LODI
tendaient qu'une occasion favorable pour nous attaquer. Mais Bonaparte pense aussi qu'un succès éclatant sur les Autrichiens rendra ces haines impuissantes. Il se dirige sur Plaisance avec une rapidité qui n'étonnait plus de la part des soldats de IMontenotte et de Millesimo : il voulait passer le Pô derrière les Autrichiens, les couper de leur ligne de retraite. L'armée de Beaulieu aurait été perdue. Mais Bonaparte
Fig. 23. — PutBge da Pt, Peint sur le lieu par Bâcler Dalbe.
n'était que général et non chef d'empire. Son année n'avait pas d'équipage de ponts : malgré toute la diligence possible, il fallut du temps pour rassembler des barques et le passage se fit lentement. BeauHeu, grâce à une rapidité de marche où les Autrichiens se montrèrent sur ce point les émules des Français, put prendre position derrière l'Adda. Une partie seule de son armée fut atteinte à Fombio et rejetée sur Pizzighetone par Laharpe, qui périt dans un combat de nuit, tué par ses propres troupes. Le mouvement n'avait pas complètement réalisé nos espérances, mais il avait suffi pour faire perdre aux Autrichiens tout le pays situé entre le Tessin et l'Adda.
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Ce n'était pas assez pour Bonaparte; il veut franchir l'Adda au pont de Lodi. Beaulieu n'avait pas eu le temps de le faire sauter; mais il l'avait défendu par dix mille Autrichiens et trente canons. Le pont n'en est pas moins enlevé avec un rare héroïsme. Cette fois, Beaulieu devait renoncer à la lutte active, il se retirait derrière le Mincio, sous la protection de Mantoue.
Le combat de Lodi porta jusqu'à l'eathousiasme l'admiration des soldats pour leur jeune chef. On raconte que le soir de cette bataille les plus vieux soldats s'assemblèrent dans une sorte de conseil ; ils y décidèrent que leur général était trop jeune pour les commander et qu'il fallait le faire passer par tous les grades. Ils furent unanimement d'avis qu'il avait mérité ce jour-là les galons de caporal, et quand il parut au camp, on le salua du surnom de petit Caporal, devenu justement populaire. Dans le reste de la campagne, il devait conquérir successivement les autres grades.
Masséna avait précédé Bonaparte à Milan, et, au grand étonnement des habitants qui connaissaient l'armée d'Italie de réputation, avait fait observer une exacte discipline. Lorsque Bonaparte lui-même fit son entrée dans la ville, il y fut reçu comme un véritable souverain. Soit admiration, soit espérance, soit crainte, la bourgeoisie et les nobles aussi bien que le peuple se portèrent à sa rencontre. Un arc de triomphe avait été dressé par la municipalité, qui vint, des branches d'olivier à la main, lui porter les clefs de la ville (15 mai).
L'Italie du Nord commence à s'agiter à l'idée de la renaissance de sa nationalité : Bonaparte donne à Milan un gouvernement municipal,- établit une garde nationale. Le temps semblait enfin venu où l'on ne verrait plus la malJieureuse Italie combattre, comme le disait le poète Filicaja, parle bras des étrangers pour être toujours esclave, soit victorieuse, soit vaincue. Mais il fallait pour cela qu'elle aidât la France à la débarasser du joug de l'Autriche, et Bonaparte imposa ù Milan une contribution de vingt millions. Déjà, au moment du passage du Pô, il avait fait signer au duc de Parme l'armistice de Plaisance, qui l'obligeait à nous donner deux millions en argent, des chevaux, des vivres, des objets d'art, des curiosités, parmi lesquelles fut comprise la célèbre inscription sur bronze, dite table de Velleia, contenant l'institution alimentaire de Trajan, et