LITHOGRAPHIE
jonrd'hui l'hoiineur : HENBiQUEii-DuPONT faisait alors ses études dans l'atelier de Guérin (1). Les graveurs français sont bien supérieurs même à leurs contemporains italiens plus célèbres qu'eux, Volpato (1733-1802) et son élève Raphaël Morghen (1758-1833), qui pousse encore plus loin l'habileté manuelle et le charme de l'exécution, mais aussi l'imperturbable banalité de son maître. Les Italiens eux-mêmes semblent déjà le comprendre et leurs successeurs semblent se rattacher à l'école française, comme le montre le Bonaparte à Arcole, d'après Gros, par LoxGHi, et la Descente de croix, d'après Daniel de Volterre, par Toschi (1788-1854), VHérodiade, d'après Luini, par Gaeavaglia.
On peut aussi rattacher à l'école française l'Allemand Jean-Godard Muller et son fils, Charles-Louis-Jeax Muller. Il renonça au travail à la suite de la mort de
Fig. 280. — Trois mùdaillons de David d'Angers.
ce fils, qui se tua, en 1816, désespéré de voir que sa Vierge de saint Sixte, qu'il avait achevée en trois ans, à la fin de 1815, n'eût pas aussitôt le succès qu'elle devait obtenir justement quelques mois plus tard.
Les graveurs ne manquaient pas cependant d'occupation. Miiller avait travaillé pour le Musée français, importante publication où Laurent et Robillard ont rassemblé les reproductions au burin des principales œuvres qui remplissaient nos collections. Bouillon abandonnait la peinture, après avoir obtenu le prix de Rome, pour se consacrer à dessiner et à graver les statues et autres monuments antiques du Louvre, tel qu'il était alors. Rappelons aussi les intéressants recueils de Filhol {Musée Napoléon), de Landon, dont les œuvres (Annales du Musée, Vies et Œuvres des peintres célèbres), etc., formant plus de cent volumes et comprenant un nombre immense de gravures au trait, sont, malgré leur peu de critique, comme les archives figurées de l'art de tous les temps et de tous les pays (2). Landon était un peintre
(l)DlEX obtient le prix de Rome en 1809; Foiister, en 1814.
(2) C'est & Paris, où il était venu pour la première fois comme représentant de la République romaine, qnePiRASESl le fils publia la plupart de ses représentations des ruines et des antiquités romaines (1810), qui, malgré leur exactitude générale, transportent l'imagination dans un monde fantastique. Jamais la gravure n'a eu plus d'originalité et de puissance d'effet.
recommandable, comme le montre sa Léda, du Louvre. Mais on aurait tort de juger de la critique artistique de son temps d'après les ouvrages cités plus haut. Elle est mieux représentée par GuizoT {Salon de 1810), le peintre Taillasson {Observatmis snr quelques grands peintres), Quatremère de Quikcy (P Architecture éffijptimne comparée à l'architecture grecque, le Jiqnter Olympien, Dictionnaire d! architecture, etc.), Émeric David, qui donna des notices au Musée français de Laurent et Robillard ainsi qu'à la Biographie universelle, et a traité avec compétence de sujets se rapportant à peu près à toutes les périodes de l'histoire de l'art {Recherches sur Fart du statuaire. Éloge du Poussin, etc.). Dans le Traité de la peinture de Paillot de Montabert, ouvrage immense qui coûta à son auteur trente ans de travail, une partie importante est consacrée à la critique des œuvres des maîtres.
Vere la fin de l'Empire, on commençait à s'occuper en France de la lithographie, invention récente de l'Allemand Senefelder, qui avait fait ses premiers essais à Munich (1805). Ch. de Lasteyrie, dont l'intelligente et active philanthropie a rendu tant de services à notre industrie et à notre agriculture, alla en 1812 étudier le procédé auprès de Senefelder lui-même et établit la première imprimerie lithogi'aphique à Paris. En 1802, un Français nommé André avait pris un brevet pour un procédé analogue à celui de Senefelder. On ignore s'il avait eu connaissance des travaux de l'inventeur allemand. Une des premières lithographies qui aient été faites en France est une Sainte Famille par Bergebet, en 1808, et ce n'est qu'à partir de 1815 que ce nouvel art produisit des œuvres importantes. Mais le public s'était baucoup occupé de ce nouveau procédé, et c'est en essayant de l'appliquer à des plaques métalliques que NicÉPHORE XiEPCE eut l'idée de demander à la lumière elle-même de jouer le rôle de dessinateur et de graveur. Les premières expériences en ce sens, qui devaient aboutir à la merveilleuse invention de la photographie, datent de 1813.
