CRITIQUE. — NAPOLEON. — GEOFFROY. — MELODRAME
timents et jaloux, jusqu'à l'excès, de sou autorité, pouvait être théâtral, et ce caractère eût été conforme à l'histoire. Au lieu de cela, M. Raynouard, auteur d'un grand talent, nous le représente comme un homme froid, impassible, ami de la justice, qui n'a aucune raison d'aimer ou de haïr les Templiers, qui tremble devant un inquisiteur. » Puis, passant en revue les autres personnages de la pièce : « L'histoire offrait également à l'auteur des couleurs assez tranchées pour donner une physionomie forte et prononcée à deux ministres, tels que Nogaret et Enguerrand; mais il a mieux aimé en faire deux membres subalternes des comités. » C'était du rôle que la
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politique devait jouer dans le théâtre et de la pièce des Templiers, qu'il s'entretenait, la veille d'Austerlitz, avec son état-major.
Quelque discutables que soient certains de ces jugements, on voit que Napoléon aurait pu être aussi un rival redoutable pour les critiques de profession, pour Hoffmann, pour SuAED, pour de Féletz, pour Geoffboy lui-même, qui, malgré bien des préventions injustes, n'en exerça pas moins une sorte de souveraineté sur les littérateurs et les acteurs de son temps par les articles qu'il fit paraître, depuis 1799 jusqu'à 1814, date de sa mort, dans le Journal des Débats, alors journal de l'Empire, où écrivaient également Hoffmann et de Féletz (1).
(1) Nous avons rappelé plus haut les deux ouvrages de M""" de Staël : De la littérature consiJérée dans te rapports avec les institutions sociales et De r Allemagne. Ce sont là deux monuments dans l'histoire de la critique française. — Dans un ordre de travaux moins éloquents, mais plus précis, l'Histoire de la littérature italienne de GiNGUESÉ est un excellent ouvrage, qui fait encore autorité et qui n'avait pas de modèle dans notre langue. On peut rattacher & la critique littéraire l'éloquence académique. Victorien Fabbe obtint, par ses éloges de Boileau, Corneille, La Bruyère, Montaigne, des succès retentissants que la postérité n'a pas confirmés. Déjà, d'ailleurs, un jeune professeur de vingt-deux ans, dont la
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liais comment Xapoléon espérait-il que la tragédie politique pût se développer sous son règne, lorsque le moindre passage donnant prise à une allusion, à laquelle l'auteur lui-même était loin de penser, suffisait pour faire interdire une pièce ? Un fait montrera à quel point, je ne dis pas la police impériale, mais Napoléon lui-même, poussait la susceptibilité sur ce point. Après avoir fait représenter au théâtre de la cour la tragédie les États de Blois de Raynouard, qui lui avait paru inofifensive à la lecture, il en interdit la représentation à Paris, se plaignant à la fois des éloges prodigués aux Bourbons et des diatribes contre les révolutionnaires. « Eaynouard a été faire du chef des Seize le capucin Chabot de la Convention. Il y a dans cette pièce pour tous les partis, pour toutes les passions ; si je la laissais donner à Paris, on pourrait venir m'apprendre que cinquante personnes se sont égorgées dans le parterre. De plus l'auteur a fait de Henri IV un vrai Philinte et du duc de Guise un Figaro, ce qui est trop choquant en histoire. Le duc de Guise était un des plus grands personnages de son temps, avec des qualités et des talents supérieurs et auquel il ne manqua que d'oser pour commencer dès lors la quatrième dynastie. De plus, c'est un parent de l'Impératrice, un prince de la maison d'Autriche avec qui nous sommes en amitié, dont l'ambassadeur était présent ce soir à la représentation. L'auteur a plus d'une fois étrangement méconnu toutes les convenances (1). »
Pendant que la tragédie classique, malgré la protection du pouvoir, se soutenait péniblement, la comédie larmoyante de La Chaussée et la tragédie bourgeoise de Diderot étaient devenues le drame puis le mélodrame, et, sous cette dernière forme, obtenaient auprès du peuple un succès croissant. Guilbert de Pixéeécourt déployait, dans SCS trois cents pièces, une puissance et une fécondité d'imagination, une habileté scénique qui suffiraient à rendre illustre un auteur espagnol. Mais on est plus difficile en France, et ces qualités n'ont pu lui faire pardonner son absence de goût, sa faiblesse dans la peinture des caractères et la déclamation trop souvent plate et incorrecte de son style. Il n'en mérita pas moins d'être appelé le Corneille et le Shakespeare des boulevards. Il n'était pas seul à cultiver ce genre ; parmi les grands succès du temps, il faut citer l'Ahbé de l'Épée, de Bouilly (1805).
Le vaudeville était le rival du drame dans la faveur populaire. L'on se pressait pour entendre les œuvres légères de Moreau, de Rochelle, de Rougemont, de Brazier, de Désatjgiers surtout, dont les Petites Danaides avaient six cents représentations et la Chatte merveilleuse quatre cents. Sans parler de ces pièces à spectacles, Désaugiers, soit seul, soit en collaboration, a composé plus de cent petites pièces, telles que M. Vautour, le Dîner de Madelon, etc., où il peut déployer la verve aimable et la bonhomie railleuse qui faisaient de lui le meilleur de nos chansonnière. Mais déjà, à la fin de l'Empire, et par l'appui généreux de Désaugiers lui-même, commençait
renommée devait être autrement durable, Villemain, inaugurait, eu 1812, ses victoires académiques en obtenant le prix de l'Académie française pour sou éloge de Montaigne.
( 1) On sait que la maison de Guise était une branche cadette de la maison de Lorraine, dont la branche ainée était devenue souveraine dans les États autrichiens par le mariage de François de Lorraine avec Marie-Thérèse, en 1736. Le scrupule était poussé un peu loin. Il est douteux que l'ambassadeur d'Autriche eût été aussi susceptible.