d'Alger avaient repris leui^s courses plus audacieusement que jamais. C'était un danger permanent pour notre commerce, c'était une honte pour la civilisation. Aussi l'Empereur, ne voulant plus qu'on s'en tînt à leur égard à de simples mesures d'intimidation ou de représailles, voulait détruire complètement ces repaires de pirates. Le capitaine Boutin fut chargé d'explorer le littoral de l'Algérie et de choisir un lieu de débarquement (1).

« A force d'esprit et de fermeté, de courage et de finesse, dit M. Camille Rousset, malgré les obstacles de tout genre qu'il rencontra, Boutin réussit au delà de tout ce que les plus audacieux auraient cru possible. « J'ai parcouru, écrivait-il au ministre « de la marine, Decrès, ces parties de la ville où les chapeaux ne paraissent pas, et, « tout autour d'Alger, j'ai dépassé de trois à quatre lieues les limites assignées aux Eu- « ropéens. » Riche de dessins, de croquis et de notes de toute espèce, il s'embarqua pour Toulon, le 12 juillet 1808 ; mais le 28, le brick qui le ramenait fut attaqué, à la hauteur de la Spezzia, par une frégate anglaise. Boutin n'eut que le temps de jeter à la mer ses dessins et ses papiers les plus importants. Fait prisonnier et conduit à Malte, il s'en échappa un mois après, déguisé en matelot, prit passage pour Constautinople, et revint par terre en France. Telles étaient la netteté de ses souvenirs et la justesse de son esprit que, grâce aux notes qu'il avait pu sauver, il réussit à faire seize grands dessins et à rédiger un mémoire dont le prix n'a été vraiment connu qu'en 1830. » Il fut, en effet, très utile à notre armée, qui opéra son débarquement précisément dans la baie de Sidi-Feruch, que le capitaine Boutin avait indiquée.

Dans les autres branches du gouvernement, on aurait des faits non moins importants à signaler : la promulgation du Code pénal, la fin de la liquidation, qui durait depuis vingt ans, des créances arriérées de la Révolution (2).

Ainsi, à l'extérieur comme à l'intérieur, Napoléon paraissait plus puissant que jamais. Mais il avait encore l'Angleterre à combattre et la Russie à craindre, et son caractère avait plus que jamais oublié la modération. Depuis le traité de Vienne, l'Empire avait encore été agrandi ; mais ces agrandissements ne l'avaient pas fortifié. Le Pape, qui, s' appuyant sur le caractère essentiellement pacifique de sa mission, prétendait rester neutre à l'égard des amis et des ennemis de l'Empire,

(1) Voir lettre à l'amiral Decrès, 18 avrU 1808, au tome XXII de la Correspondance.

(2) Il y avait à liquider près de cinq cent mille créances, montant & environ trois milliards , y compris, il est vrai, les dettes de la Belgique, du Piémont et autres pays réunis.

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