Sculpture. — La sculpture française continuait à occuper le premier rang en Europe, malgré Canova, Thordwaldsen et leurs émules, par la variété, l'originalité et l'abondance des œuvres qui gardent toujours le sentiment du style conservé dans les sujets les plus élégants. Là, la réaction classique avait été moins brusque, car, par sa nature et par la force des traditions de notre école, la sculpture, au temps même de Boucher, ne pouvait subir complètement l'influence des peintres de boudoir. Les glorieux survivants de l'école de la fin àa dix-huitième siècle, Julien, Pajou, HouDON, et au second rang, Clodio.y, Dejoux, Foucou, Delaistre, Boizot, Bbidan, restent les chefs de la nouvelle école. Houdon, le plus illustre peut-être, après avoir représenté Voltaire et Washington, pouvait encore reproduire les traits de Napoléon. La génération qui les suit n'a pas dégénéré avec Roland, Deseine, Cartellier, Moitte, Bosio, Dupatv, Lemot, Stouf, Chaudet, Ramey, et, audessous d'eux, Gois, Lemire, Milhomme, Callamard, Jacques-Edme Dcmont, Auguste Taunay, frère du peintre, etc., et d'autres se préparent à marcher sur leurs traces : Cortot obtient le prix de Rome en 1809, David (d'Angers) en 1811, Rude en 1812, Pkadier en 1813, Petitot en 1814, Ramey le fils en 1815.
La colonne Vendôme, les bas-reliefs de la cour du Louvre, décorant l'étage qui fut
HOUDO^^ — JULIEN. — MOITTE. — CARTELIER.
ajouté au côté ouest (payiHon de l'Horloge), les sculptures du Panthéon furent les principales œuvres de cette époque. Moitte et Roland firent les bas-reliefs de la cour du Louvre, qui supportent parfaitement, et c'est tout dire, le voisinage des bas-reliefs de Jean Goujon. Moitte est aussi l'auteur de l'ancien fronton du Panthéon, représentant la Patrie couronnant les vertus civiques et guerrières, œuvre immense, une des plus importantes de l'école française. Ces sculptures furent enlevées, par la Restauration, du monument qu'elles décoraient ; on ne peut excuser la négligence avec laquelle elles furent traitées. La Société des Amis des monuments parisiens a récemment appelé l'attention sur ce qui restait encore des , débris de l'œuvre de Moitte. C'est Moitte encore qui a fait les basreliefs de la colonne de Boulogne et le mausolée de Desaix, au mont Saint-Beniard. Il n'y avait pas d'artistes qu'on pût mettre, en 181 0, au-dessus de Moitte; il n'avait guère de rivaux que Roland pour son Caton d'inique, son Samson et surtout son Homère, et Cartellier pour sa statue de la Pudeur , ses bas-reliefs de l'arc du Carrousel et du Louvre.
Il est difficile de faire un choix restreint parmi les sculptures, plusieurs fort belles, la plupart recommandables, de ce temps. Nous nous contenterons de donner la liste des œuvres mentionnées par l'Institut
au sujet des prix décennaux et de celles qui eurent le plus de succès au salon de 1812. — Chaudet, Napoléon; Cyparisse, bas-relief d'un des frontons de la c.our du Louvi'e; Roland, Napoléon (pour l'Institut); Caetellier, Aristide, Veryniaud (pour le Sénat); Julien, Poussin (pour l'Institut); Caetellter, La Pudeur; La Gloire distribuant des couronnes, bas-relief du Louvre, côté de la colonnade; Capitulation d'Ulm, bas-relief de l'arc de triomphe du Carrousel ; Leiiot, Les Muses rendant Iwmmage a Louis XIV, tympan du grand fronton de la colonnade du Louvre ; Moitte, Le monument de. Desaii; la Patrie appelant ses enfants à sa défense, bas-relief au Sénat ; BoizoT, les bas-reliefs de la fontaine du Chàtelet ; Dejoux, Desaix. Le salon de 1812 fut spécialement remarquable pour la sculpture. Houdon y exposait les statues du Général Jouhert et de Voltaire; Roland, les statues à' Homère et de Tronchet; Du- PATV, Ajax bravant les Dieux, Vémis; Ant. Romagnesi, Minerve protégeant le fils de Napoléon; Bosio, Aristée.
