GLOIRE DE BONAPARTE
vingt tableaux, dont le Saint Jérôme du Corrège. Le duc, malgré sa détresse, avait offert un million pour le rachat de ce tableau. Mais Bonaparte répondit « que ce million serait bientôt dépensé, qu'il s'en trouverait d'ailleurs assez d'autres à conquérir, au lieu qu'un chef-d'œuvre était éternel, que sa vue en inspirerait d'autres et qu'il serait un ornement pour la patrie. »
Fig. 24. — ItéTolte de Parie, le 7 pralrUl an IV, Dessiné par Carie Vernet, gravé à l'eau-forte par Coinj.
Quelle qu'eût été la gloire que les autres généraux avaient donnée s\ la République, on n'avait pas encore trouvé en aucun d'eux une telle grandeur de vue et une telle hauteur de pensée. Non seulement Bonaparte ne demandait pas d'argent au Directoire, mais il lui envoyait dix millions ; il envoyait aussi de l'argent à son collègue Moreau pour l'armée du Rhin. Toute la France commençait à retentir de son nom. De son côté, le Directoire s'inquiétait déjà d'une pareille renommée, et il n'avait pas tort : Bonaparte l'a reconnu lui-même. « C'est après Lodi, dit-il, qu'il me vint dans l'idée que je pourrais bien jouer un rôle décisif sur notre scène politique. » Et il dit ailleurs : « C'est alors que je commençai
NAPOUSON I".
à entrer en malice avec le Directoire. » Les inquiétudes du Directoire étaient pour Bonaparte la meilleure preuve de la place qu'il avait déjà prise dans l'attention de la France ; mais parmi les témoignages directs ou indirects d'admiration qu'il reçut alors, nul ne lui fut sans doute plus précieux que celui du général qui jusque-là occupait sans conteste le premier rang et pour lequel Bonaparte était déjà un émule. Le général Hoche lui écrivait de la Vendée, 12 floréal an IV (1" mai 1796) :
« Honneur aux héros de Millesimo ! honneur au brave chef qui les commande ! Le Directoire a transmis à l'armée que j'ai l'honneur de commander l'éclatante victoire que celle d'Italie a remportée sur les ennemis de la Képublique. Acceptez, mon cher général, le témoignage de la joie vive et pure que vos éclatantes victoires ont produite en nos cœurs. Vous continuerez, brave général, à nous causer de semblables sensations et, en mon particulier, je m'applaudis de vous avoir connu. Salut et amitié. »
Si tels étaient les sentiments de ses collègues, de la France et des Italiens eux-mêmes, quels devaient être ceux de ses soldats! A partir de Lodi, ils pensaient qu'avec un tel général rien n'était impossible, et des proclamations telles que celle qu'il leur adressait de Milan étaient bien de nature à entretenir cette admiration et ce dévouement sans bornes. Nous la transcrivons dans son entier, car c'est une des plus belles harangues que jamais général ait adressées à ses troupes.
« Soldats,
« Vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Apennin ; vous avez culbuté, dispersé tout ce qui s'opposait à votre marche.
« Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s'est livré à ses sentiments naturels de paix et d'amitié pour la France.
« Milan est à vous et le pavillon républicain flotte dans toute la Lombardie. Les ducs de Parme et de Modène ne doivent leur existence politique qu'à votre générosité.
« L'armée qui vous menaçait avec tant d'orgueil ne trouve plus de barrières qui la rassurent contr» votre courage. Le Pô, le Tessin, l'Adda n'ont pu vous arrêter un seul jour; ces boulevards vantés de l'Italie ont été insuihsants. Vous les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin.
« Tant de succès ont porté la joie au sein de la patrie ; vos représentants ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la République.