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CONSÉQUENCES POLITIQUES DU BLOCUS

enchères. La violence de ces dispositions souleva une réprobation presque générale; les plaintes des banquiers, des spéculateurs des villes maritimes éclatèrent de toute part, les villes industrielles seules adressèrent des remercîments à l'Empereur.

Les lignes suivantes, écrites par un Anglais, donneront une idée de l'activité, des ressources et des détours de la contrebande :

Fig. 292. — Diveis i<rojet« bur la aesc-eute en Aiïgletc-in;. Gjuvluc anonjTUe de la coUectiou lleniiiu.

« Pendant le règne de Bonaparte, on expédiait de Londres des bâtiments chargés de sucre, de café, de tabac, de coton filé, pour Salonique, d'où ces marchandises étaient portées sur des chevau.x ou des mulets, à travers la Servie et la Hongrie, dans toute l'Allemagne, et même en France ; de sorte qu'une marchandise que l'on consommait quelquefois à Calais, venait d'Angleten-e, qui en est à sept lieues, après avoir fait un détour qui équivalait pour les frais à un voyage de deux fois le tour do la terre (1). »

Si la lutte contre les contrebandiers provoqua des décrets et des saisies, la lutte contre les puissances causa des guerres et des injustices.

(1) Th. Tooke, Tlwughtt and detaih on thehigh and Imo prices of the last 3o tjears.

Les grandes puissances pouvaient encore faire quelque résistance, mais les petites devaient se soumettre. Le Portugal avait été envahi en l'année 1807, parce qu'il refusait de rompre ses relations commerciales avec l'Angleterre. Pour l'Espagne, notre alliée depuis longtemps. Napoléon lui reprochait, non ce qu'elle faisait ou laissait faire, mais ce qu'elle ne faisait pas, c'est-à-dire l'incurie avec laquelle elle laissait perdre des ressources maritimes dont le concours nous eût été si précieux contre les Anglais. Selon les fortes expressions de Mollien, « le Pape allait cesser de régner à Rome parce que quelques barques anglaises avaient relâché à Civita-Vecchia (1))).

La qualité de père commun de tous les fidèles, invoquée par le Pape, n'avait pu le garantir des rigueurs de Napoléon ; le titre de frère, rappelé par le roi de Hollande, ne le sauva pas davantage.

C'est en grande partie la préoccupation d'étendre ou de maintenir le blocus continental qui va entraîner Napoléon dans les fautes qui amèneront sa ruine.

« Quand il dépossédait, en 1808, la dynastie espagnole, creusant ainsi de ses propres mains l'abîme où devaient s'engloutir ses vieilles bandes jusque-là invincibles ; quand il affrontait, en 1812, les immenses périls de la gigantesque campagne de Eussie ; quand il refusait à l'Autriche, en 1813, d'abandonner les villes hanséatiques, n'est-ce pas le commerce anglais qu'il avait surtout en vue (2) ? »

Telles furent les conséquences politiques du blocus continental ; ses conséquences économiques ont été également considérables.

L'industrie française, malgré de grands perfectionnements, avait encore besoin de l'industrie des autres nations ; elle avait besoin des produits dont les peuples civilisés ne peuvent se passer, et que toute leur civilisation est impuissante à faire rendre à leur sol ; elle avait besoin enfin d'exporter certains de ses produits. Aussi Napoléon permit de naviguer aux vaisseaux qui porteraient en Angleterre le bois, le chanvre, le blé, à condition qu'une partie de la cargaison se composerait de soieries, de draps, de vins, d'eaux-de-vie, de fromages, et qu'ils ne rapporteraient en retour que des choses dont nous manquions,

(1) Mollien, Mémoires d'un ministre du Trésor public.

(2) Amé, Tari/s des douanes et traités de commerce.

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