Gravure en médailles et en pierres fines. — L'art de la gravure en médailles
Fig. 281.
Dessin de la pièce de cinq francs à THercule par Diipré.
KAPOLÉOS :
était loin d'être à la hauteur de ce qu'il était en France au temps de Louis XIV. Le plus remarquable des médailleurs du temps est Galle, qui fut d'abord ouvrier chez un fabricant de boutons. On peut citer après lui Andeieux, Brenet, Droz, Eam- BERT-DuMAREST, Gatteafx, qui débutait alors, Jeuffroy, Dr pré. Pour la direction des monnaies, Jeuffroy fut préféré à Dupré, qui était cependant l'auteur de la monnaie dite à VHercule, la plus belle peut-être que l'on eût vue en France depuis le dix-septième siècle. Jeuffroy, malgré sa médaille du Premier Consul, mérite plus d'estime pour ses pierres fines gravées. Il fut chargé de diriger l'école que le gouvernement avait fondée pour favoriser cette branche de Fart et où l'on employait de jeunes sourds-muets. Cette fabrique, établie d'abord, 296, rue de l'Université, fut transportée en l'an XIII dans l'ancien couvent des cordeliers.
Fig. 282. — Prise d'Alexandrie. Sculpture de Chaponnière. Bas-relief de l'arc de triomphe de TÉtoile.
Mosaïque (1). — On lui adjoignit bientôt une fabrique de mosaïque. Le mosaïque, l'art préféré de l'empire romain, devait être alors à la mode. Déjà, en 1785, les architectes Molinos et Legrand présentaient au contrôleur des finances une requête pour obtenir sa protection, en vue d'établir en France une fabrique de mosaïque semblable à celle de Eome. Ils ne demandaient qu'une subvention annuelle de 2.000 livres. On ne donna pas suite à leur demande. Mais, bientôt après, un ouvrier de la fabrique. pontificale, Belloni, vint s'établir à Paris, y eut des succès et, en 1801, la mosaïque recevait en France l'investiture officielle. Les œuvres les plus importantes sorties de ces ateliers sont la mosaïque au centre de laquelle s'élève la statue colossale de Melpomène (musée des Antiques du Louvre) et celle de la Rotonde de la galerie d'Apollon. Cette manufacture cessa d'être manufacture de l'État en 1834, et disparut peu après. On l'a rétablie de nos jours dans de bien meilleures conditions administratives et surtout artistiques. Il suffit de comparer les mosaïques
(l) Gerspach, la Mosaïque (dans la Bibliothique de l'enseignement des beaux-arts").
MÉDAILLES, r- MOSAÏQUE. — TAPISSERIE. — CÉRAMIQUE. 659
de l'Opéra, si brillantes et si décoratives, avec les ouvrages cités plus haut. Ces œuvres, ternes et froides, confondent les conditions propres de la mosaïque avec celles de la peinture.
Tapisseries. — C'est aussi le défaut de la méthode suivie alors pour les tapisseries des Gobelins. Ce n'est pas que l'habileté de nos artistes tapissiers eût diminué, il suffit de citer Bonaparte pardonnant aux révoltés du Gaire, qui témoigne d'une rare habileté d'exécution ; mais, depuis la fin du dix-huitième siècle, on se préoccupait exclusivement d'imiter avec les fils toutes les délicatesses d'un tableau. La fabrique des Gobelins doit cependant beaucoup à répo(iue napoléonienne. Elle était
Fig. 283. — Vue du château de Meudon, prise du oité de la prindjale entrée. Gravj par DuboU.
tombée en décadence pendant la Kévolution, et son budget était réduit aux expédients, lorsque Chaptal la releva.
CÉRAMIQUE. — La fabrique de SèvTes qui, à la fin du Directoire, touchait à la ruine, se releva aussi à partir du Consulat et redevint très florissante (1). Parmi les pièces les plus remarquables exécutées alors, nous citerons le vase où est représentée la fête célébrée à Paris pour la réception des œuvres d'art venues d'Italie, et surtout la Talle des maréchaux, où, sur un émail de Séries, Isabey a représenté Napoléon et ses plus célèbres lieutenants. Outre Isabey, la manufacture de Sèvres comptait parmi ses artistes Swebach, Parant et Jacques Lagrenée le jeune (1740- 1821), qui s'était fait connaître aussi comme peintre d'histoire (2). Elle s'était
(1) Voir un article de M. Edouard Garnier dans la Gazette des Beaux-Art», du 1" octobre 1887.
