ORIGINE DE LA GUERRE. — ALLIÉS DU CZAR ET ALLIÉS DE NAPOLÉON
TRAITÉ DE BUKAREST. — PASSAGE DU NIÉMEN. — BATAILLE DE LA MOSKOVA. — INCENDIE DE MOSCOU. — LA RETRAITE. — PASSAGE DE LA BÉRÉZINA. — FIN DE LA GRANDE ARMÉE (1).
E mariage de Napoléon irrita le Czar, qui l'avait laisse faire : une alliance francoautrichienne menaçait en effet les intérêts de la Russie dans l'empire turc. En 1809, Talleyrand, dans sa disgrâce, reprenait son projet de 1805.
« Duroc, la même année, soumettait à Napoléon un autre mémoire, où il exposait que l'alliance russe allait contre notre politique traditionnelle; que les possessions françaises en Italie et en Dalmatie étaient menacées par les agissements de la Kussie en Serbie et en Grèce ; que la Russie ne défendait la Prusse que
(1) Ségur, Bittoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812, t. IV et V d.' Jlistoiret et Mémoiret. — Rambaud, Histoire de Jlassie, — Thiers, Consulat et Empire^ t. XIV. — Tolstoï, Guerre et Paix. — Les Journaux ou Mémoires de Pelleport, Fezensac, Fain, etc.
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parce qu'elle comptait à l'occasion sur son armée ; qu'elle ne favorisait l'entreprise d'Espagne que dans l'espérance de voir 200.000 Français périr dans la Péninsule; que l'intérêt de la dynastie napoléonienne demandait que la Russie fût repoussée le plus loin possible vers l'est ; que le démembrement de la Pologne avait été la honte de l'ancienne dynastie et que son rétablissement était nécessaire à la grandeur de la France et à la sécurité de l'Europe, Or le prince Kourakine avait su se procurer une copie de ce mémoire et l'avait adressé à l'empereur Alexandre (mars 1809) en lui faisant observer combien il était dangereux pour la Russie de permettre la ruine de l'Autriche. Alexandre s'en était souvenu dans la campagne de 1809. » (Rambaud, Histoire de la Russie.)
Malgré les conseils de Talleyrand et de Duroc Napoléon, qui consentait à ne pas rétablir le royaume de Pologne, refusait toute déclaration officielle à ce sujet, et déjà Poniatowski avait pris le titre de « commandant de l'armée polonaise », répondant aux plaintes d'Alexandre que « l'Empereur des Français était bien libre de donner des noms aux corps qui étaient sous ses ordres ».
Le traité de Vienne, en accordant 400.000 âmes à la Russie, accordait 1.500.000 habitants au grand-duché de Varsovie. Les annexions de 1810 menaçaient la suprématie de la Russie dans la Baltique. Le grand-duc d'Oldenbourg, dépouillé par le sénatus-consulte du 13 décembre, était beau-frère du Czar, et il n'avait pas accepté Erfurt, que Napoléon lui offrait à la place de son duché. Avant la fin du mois un ukase d'Alexandre permit l'introduction des denrées coloniales sous pavillon neutre et proscrivit l'importation des objets de luxe de tous pays, entre autres les porcelaines, les bronzes, les soieries, les rubans, les broderies, et frappa les vins de droits considérables. Cette mesure, officiellement destinée à empêcher la sortie du numéraire, était dirigée en réalité contre le commerce français. « J'aimerais mieux recevoir un soufflet sur la joue, » dit Napoléon quand il en eut connaissance.
Pendant l'année 1811 les deux cabinets ne firent qu'échanger des notes et des réclamations, surtout au sujet du blocus et de l'affaire d'Oldenbourg. Des deux côtés on faisait des préparatifs militaires. Alexandre rappelait des troupes du Danube, Napoléon en rappelait d'Espagne. En même temps, Napoléon faisait publier dans les journaux des articles pour démontrer que « l'Europe se trouvait forcément en train de devenir la proie de la Russie » ; on y parlait o. d'invasions qu'il faut refouler, de domi-