GAUTHEROT
Pendant l'Empire il avait commencé un tableau représentant la Marche triomphale de Napoléon vers le temple de l'Immortalité. Survint 1814. L'artiste, voulant utiliser ce qu'il avait déjà fait, changea la figure principale, et le tableau devint : la France marchant vers le temple de la Paix. Guéein montrait la variété de son talent et l'heureuse union
Fig. 273.
l'emt par Girodet-Trioscn. Musée du Louvre.
d'un dessin correct et d'une couleur harmonieuse dans Bonaparte pardonnant aux révoltés du Caire, et Aiulromaque aux pieds de Pyrrhus. Il savait être au besoin profondément dramatique, comme le montre la figure de Phèdre dans son tableau de Phèdre et Hippolyte. Gieodet, talent élevé, poétique, consciencieux, mais souvent bien pénible efc bien tourmenté, obtenait le grand prix décennal pour son Déluf/e, mais nous touche davantage par son tableau plus simple de la Jlort cVAtala. 11 a traité aussi quelques
sujets modernes, par exemple : Napoléon recevant les cUfs de Vienne. Atala inspirait plus heureusement Gautherot que les sujets militaires {Entrevue de Tilsit, Napoléon Messe à Ratùlomie, le Serment au Drapeau). La Mort d' Atala servait aussi de sujet à Hersent (1806), pliis connu par son Passage du pont de Landshut, son Abdication de Gustave Wasa. Lethière, qui a peint Bonaparte à Léoben, se distinguait par le sentiment tragique qu'il déployait dans les vastes toiles de Virginie et de Brutus, qui font non moins d'honneur à son talent qu'à son désintéressement artistique. Il avait pour rival dans ce genre de composition Hennequin, dont la grande toile des Remords d'Ores te eut un succès retentissant. Autant qu'on en peut juger par son tableau de Quiberon au musée de Toulouse, il est regrettable que VOreste ait été oublié dans les combles du Louvre au lieu d'être mis sous les yeux du public. On peut juger, au Louvre, d'un peintre également peu connu aujourd'hui, qui fut malheureux après sa mort comme dans sa vie, Peyron, qui aurait pu être, le rival de David et qui, l'ayant précédé de quelques années, disait qu'il « lui avait ouvert les yeux ». Peyron voulut aussi remonter à l'antique, mais par la tradition même de notre ancienne école. Ce n'était pas une idée banale alors que de prendre Poussin pour modèle ; seulement, lorsque Peyron exposait en 1785 son Alceste, les Horaces de David détournaient tout lesuccès ; son esquisse de la Mort de Socrate, en 1787, paraissait en même temps que la Mort de Socrate de David, où le peintre se surpassait lui-même et oii il s'inspirait aussi du Poussin. La Eévolution acheva de le décourager, mais la postérité aurait pu être plus juste à son égard. On trouve aussi quelques souvenirs du Poussin dans les œuvres de Lemox- NiER, qui fut directeur des Gobelins.
Un peintre qui devait être une des gloires de notre école, Ingres, n'était pas encore arrivé à forcer complètement l'indifférence du public (1). Cependant, son prix de Rome (1800) avait obtenu do Flaxmann de telles louanges qu'elles avaient excité la jalousie de David. Il avait fait aussi d'admirables portraits, Bartolini, JI""' de Vauf'ay, sans parler de ses sujets antiques, Œdipe et le Sphinx {1808), Jtqnter et Thétis (18 II.) Il se détachait déjà de l'école dominante et, sans en répudier tous les principes, il allait chercher directement une inspiration plus belle et plus pure dans Eaphaël et les contemporains de Phidias. Il ne faut pas oublier qu'Ingres fut un réformateur et parut surtout tel à ses condisciples de l'école de David. On appréciait plutôt en lui, chose remarquable, la recherche de la couleur locale, dont témoignent en effet Raphaël et la Fornarina, Don Pedro de Tolède, le Duc d'Albe, Virgile.
Celui de ses tableaux qui eut le plus de succès fut la Chapelle Sixtine, dont on loua surtout le coloris. C'est pendant cette période, qu'il faisait pour vivre, moyennant quelques écus, ces portraits à la mine de plomb qui ne restent pas un des moindres titres de gloire du peintre de l'AjJothéose d'Homère. Il était plus heureux auprès des gouvernements; Caroline Murât, reine de Naples, le protégea. On l'avait chargé de peindre le Quirinal, où Napoléon avait eu le projet de revenir faire un séjour. Il y peignit Romulus vaùiqueur d'Acronet Ossian. Il obtint de remporter ses deux tableaux en France,
(1) Voir Henri Delaborde, Ingres, et le Kecueil des Œuvres de J. Ingres, gravées au trait par Kéveil et accompagnées de notices par M. Magimel.