(2) Lagrenée s'occupa aussi de peinture sur verre et inventa un procédé pour exécuter en incrustations sur marbre toutes sortes de dessins. On cite surtout de lui la table représentant Napoléon cou-
attaché, depuis 1800, M""" JaquOTOT, qui porta la peinture sur porcelaine à sa perfection et n'hésita pas à copier les plus belles œuvres de Eaphaël. Le minéraloo'iste et géologue Bhongniaet, fils de l'architecte de ce nom, avait été nommé, en 1800, directeur de la manufacture de Sèvres et y créait, en 1806^ le premier musée céramique que l'on ait vu en Europe. Les doux fabriques privées les plus remarquables alors par la perfection de leurs produits étaient celle qu'avait fondée Olivier, en 1805, au faubourg Saint- Antoine et celle de Dihl, au boulevard du Temple. Veeeerie. — La verrerie française s'était relevée depuis le Directoire. Baccarat, fondée en 1765 par M'-''' de Montmorency-Laval, évéque de Metz, et Antoine Renault, avocat au parlement, conseiller du roi, receveur des bois et domaines de Xancy, eut pour directeur Eenault jusqu'en 1806. Mais la fabrique qui pour, la verrerie d'art, était alors la plus célèbre, avait été fondée en 1797 par O'Reilly, dans le quartier des Invalides. On y faisait des verres gravés ou sculptés en relief qui rivalisaient avec les plus beaux produits des fabriques anglaises. La fabrique de Tourlaville, à Cherbourg, ne coula plus de glaces à partir de 1806 et ne fit plus que de la verrerie commune. Ce n'était pas que le commerce des glaces eût diminué en France, mais Saint-Gobain avait absorbé toute cette industrie.
Aechitectoee. — L'architecture, sous l'Empire, ne valut pas les autres arts du dessin. Les architectes du dix-huitième siècle avaient montré qu'ils savaient varier leur talent suivant l'œuvi'o qu'ils avaient à faire. Il suffit de rappeler l'hôtel de Salm (palais de la Légion d'honneur), la place de la Concorde, les anciennes barrières de Paris, qui montrent que les artistes les plus gracieux savaient aussi rechercher et trouver au besoin la grandeur et la simplicité de lignes. Il y avait bien eu exagération dans la surcharge des ornements et les lignes trop brisées et confuses, mais l'abus de la période suivante ne fut pas moins grand dans un autre sens et donne à la plupart des monuments de ce temps un air d'uniformité qui est souvent un contresens. Ce goût exclusif pour l'antiquité plus ou moins bien comprise contribua à rendre le gouver-. nement et le public trop indifférent à la destruction méthodique des chefs-d'œuvre de l'architecture nationale par la Bande noire, cette association barbare qui s'était formée en 1797 pour démolir les vieux châteaux et les vieilles églises pour en vendre les matériaux. C'est alors que furent détruits Marly, Chantilly, l'Abbaye, Saint-Martin de Tours (1802), etc. De plus, si nos architectes n'eurent pas tort de s'inspirer de l'antique, ils imitèrent trop exclusivement l'art romain, qui est déjà, en grande partie, un art d'imitation, au lieu de remonter à la source pure de l'art grec.
ronné par la Victoire. Parant exposa, en 1812, une autre table en porcelaine faite a par ordre de S. M. ». Elle était consacrée à Alexandre et à douze héros de l'antiquité. Au centre, la figure du conquérant macédonien. Les frisesqui l'entourent représentent : la Défaite de Darius, Alexandreau temple de Jupiter Ammon, le Triomphe d'Alexandre, Milliade à Marathon, Thémistocle faisant embarquer les Athéniens avant Salamine, Annibal franchissant les Alpes, Mithridate prend sous sa protection un officier romain, César refuse de voir la tête de Pompée, Trajan couronne Parthamasius roi des Parihes, Constantin explique à son armée la vision de la croix, Septime Séoére soumet les Bretons, Auguste ferme le temple de Jamis, Pompée relève le roi Tigrane agenouillé à ses pieds et lui rend sa couronne. Continence de Scipion, Périclès donne des ordres pour les bâtiments d'Athènes. Il est à peine besoin de faire remarquer l'intérêt d'allusion que présentent les sujets choisis pour cette commande officielle.
