‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 273 sur 389 · SPOLIATION DU MUSEE EX 1815. — TABLEAUX CONSERVÉS · texte numérisé non relu

SPOLIATION DU MUSEE EX 1815. — TABLEAUX CONSERVÉS

par écaille. Mais, grâce à un soia et une habileté rares, on put les transporter sur toile et leur assurer une nouvelle vie. Ce ne furent pas les seuls qui furent ainsi sauvés. Les procédés de rentoilage de Picaulfc, qui venaient d'être perfectionnés par Hacquin, procédés jusque-là tenus cachés, furent généreusement livrés au public et minutieusement décrits dans la notice du 18 ventôse an X (9 mars 1802). On doit rapporter une

Fig. 265. — l'ortrait de M. de ^'aiiteuil-Lanorville. Tableau de Pagnest. Jlusée du Louvre.

grande partie de l'honneur de toutes les mesures que nous venons de rappeler à Denon, l'administrateur des musées, qui lui-même était un artiste de talent.

Toutesnos conquêtes artistiques nous avaient été laissées par le traité de Paris, qui nous enlevait tant de territoires. Ils étaient comme le témoignage permanent de nos conquêtes et de nos exploits, et Louis XVIII pouvait dire, dans le premier discours qu'il prononça, dans cette séance^ mémorable du 4 juin 1814, où la charte fut promulguée : a La gloire des armées françaises n'a reçu aucune atteinte ; les monuments de leur

eon auteur, a été brûlé à Venise, pendant la nuit du 15 au 16 août 1867, dans l'incendie de la chapelle du Bosaire, attenant à l'église San Zanipolo.

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valeur subsistent, et les chefs-d'œuvre des arts nous appartiennent désormais par des di'oits plus stables et plus sacrés que ceux de la victoire. »

Il en fut autrement après les Cent- Jours. Le traité de 1815, en garantissant toutes hos propriétés tant publiques que privées, nous assurait la possession entière de nos collections artistiques. Mais chaque nation voulut reprendre par un abus de la force ce qui lui avait appartenu. Le roi, invoquant ces conventions solennelles, refusa de livrer aucun des objets d'art, dépendant alors de sa liste civile. M. de Richelieu fit entendre les protestations les plus fermes. Le directeur du Musée, Denon, menacé d'être envoyé dans une forteresse prussienne, n'en résista pas moins avec une indomptable énergie, faisant constater par les commissaires étrangers eux-mêmes, à chaque page du procèsverbal, qu'il ne cédait qu'à la violence. Parmi ces commissaires, se trouvait le sculpteur Canova. Mécontent de la manière dont Denon lui parlait, il lui disait : « On ne traite pas ainsi un ambassadeur. — Ambassadeur, allons donc ! vous voulez dire emballeur, sans doute (1) ! » La négligence qui présida à l'enlèvement de ces œuvres si précieuses montra que ceux qui les revendiquaient n'étaient pas toujours digues de les reconquérir. Croirait-on, par exemple, que les volets du tableau de VAgnexu de Van Eyck, l'œuvre monumentale de la première école flamande, purent disparaître avant de revenir à Gand, et furent plus tard vendus au musée de Berlin où ils sont aujourd'hui !

Tout ne nous fut pas enlevé cependant ; la liste serait encore longue des accroissements que nos collections actuelles doivent à la période de la Révolution et de l'Empire. Quelques toiles furent protégées par leur éloignement , telles que le Mariage de la Vierge du Pérugin, à Caen, et les deux ^plafonds du palais ducal de Venise, œuvres de Paul Véronèse, qui se trouvaient alors à Versailles et qui sont aujourd'hui au Louvre. Les Noces de Cana nous furent laissées, à cause des difficultés du transport, en échange d'une peinture de Lebrun représentant le Repas chez Simon le Pharisien, de telle sorte qu'après Venise, c'est à Paris qu'on peut le mieux juger cet incomparable coloriste. Le tableau du Pérugin, qui se trouvait à Lyon, fut donné à son mu^e par le pape Pie VU, lorsqu'il quitta la France, en 1814, en reconnaissance de l'accueil qu'il avait reçu dans la ville. La Femme hyàropique de Gérard Dow, de la galerie de Turin, donnée à l'adjudant général (depuis maréchal) Clausel par le roi de Sardaigne.en reconnaissance de la délicatesse et de la loyauté qu'il avait montrées dans ses rapports avec lui, fut donné par lui à la nation. Xous conservions aussi soixantehuit tableaux de l'ancienne collection du Stathouder, quelques Guerchin enlevés aux églises de Cento, le Christ entre les Larrons, atla Vierge de la Victoire, de Mantegna, etc.

Peinture. — Les écoles; les expositions; les prix décesnaux; les principaux ARTISTES. — Les artistes français étaient dignes d'avoir de pareils modèles, et il est peu d'époques dans l'histoire de l'art où l'on ait à citer un plus grand nombre d'hommes de talent. Les peintres de l'ancienne école, les deux Lagrenée, François (1724-1805) (2) et son frère Jeax-Jacques (1740-1827), Fragoxard (1732-1806),

(1) Il est intéressant de comparer la Messénienne de C. Delavigae sar la spoliation du Musée avec l'ÉpUre à Vien, de Duels.

(2) Lagrenée, qu'on a appelé l'Albane français, fut c'-ievalier de la Ligion d'iionneur en 1801.

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