SOUDE ARTITICIELLE : LEBLANC. — COTONS : OBERKAMPF
soude artificielle ; les deux inventeura les plus féconds, James "Watt et Nicolas Leblanc. Mais tandis que les engins créés par l'un agissent à grand bruit dans toutes les usines, emportent au loin les trains de voyageurs et de marchandises sur les voies ferrées dont les continents sont sillonnés , ou guident sur les flots des navires de commerce et de guerre , c'est sans bruit que s'infiltrent dans tous nos ateliers, comme éléments indispensables ou comme agents auxiliaires du travail , les produits dérivés de la soude factice; c'est en silence qu'ils pénètrent dans toutes nos demeures comme objets directs ou indirects de consommation. S'il s'agissait d'-ouvrir un concours et de reconnaître quel est celui des deux inventeurs, J. Watt ou N. Leblanc, dont l'influence a été la plus considérable dans l'accroissement du bienêtre de l'espèce humaine , on pourrait hésiter. Toutes les améliorations touchant aux arts mécaniques dérivent , il est vrai, de l'usage de la machine à vapeur; mais tous les bienfaits qui se rattachent aux industries chimiques ont trouvé leur point de départ dans la fabrication de la soude extraite du sel marin.
Le carbonate de soude provenant de cette ojoération représente aujourd'hui, pour
la consommation des deux mondes, une quantité qui s'élève à 7 ou 800.000.000 de kilogrammes , de telle sorte que la quantité de ce sel consommée par chacun de nous d'une manière inaperçue et sans que nous en ayons conscience atteint au moins la moitié, égale souvent même la totalité du poids de sel marin nécessaire à nos besoins. »
Leblanc avait pris en 1797 un brevet d'invention pour s'assurer la propriété de son procédé. Mais lorsque le comité de Salut public demanda le sacrifice de toute espèce de secret pour la patrie, il re-
Fig, 29t. — Caricatures contre TAngleterre. — Le Passé.
nonça généreusement à ses droits et autorisa l'application de sa découverte. Il fut ruiné, et, après de vains efforts pour sortir de la misère, se tua de désespoir en 1806, voyant autour de lui de nombreuses fortunes dues à son désintéressement. La fin tragique de ce grand inventeur, de cette noble victime du patriotisme, ne semble pas avoir beaucoup occupé le public.
Le plus grand nom de l'industrie française était alors celui de Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), qui avait introduit en France la fabrication des toiles peintes et y avait établi la première filature de coton. Dès la fin du règne de Louis XV, il avait commencé ses premiers essais, seul, sans ouvriers, dans une chaumière de Jouy-en- Josas, avec un capital de 600 francs. Il faisait lui-même le dessin , la gravure, la teinturerie et l'impression de ses toiles. Après de longues années d'eiforts et de misère, son entreprise commença à prospérer. Bientôt ses toiles furent de mode à la cour, et on les rechercha même en Angleterre. Il envoya des agents jusque dans l'Inde pour tâcher de surprendre sur place dans les ateliers indigènes le secret de leurs couleurs. Napoléon avait raison de dire un jour à Oberkampf : « Vous et moi nous faisons une bonne guerre aux Anglais, vous par votre industrie, et moi par mes armes; — c'est encore vous qui faites la meilleure. »
Louis XVI avait accordé à Oberkampf des lettres de noblesse et était venu voir la fabrique de Jouy. Napoléon la visita deux fois, comme il avait déjà visité les fabriques de Ternaux à Reims, des frères Sévenne à Rouen. La première fois, il y vint, le 20 juin 1806, accompagné de Joséphine, et décora Oberkampf de la Légion d'honneur. Dans sa seconde visite (1810), l'Empereur témoigna le désir de voir à Saint- Cloud celui qu'on appelait le patriarche et le seigneur de Jouy. Napoléon lui fit des questions de toutes sortes, sur son industrie, sur la politique commerciale de la France en général, sur sa famille : « Avez-vous un fils? s'occupe-t-il de vos affaires ou mangera-t-il son bien comme cela arrive d'ordinaire ? ... J'ai donné trois millions pour planter en cotons la plaine de Rome : cela vaut mieux qu'un Pape. » On était alors dans la période la plus violente des démêlés de Napoléon et de Pie VIL — Cette même année, Oberkampf obtenait le grand prix décennal pour l'industrie. Il avait refusé d'être sénateur. Les plus illustres savants s'honoraient de sa bienveillance. Gay-Lussac vint faire un cours de cliimie à la fabrique de Jouy, Chaptal s'y rendit plus d'une fois pour ses expériences.