VERRERIE. ^ ARCHITECTURE. — PERCIER. — FONTAINE. G61 Il y eut cependant de belles œuvres faites ou entreprises alors : la colonne Vendôme,
'^-.^'LJ. yj; ^j^>m:.^; ■Jj;-.^-^:^.'.'^^ t-t^ -■.U" : -t.' ■. . -.,.-.', --W' ' '-LZ<^'^JfiJ^3^^^*S^^^iJ^^'.-l^^S7t
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Fig. 284. — Péjchù de l'ImiK-ratrice Marie- Louise, exécutée par ilM. Odiot et Thomire sur les dessins de Prud'hon*
par Lepère et Gondoin ; la Bourse, par Beongniart et Labarre ; lu Madeleine, par ViGNON et HuvÉ; l'Arc de l'Étoile, commencé par Chalgrin, qui avait fait en 1803 le bel escalier du Luxembourg ; les travaux du Panthéon, dirigés par Rondelet depuis
la mort de Soufflot. Poyet éleva, en 1808, la façade du côté de la Seine du Palais- Bourbon, devenu palais du Corps législatif ; Vaudoyer appropria à sa nouvelle destination le collège des Quatre-Nations, devenu palais de l'Institut.
A la tête des architectes français, se placent alors Percier et Fontaine (1762-1853), élèves d' Antoine François Peyre, membre comme son frère, Marie-Joseph, de l'Académie d'architecture. Percier et Fontaine s'étaient rencontrés à Eome, et depuis travaillèrent presque toujours ensemble ; leurs principales œuvi-es sont l'arc de
Flg. 285. — Fauteuil et lavabo exécutés pour l'Impératrice Slarie-Louise, d'après les dessins de Prud'hou.
triomphe du Carrousel, la restauration et l'achèvement de la cour du Louvre et des Tuileries, le bel escalier aujourd'hui détruit du Musée (1).
La décoration intérieure. — L'ébénisterie. — Leur influence s'étendit à toute l'ornementation intérieure des habitations (2). Ils ont dirigé la décoration non seulement des palais nationaux, de la grande galerie du Louvre et des appartements impériaux des Tuileries, notamment de la salle des Maréchaux, mais de plusieurs habitations privées (l'hôtel de M'"" Récamier, par exemple). Les orfèvres, les ébénistes travaillaient d'après leurs dessins. On a trop médit de l'art décoratif de l'Empire. Nous reconnaissons toute son infériorité sur le style Louis XVI, si pur, si varié et si
(I) Napoléon aimait le grand, non seulement dans les constructions, mais dans les jardins. Il n'aimait pas les jardins anglais, qui continuaient d'être à la mode, a Ces petits lacs, la plupart du temps sans eau, ces petits rocliers en miniature, ces petites rivières immobiles, toutes ces niaiseries sont des caprices de banquier. Mon jardin anglais à moi, c'est la forêt de Fontainebleau, et je n'en yeux pas d'antres. »
("2) Voir Percier, Recueil de décorations intérieures.
MOBILIEBv — DESMALTEIÎ. — ORFÉVEERIE. — THOMIRE. 668
élégant à la fois. Les procédés mêmes de la fabrication étaient en décadence. Mais il faut reconnaître que le style Empire eut à peine le temps de se constituer complètement. D'autre part, de même que le théâtre classique, il souffre difficilement la médiocrité. Enfin, comme il néglige l'agrément du détail, il importe de le juger, non d'après un seul meuble, mais d'après un effet d'ensemble, et l'on reconnaîtra alors tout ce qu'il avait de noble simplicité et de sévère élégance, et les heureuses imitations qui furent faites des formes de l'ancienne Egypte et de l'ancienne Eome.
Ce qu'on peut surtout reprocher à l'art du mobilier de ce temps, c'est l'unifonnité. Mais nos ébénistes et nos tapissiers n'ont pas complètement oublié la tradition de leurs devanciers et savent varier souvent par des détails spirituels et gracieux la trop grande raideur des lignes générales. L'art décoratif, comme l'art de l'ébéniste, a produit en son genre des ceu\Te8 parfaites. Ou peut en juger par les fragments de la décoration de la salle des Tuileries et par les meubles exécutés d'après les dessins de Pkud'hon, dont nous donnons les gravures. En tout cas, les meubles de vrai style Empire sont bien supérieurs à ceux de la période qui a suivi.
