‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 251 sur 389 · GEOGRAPHIE · texte numérisé non relu

GEOGRAPHIE

en arrivant à l'époque où l'on a joui des bienfaits dus à l'unité de lois , d'administration et de territoire. lioreque cet ourrage bien fait, et écrit dans une bonne direction, aura paru, personne n'aura la volonté et la patience d'en faire un autre, surtout quand, loin d'être encouragé par la police, on sera découragé par elle. »

« Ce qu'il y a de profondément vrai et de radicalement faus dans cette note mémorable, ajoute Sainte-Beuve, serait matière à longue méditation. » Napoléon, qui décrétait ainsi l'esprit de l'histoire, était cependant le même qui disait, quelques mois plus tard, à Saint-Cloud (19 septembre 1809), en s'adressant à Fontanes : « Savez-vous ce que j'admire le plus dans le monde, c'est l'impuissance de la force à organiser quel-

ïlg. 2-41. — Li;uii)t.'r«.ur. fii T<iuure, acconiiiatjiitj a mh: numnr-.'use escorte, pa-sse Sur le quai des Tuileries, devant le pont de la Concorde orné de statues. Dessin lavé. (Collection Hennin.)

que chose. Il n'y a que deux puissances dans le monde, le sabre et l'esprit. J'entends par l'esprit les institutions civiles et religieuses. A la longue, le sabre est toujours battu par l'esprit. »

IjCs hommes de talent ne manquaient pas pour réaliser le projet de Napoléon. Mais, par cela même qu'ils avaient du talent, il leur aurait été bien difficile de le plier si exactement aux exigences du pouvoir. Dk Montlosiee, revenu de l'émigration, avait entrepris, sur l'invitation de l'Empereur, des travaux sur l'histoire do France qui furent interdits par la police impériale, à cause de leurs tendances féodales et de leur fierté nobiliaire. Gaillard, arrivé à soixante-quatorze ans, ajoutait à ses nombreux travaux une Histoire de la rivalité de la France et de rAmjleterre, dont la publication (1801-1807) ne fut tenninée qu'un an après sa mort. Axquetil, non moins âgé, publiait, en 1805, son Histoire de France. Daunou se consolait des déceptions de sa vie pohtique par ses leçons du Collège de France, publiées après sa mort sous le titre de Cours détudes historiques, ouvrage considérable et encore utile

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(20 volumes in-S", 1842-1849) (1). Mais Simonde de Sismondi (1773-1842) commence, en 1807, la publication de son Histoire des répicbliques italiennes, qui reste son titre le plus remarquable, et donne, eu 1813, son Histoire des littératures du midi de l'Europe, ouvrages qui annoncent dignement le renouvellement des études historiques et critiques qui doit être une des gloires de notre siècle (2). Charles Lacretelle continuait plutôt la tradition de Voltaire dans son Précis historique de la Révolution française et son Histoire de France pendant le dix-huitième siècle.

A côté de ces deux noms qui ont conservé, surtout le premier, une juste notoriété, on doit placer celui de Koch, qui a rendu à l'histoire des services trop oubliés, par son Histoire des traités de paix entre les puissances de l'Europe depuis h, paix de Westplialie et surtout son Tableau des révolutions de l'Europe (3). Koch était professeur à

(1) Napoléon l'avait chargé, en 1807, au moment où l'on pouvait considérer comme possible la reconstitution de la nationalité polonaise, de publier Vllistoire de l'anarchie de la Pologne, œuvre de Rulhiére, mort en 1791, Cet ouvrage posthume est resté le principal titre de son auteur.

(2) Alors commençaient aussi à se faire connaître des hommes qui devaient être l'honneur de la période suivante dans les études historiques et disputer à Sismondi la place qu'il continuait à occuper : DE Baraxte ( Tableau de la littérature française au X VII h siècle 1809) ; AUGUSTIN Thierry, dont nous avons déjà eu l'occasion de citer le nom ; GuizoT, qui préludait comme Barante par des travaux de critique {Dictionnaire des synonymes français, 1808; /Je l'état des beaux- arts en France, 1810; Vies des poètes français du sièclede Louis XIV) à ses grands travaux historiques.

(3) GÉOGRAPHIK. — Nous nous contenterons d'indiquer en note les principaux faits de l'histoire de la géographie, qui pourraient être l'objet d'un chapitre distinct.

L'ouvrage le plus considérable est la Géographie mathématique, physique et politique de toutes les parties du monde, que Malte-Beuk composa avec son maître Mestelle (1803-1805, 16 vol. in-S» et atlas). Ramond était moins populaire, mais faisait des travaux plus originaux et donnait des modèles dans ses Etudes sur les Pyrénées, qui contiennent, à côté des observations scientifiques, des descriptions qui ont mérité les éloges de Michelet. Volney publiait, en 1803, son Tableau du climat et du sol des États-Unis. Les explorations lointaines furent rares, surtout de la part des Français, dans les quinze premières aimées du siècle ; on le conçoit sans peine. Nous citerons cependant le voyage de Jaubert en Perse, et celui de Nicolas Baudin en Océanie (1800-1803), et surtout les travaux de l'Institut d'Egypte. On peut aussi rappeler, & propos de la France, le nom illustre entre tous d'Ai.EXAKDRE de Humboldt qui, en appliquant aux explorations géographiques sa science universelle et la rare étendue de son esprit, marque une époque dans l'histoire de la géographie. Il s'était lié intimement avec Desaix, lorsque, en qualité de secrétaire de Hardenberg, il avait accompagné le diplomate au camp de Moreau. Il avait cherché à accompagner Bonaparte en Egypte, et ce n'était qu'après avoir échoué dans sa tentative, qu'il s'était tourné du côté de l'Amérique. D'aillem-s, il partage le mérite de ce célèbre voyage avec un Français, le naturaliste Bokpland. Bonpland accompagna Humboldt dans son ascension du Chimborazo, où les deux voyageurs s'élevèrent (23 juin 1802) jusqu'à une hauteur d'environ 5.300 mètres. Ils revinrent ensemble en France. Bonpland apportait 6.000 plantes inconnues en Europe, dont U fit don au Muséum. Napoléon le récompensa par une pension de 6.000 francs et, bientôt après, par la place de surintendant des cultures de la Malmaison. Humboldt se fixa à Paris en 1805, et y resta jusqu'en 1827, sauf de courtes absences, malgré les guerres que la France soutint contre son pays. Nos plus illustres savants lui servirent de collaborateurs pour ses vastes et brillantes publications. Quelle que soit la gloire de Humboldt, il est certain que la géographie d'exploration subit un temps d'arrêt au commencement du dix-neuvième siècle. Mais une branche des sciences géographiques qui est dans tout son développement, c'est la géographie militaire. Aucun général, en effet, n'a tiré un plus grand parti de l'étude de la carte que Napoléos. Aussi, un de ses premiers soins, lorsqu'il avait occupé militairement un pays, était-il de faire exécuter le levé avec le plus d'exactitude possible. C'est ainsi que nous avons, aux Invalides, les plans en relief de la plupart des places fortes de l'Europe. Le corps des ingénieurs géographes, qui devait se confondre avec l'état-major, prend une importance croissante. Jacotin, chef de la section topographique au ministère de la guerre, dirigea l'exécution de l'atlas de l'Egypte et de la Syrie, de la

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