‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 241 sur 389 · DÉMÊLÉS AVEC LE PAPE. — ROME OCCUPÉE · texte numérisé non relu

DÉMÊLÉS AVEC LE PAPE. — ROME OCCUPÉE

tout en consentant à fermer ses ports aux marchandises de tel ou tel

'peuple, avait vu Rome occupée dès le 2 février 1808 par le général

Miollis. Un décret du 2 avril de la même année avait détaché de l'Etat

ecclésiastique les provinces d'Ancône , Urbin, Macerata, Camerino,

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t'ig, 227. — i'iéce allégorique sur le mariage de r Ijniierenr «les Français avec rarcliiduchesse d'Autriche.

D'après une gravure allemande.

et les avait annexées au royaume d'Italie. Le décret de Schœnbrunn (17 mai 1809) annexait, non plus au royaume d'Italie , mais à l'Empire français, Rome et ce qui restait des Etats du Saint-Siège. Le Pape répondit en lançant une bulle d'excommunication contre Napoléon et ses adliérents pour la spoliation de l'Eglise. Le G juillet, le général de gendarmerie Radet enlevait nuitamment du Quirinal le pape et les cardinaux les plus hostiles à la France.

Il y avait eu toujours autour du Pape un parti antifrançais très actif, qui reprochait vivement à Pie VII toutes ses concessions à la France et à la Eévolution et considérait même le Concordat comme une mesure des plus malheureuses. La con-

duite de Napoléon leur donnait beau jeu. Il est à peu près certain que les ordres de Napoléon furent dépassés, soit qu'on voulût le compromettre, soit que ceux qui les exécutèrent voulussent satisfaire leurs sentiments hostiles au catholicisme. Napoléon écrivait, le 18 juillet, de Schœnbrunn, au ministre de la police : œ Je suis fâché qu'on ait arrêté le Pape ; c'est une gi-ande faute. Il fallait arrêter le cardinal Pacca et laisser le Pape tranquille à Rome ; mais enfin il n'y a point de remède, ce qui est fait est fait. Je ne m'oppose pas, si sa démence finit, à ce qu'il soit renvoyé à Rome... » Mais cette démence ne devait pas finir. Le Pape, après avoir traversé les Alpes et passé par Grenoble, Avignon, Aix et Nice, fut interné à Savone. Un sénatus-consulte forme les deux

nouveaux départements de Trasimène et de Rome (17 février 1810). L'héritier de l'Empire reçoit, en 1811,1e nom de « roi de Rome », comme pour bien indiquer qu'on ne reviendra jamais sur la réunion de la ville sainte à l'Empire. Napoléon ne recula devant aucune obsession pour amener le Pape à céder. Pie VII perdit le sommeil et tomba dans un état d'esprit qui touchait à l'égarement. On surprit ainsi sa signature pour une déclaration ( 1811 ) qu'il s'empressa de désavouer hautement dès qu'il revint à lui. Napoléon esf)éra avoir plus d'influence par une action directe et ordonna de transporter le pape à Fontainebleau. Le 18 janvier, l'Empereur pénètre dans le salon où se trouvait le souverain pontife (1). Après cinq jours de résistance, le Pape donnait son adhésion au Concordat de Fontainebleau • (1811); mais il se rétractait par une lettre adressée à Napoléon. Il ne devait être mis en liberté qu'en 1814.

Ainsi Napoléon, détruisant une partie de son œuvre, réveillait ces passions religieuses qu'il avait apaisées. En persécutant de malheureux prêtres pour leur foi, il donnait à ses ennemis une arme nouvelle, et amenait à se réunir, avec plus ou moins de sincérité, dans un sentiment plus puissant que la sympathie politique, tous ceux qui faisaient opposition au gouvernement impérial. « Il s'était établi, dit M. Sclopis dans ' son ouvrage la Domination française en Italie de 1800 à 1814, il s'était établi entre Savone et Rome une correspondance secrète fort active qui allait plus vite que le télégraphe... Le gouvernement en connaissait l'existence ; mais il ne parvint jamais à l'interrompre. »

Quoi qu'il en soit, Napoléon s'applaudissait de voir l'Italie entière fermée au commerce anglais. Le roi de Hollande, Louis Bonaparte,

Fig. 228. — Maret, duc de Bassano,

(1) Voir la belle scène imaginée par Alfred de "Vigny dans Grandeur et servitude militaires.

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