Une invention récente , le papier peint, était venue donner aux fortunes les plus médiocres le moyen de couvrir agréablement leurs murs. De véritables artistes ne dédaignaient pas de donner des dessins pour ces tapisseries nouvelles, où l'on recherchait souvent les grands sujets. Les tentures en
Fig. 286. — Berceau du roi île Rome, d'après le dessin de Prud'hon.
étoffe n'étaient pas pour cela abandonnées, comme le montrent les nombreuses toiles à dessins liistoriés qui avaient alors grand succès, surtout ceux de la fabrique de Jouy, qui s'était attaché des peintres de talent, tels que Lagrexée le fils, et pour lesquelles les plus grands artistes du temps donnèrent quelquefois des modèles.
La plus célèbre maison d'ébénisterie était alors la maison de Jacob Desmalter, rue Meslée, puis rue des Vinaigriers, déjà connue sous Louis XVI. C'est elle qui exécuta Tameublement des Tuileries après avoir fait les meubles destinés à la Convention. Les objets les plus remarquables sortis de ses ateliers sont l'armoire à bijoux de Marie-Louise, la grande vitrine du Cabinet des Antiques à la Bibliothèque nationale, le banc d'œiivre de l'église Saint-Nicolas des Champs. L'œuvre la plus originale exécutée par Jacob Desmalter fut l'ameublement fait pour Denon, d'après ses propres dessins, dans le style égyptien le plus riche. « La plus importante de ces pièces était un lit soutenu par quatre pattes de lion et dont les trois faces étaient incrustées de bas-reliefs d'argent, représentant : à gauche, la figure d'Isis, placée au-dessus d'un hémicycle dentelé ; sur le devant, treize figures agenouillées ; dans le troisième côté et aux angles, des têtes d'Uréus en acajou avec des appliques d'argent (1) ». Desmalter recevait des commandes de presque toute l'Europe. L'empereur de Russie le chargea d'une partie de l'ameublement de l'Ermitage. Malgré le talent réel que montra Desmalter, on peut regretter que le gouvernement de Napoléon n'ait pas su utiliser celui du célèbre Riesexer, le grand ébéniste de Louis XVI, qui mourut presque sans fortune, à l'âge de soixante-onze ans, en 180G. Le tabletier Biennais était à peu près seul à partager la ^■ogue. Le Musée Carnavalet possède le nécessaire qu'il avait fait pour Napoléon et que le général Bertrand a légué à la ville de Paris.
L'orfèvrerie. — La bliouterie. — La mode. — Mais Biexnais était surtout un orfèvre, et ce fut lui qui exécuta, d'après les dessins de Percier, les ix)ignées des sabres et des épées droites destinées à l'Empereur. Il est souvent difficile de décider si tel ou tel objet appartient à l'orfèvrerie ou à l'art de l'ébéniste. Les deux plus grands orfèvres du temps, Thomire et Odiot, furent chargés, avec le modeleur Radiguet, d'exécuter, d'après les dessins de Prudhon, le berceau du roi de Rome, conservé aujourd'hui au trésor impérial de Vienne. On y voit le fleuve le Tibre et le Génie du commerce confiant le jeune prince à la Nymphe de la Seine ; au-dessus, la Victoire étend les bras pour le couronner ; à la base, veille l'aigle impériale. Thomire et Odiot sont de véritables artistes et doivent compter parmi les meilleurs orfèvres, ciseleurs, bronziei^s. Leur beau travail supjiorte la comparaison avec ce qui nous reste du temps de Louis XIV. Leur œuvre principale n'existe plus aujourd'hui. La ville de Paris leur avait confié l'exécution, d'après les dessins de Prud'hon, d'une Psyché et d'une toilette en argent doré qu'elle offrit à Marie- Louise, lors de son entrée dans la capitale. Ces chefs-d'œuvre furent transportés à Parme, en 1815, et fondus lors d'une épidémie. On ne les connaît plus que par les dessins originaux conservés par Eudoxe Marcille. Parmi les autres beaux travaux d'orfèvrerie du temps, il faut citer les objets destinés
( 1) A. de Chaœpeaux, h MeuUe.
VUK DU OUAND ESCALIER DU MUSEE du LOUVRE
Cf"; "" '^ ?OUS LE PREMIER EMPIRE PAR PERCIER ET FONTAINE
^après l'aquarelle dlsabey au mî:,''"^- ^^ '^ '■"--