PHILOSOPHIE. — ROYER-COLLARD. — DE BIRAN
Strasbourg, dont l'université servait comme de lien entre la civilisation française et la civilisation allemande.
Philosophie. — C'est par Strasbourg surtout, que les idées nouvelles apparues en Allemagne se répandaient sur la rive gauche du Rhin. On est surpris de voir combien Kant était connu et apprécié, dès 1807, dans le rapport de Dacier. Mais il avait eu
Fig. 242. — Le Koi de Rome. D'après Lawrence. (Phot. de Braun.)
cependant peu d'influence sur notre école philosophique, qui se traînait assez péniblement à la suite de Locke et de Condillac. Le gouvernement impérial se montrait
carte de Corse, etc. L'ofScier d'artillerie Baclbbd'Albe, que nousretroarerons en parlant de la peinture (car il n'abandonna jamais sa première vocation), dressa, après le traité de Campo-Formio, le théâtre de la gnerre. Devenu général, puis directeur du Dépôt de la guerre, en 1813, il rendit les plus grands services en formant des artistes géographes et en sauvant les cuivres de la carte de Cassini, que les alliés voulaient nous enlever. Le colonel d'état-major Bonv-SAiST-VlNCBST prenait une place honorable, non seulement parmi les géographes militaires, mais parmi les naturalistes et les érudits, par desavants mémoires qui devaient le faire entrer à l'Académie des sciences. La construction des cartes marines reçut aussi des perfectionnements notables. Beautemps-Beaupré, tout en travaillant jusqu'en 1807 à l'atlas du Voyage de d'Entrecasteaux, donna un très beau plan de l'Escaut, releva les côtes de l'Istrie et de la Dalmatie, et fit, en 1811, le même travail pour les côtes septentrionales de l'Allemagne
de moins en moins favorable aux études philosophiques, qui conduisaient, pensait-il, aux idées révolutionnaires, et il était bien près de considérer comme révolutionnaire toute tentative d'opposition libérale. Un « idéologue » était toujours pour Napoléon, sinon un ennemi, du moins un homme à surveiller.
Toutefois, c'est pendant le Consulat et l'Empire que se prépara le renouvellement de la philosophie française. Sous le Consulat, le vieux Saint-Lambert, l'auteur du poème des Saisotis, achève la publication de son Catéchisme universel, ou principe des mœurs chez toutes les nations (1798-1801), ouvrage qui obtient de l'Institut le grand prix de morale, quoique l'auteur y soutienne au fond des doctrines matérialistes et ne s'élève pas au-dessus de la morale de l'intérêt (1). A la fin de l'Empire, les idées n'étaient plus les mêmes. Cette transformation se manifesta même dans les cours publics faits sous le patronage du gouvernement. Laeomiguière, élève de Gaeat, faisait, à la Faculté des lettres, de 1811 à 1813, un cours auquel la facilité de la parole, la clarté et l'élégance de l'exposition donnaient un grand succès, et où le professeur, sans rompre avec l'école officielle, s'en détache déjà par plus d'un point.
Vers le même temps, débutait, dans la chaire d'histoire de la philosophie, un ancien proscrit de fructidor, Royek-Collard. Son enseignement était tout le contraire de celui de Laromiguière ; ses leçons étaient lues ; le style en était serré, concis, mais la forme grave et belle rappelait les écrivains du dix-septième siècle. Il y exposait des doctrines qui, ayant été longtemps négligées, paraissaient nouvelles. C'est en 1811, devant une cinquantaine d'auditeurs, qu'il commença un cours qui ne devait durer que deux ans et demi, mais laisser une trace ineffaçable. Royer-Collard ne dépassait guère cependant l'enseignement de l'école écossaise.
La France possédait alors un philosophe autrement original et profond, Maine de Biean, proscrit de fructidor comme Royer-Collard. En 1802, l'Institut le couronnait pour son mémoire sur l'influence de l'habitude. Ce succès était remporté sous les auspices de l'école de Condillac. Mais il était facile d'y voir d'autres inpirations. En 1805, dans sa Dècompositio^i de la pensée, il entre dans une voie nouvelle, et montre les lacunes du sensualisme. Cette tendance s'affirme dans son étude sur l'aperception interne immédiate, qui obtint un accessit de l'Académie de Berlin (1807), et surtout dans s^sRapports du physique et du moral, couronnés, en 1811, par la Société Royale de Copenhague. Il y avait là une manière de comprendre et de traiter les sujets philosophiques que la langue française ne connaissait plus guère depuis les Nouveaux Essais sur l'entendement humain de Leibnitz. Cet ouvrage est comme la contrepartie des douze mémoires que le célèbre médecin Cabanis (1757-1808) avait réunissons le même titre (2).
(l)Vers le même temps, il est vrai, Louis-Claude de Saint-Martin, le philosophe méconnu, complétait l'exposition de ses doctrines mystiques ou spiritualisme pur, dans son Coup d' œil jyhilosophique »ur la nature des êtres (1800) et dans le Ministère de ï homme-esprit (1802). Mais ces ouvrages ne s'adressaient qu'à un petit nombre d'adeptes.
(2) Vers le même temps, l'abbé Emmert, qui avait obtenu du Premier Consul le rétablissement du séminaire de Saint-Sulpice, réimprimait, en 1803, son Esjmt de Leibnitz, sous le titre : Pensées de Leibnitz sur la religion et la morale. Dans cet ouvrage, comme dans ses Pensées de Descartes (1811), il s'attache & soutenir la religion par la philosophie.