‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 265 sur 389 · VOLTA. — ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. — DAVY · texte numérisé non relu

VOLTA. — ÉLECTRICITÉ DYNAMIQUE. — DAVY

membres, malgré tout leur savoir, n'étaient que de simples satellites de l'inventeur de la pile. « Je ne saurais consentir, disait Napoléon en 1804, à la retraite de Volta. Si ses fonctions de professeur le fatiguent, il faut les réduire. Qu'il n'ait, si l'on veut, qu'une leçon à faire par an ; mais l'université de Pavie serait frappée au cœur, le jour oîi je permettrais qu'un nom aussi illustre disparût de la liste de ses membres ; d'ailleurs, ajoutait-il, un bon général doit mourir au champ d'honneur (1). »

Après le départ de Volta, il fit renouveler devant lui les expériences de décomposition chimique qui venaient d'être faites en Angleterre. Frappé d'étonnement en voyant le

Fig. 255. — La mère.

transport des éléments des sels aux deux pôles de la pile, il garda un instant le silence, puis, se tournant vers Corvisart, son médecin : « Docteur, dit-il, voilà l'image de la vie : la colonne vertébrale est la pile ; le foie, le pôle négatif ; la veine, le pôle positif. »

Napoléon semble avoir prévu dès lors la diversité et l'importance des applications de cette découverte. Cette pensée le poursuivait au milieu de sa campagne d'Italie. Il écrivait de Marengo au ministre Chaptal, pour instituer deux prix : un prix de trois mille francs « pour la meilleure expérience qui sera faite, dans le cours de chaque année, sur le fluide galvanique, t> et un prix extraordinaire de soixante mille francs « pour celui qui fera faire à l'électricité et au galvanisme un pas comparable à celui qu'ont fait faire à ces sciences Franklin et Volta ». Les étrangers de toutes les nations devaient être également admis au concours. Le prix de trois mille francs ne fut décerné pour la première fois qu'en 1807 ; et, malgré la guerre acharnée qui nous séparait de l'Angleterre, il fut accordé à l'illustre Humphry Davy. La Société Eoyale de Londres ne voulut pas être en reste de générosité, et décerna à Malus, en 1811, la médaille de Eumford.

(1) Arago, Notices biographique), 1. 1, p. "234.

Chimie. — La pile électrique avait donné à la chimie un puissant instrument d'investigation. Les chimistes français se montraient les dignes continuateurs de Lavoisier.

BERTHOiiiiET, le plus illustre peut-être, établissait les lois de décomposition des sels, dans sz, Statique chimique (1802)et imprimait dans l^Journalde F École jwlijtechnique son Cours de chimie des substances animales, qui commençait à poser les bases de la chimie organique. Ses recherches sur la teinture et le blanchiment des étoffes (Éléments de Fart de la teinture, 1791-180i) transformaient l'industrie européenne sur ce point (1). FouRCROY devait sa grande renommée moins à ses découvertes (2) qu'à son incomparable talent d'exposition, qui réunissait autour de sa chaire un auditoire étonné de se passionner pour des sujets si abstraits et si sévères. « Vous eussiez vu, dit Cuvier, des centaines d'auditeurs de toutes les classes, de toutes les nations, passer des heures entières pressés les uns contre les autres, craignant presque de respirer, les yeux fixés sur les siens, suspendus à sa bouche. Son regard de feu parcourait cette foule ; il savait distinguer, dans le rang le plus éloigné, l'esprit difficile qui doutait encore, l'esprit lent qui ne comprenait pas ; il redoublait pour eux d'arguments et d'images : il variait ses expressions, jusqu'à ce qu'il eût rencontré celles qui pouvaient les frapper; la langue semblait multiplier pour lui ses richesses. Il ne quittait une matière que lorsqu'il voyait tout ce nombreux auditoire également satisfait. » On retrouvait une partie de ce talent, mais avec plus d'apprêt et moins de verve, dans sou élève Thénard, dont le Traité élémentaire de chimie théorique et pratique eut six éditions et fut traduit dans toutes les langues (8). Dans la chimie appliquée, on lui doit la méthode perfectionnée pour l'épuration des huiles. En 1811, il publiait, dans ses Recherches phijsico-chimiqims, le résultat des travaux qu'il avait faits en commun avecGay-Lussac. GAT-LussAC,qui doit la place qu'il occupe dans la chimie, moins peut-être à la force de son esprit scientifique qu'à son habileté d'expérimentateur, a laissé cependant son nom aux lois de composition en volume des gaz. Il avait fait, en 1804, deux ascensions aérostatiques à une hauteur de 7.000 mètres, la première avec Biot, la seconde seul, pour étudier le magnétisme, l'électricité et la composition de l'air dans les hautes régions.

Il serait trop long d'indiquer les travaux de tous les chimistes qui mériteraient cependant une mention, ne fut-ce que par reconnaissance, pour les applications utiles de leurs découvertes, Guttox de Morveau, JeanDarcet (1725-1801) et Joseph Dar- CET fils (1777-1844), Vauquelin, Dulong, etc. Nous parlerons des plus illustres, de Chaptal et de Leblanc, à propos de l'industrie, mais nous ne pouvons oublier de rappeler ici le nom d'un homme qui résume encore aujourd'hui la science du siècle.

(1) Un des premiers à employer la méthode de blanchiment de BerthoUet fat Jean-Michel Haus.s- M ANS, fabricant d'indiennes à Logelbash, grand- oncle du préfet de la Seine, G. Haussmann. Il fixa le premier sur le lin, le coton et la laine le prussiate de fer de manière à produire, sans indigo, toutes les nuances de bleu.

(2) Les plus importantes sont relatives aux composés détonants par percussion, et à l'analyse des eaux sulfureuses.

(•?) C'est au moyen d'une traduction hollandaise du Traité de chimie de Thénard, qui s'était égaré jusqu'à l'île Kiou Siou, et d'un dictionnaire hollandais-français, qu'un Japonais, qui avait conçu pour notre pays une vive sympathie, arriva, le premier de ses compatriotes, à savoir quelque chose de notre langue, dont il parvint à reconstituer en partie la grammaire. (^Annales de l'Association française.')

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