MALUS
des ressources plus grandes qu'on ne l'avait cru jusque-là, attache une grande importance à l'emploi des feux verticaux casemates pour écraser l'ennemi, sans danger, lorsqu'il se présente en masse, ou à des coups de main audacieux, pour le culbuter lorsqu'il n'est psis en force (1).
Le système polygonal et casemate de Montalembert, joint à plusieurs idées de Camot, fut d'abord appliqué par les ingénieurs allemands, principalement au fort de Coblentz. Il s'est répandu depuis dans toute l'Europe, non qu'on l'ait appliqué complètement, mais on en a tenu un compte sérieux. Un autre Français, qui émigra après le 10 août, mais qui, devenu le plus savant ingénieur de l'armés prussienne ,
Fig. 254. — Le jeu.
mourut à la défense de Dantzig, Bousmard, publiait, de 1797 à 1803, un remarquable Traité de fortification dont se sont inspirés les plus célèbres officiers du génie de son temps, RooNiAT, Ha.xo, et surtout Chasskloup-Laubat, dont les fortifications d'Alexandrie, admirées de toute l'Europe, furent détruites en 1815, sur la demande de l'Autriche. On reproche au système de Bousmard d'être trop compliqué et trop coûteux. Une faut pas croire, d'ailleui-s, que ces nouveautés aient en rien diminué la gloire de Vauban. On applique à des conditions de guerre différentes les principes qu'il avait posés.
Génie civil. — Dans le génie civil, Lamblardie continuait les travaux de Cherbourg, les travaux de Cessart. Brémontieu, devenu inspecteur général des ponts et chaussées, poursuivait, jusqu'à sa mort, mais sans opposition alora, les admirables plantations destinées à fixer les dunes de l'embouchure de la Gironde. La coupole en char-
(1) Ce ne fut qu'en 1806, qu'on publia les œuvres de Cormontaigne, le plus remarquable des ingénieurs militaires français depuis Vauban (3 vol. in-I2).
pente de la Halle au blé, élevée par Roubo, ayant été brûlée en 1802, Bellanger proposa de la remplacer par une coupole en fer, et excécuta, en 1812, cette construction, qui parut, comme celle qu'elle remplaçait, un chef-d'œuvre d'habileté technique et de hardiesse. Prony s'occupait, de 1810 à 1814, de l'assainissement des Marais Pontinset écrivait à ce sujet un ouvrage qui est resté un modèle, où il prouvait que la plus grande partie de ces marécages pestilentiels pouvait être rendue à la salubrité et à la culture.
Physique. — La physique était dès lors si intimement unie aux mathématiques, que la section de physique générale à l'Institut fut comprise, non dans la subdivision des sciences physiques , mais dans celle des sciences mathématiques, les phénomènes de la chaleur et de la lumière étant surtout étendus par la géométrie et le calcul. — Joseph FouRiER, qui fut, comme Laplace , Lagrange, Biot, et bien d'autres, comme aurait pu l'être Arago, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française, trouvaille temps, au milieu de ses fonctions de conseiller d'État, puis de préfet de l'Isère, qu'il remplissait avec le zèle le plus éclairé, de composer deux mémoires (1807) qui servirent de base à sa Théorie analytique de la chaleur. Dans la théorie de la lumière, l'officier du génie Malus publiait son Traité d'optique analy tique, sa Théorie de la double diffraction ( 1 808), et s'immortalisait par sa découverte de la polarisation de la lumière. Ses travaux ont préparé ceux de Fresnel, qui publiait son premier mémoire en 1815.
Mais le grand fait du siècle fut la découverte de l'électricité dynamique, qui a produit tant de merveilles et qui en produira encore bien d'autres. Ce fut dans les premiers jours de janvier 1800, date à jamais mémorable dans l'histoire des sciences et même dans l'histoire de l'humanité, que Volta constitua définitivement sa pile (1), machine qui permettait d'accumuler l'électricité et de créer à volonté les courants électriques.
Pour Volta, l'électricité ne se développait que par le contact, et il ne tenait pas compte de l'altération des divers éléments de son appareil. Il adressa sa découverte au président de l'Académie de Londres, Joseph Banks, et dès l'année même, Nicholson, Carlisle, Humphry Davy appliquaient la nouvelle invention à la décomposition chimique des corps. A la fin de cette année, Volta se rendit à Paris et fut accueilli avec les témoignages de la plus haute estime par le Premier Consul. L'Institut consacra deux de ses séances à examiner l'appareil. Xapoléon, qui assistait avec ses collègues à la seconde de ces séances, fut saisi d'admiration, suggéra des expériences nouvelles et proposa, en qualité de membre de l'Institut, que la section des sciences décernât à l'illustre savant une médaille d'or. Cette médaille portait pour inscription : « A Volta. Séance du 11 frimaire an IX. » Le même jour, Volta recevait 6.000 francs pour ses frais de route.
Le professeur de Pavie, nous dit Arago dans son éloge de Volta, était devenu pour Napoléon le type du génie. Aussi le vit-on, coup sur coup, décoré des croix de la Légion d'honneur et de la Couronne de fer, nommé membre de la Consulte italienne, élevé à la dignité de comte et à celle de sénateur du royaume lombard. Quand l'Institut italien se présentait au palais, si Volta par hasard ne se trouvait pas sur les premiers rangs, les brusques questions : « Où est Volta ? Serait-il malade ? Pourquoi n'est-il pas venu ? » montraient avec trop d'évidence, peut-être, qu'aux yeux du souverain, les autres
(1) L'appareil de Volta reçut le nom de pUe, à cause de sa forme.