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HESITATIONS DE NAPOLEON. — LES DEUX ARMEES

vent de Moscou, sur le climat, les maladies du pays, se fait faire de nouveaux rapports. Parfois Napoléon semble se résigner à la paix tout en se tenant prêt à faire la campagne ; il abandonnerait volontiers au dernier moment cette entreprise, dont la grandeur l'effraie lui-même. Il continue à négocier avec le Czar : il ouvre même des négociations avec l'Angleterre, mais Castelreagh répond à Bassano que la France doit d'abord reconnaître Ferdinand pour roi d'Espagne. Fuis Napoléon se ravise, la con-

Fig. 301. — Marat. Par François Oérard. (Phot. de Braun.)

quête de la Russie le fascine, « ses destinées doivent s'accomplir ». Il lui semble que sa vie manque de dénoûment. Le cinquième acte doit se jouer à Moscou, « après, on se reposera! » La civilisation occidentale sera alors assurée. « Quel homme! disait M. de Narbonne en sortant d'un entretien avec Napoléon, quel homme ! on est entre Bediam (1) et le Panthéon ».

Le 9 mai 1812, il sort de Paris pour gagner l'Allemagne (2).

(1) On sait que Bediam est la principale maison de fons ds Londres.

(2) Pour cette guerre inexorable, il n'avait pas reculé devant l'odieux moyen que l'Angleterre avait employé contre nous pendant la Révolution, et de même que Pitt avait fait fabriquer à Londres de faux assignats, il fit fabriquer à Paris une gi-ande quantité de faux roubles pour les écouler en Russie.

L'empereur d'Autriche, les souverains de la Confédération du Rhin accourent à Dresde. Napoléon espérait par cette assemblée prouver que la guerre de Russie était européenne ; elle contrasterait, pensaitil, avec l'isolement d'Alexandre, qui serait peut-être effrayé de son abandon. Tous ces princes l'entouraient comme des vassaux perdus dans les rangs de l'état-major français.

Napoléon envoya Narbonne auprès du Czar pour faire une dernière tentative et l'inviter à venir à Dresde. Narbonne trouva « les Russes sans abattement et sans jactance. De tout ce que leur empereur lui avait répondu, il résultait qu'on préférait la guerre à une paix honteuse, qu'on se garderait bien de s'exposer à une bataille contre un adversaire trop redoutable ; qu'enfin on saurait se résoudre à tous les sacrifices pour traîner la gtierre en longueur et rebuter Napoléon ». Alexandre lui avait dit : « Je ne me fais point d'illusions, je sais combien l'empereur Napoléon est un grand général, mais j'ai pour moi l'espace et le temps. Il n'est pas de coin reculé de ce territoire hostile pour vous où je ne me retire, pas de poste lointain que je ne défende avant de consentir à une paix honteuse. Je n'attaque pas, mais je ne poserai pas les armes tant qu'il y aura un soldat étranger en Russie. » Napoléon répondit a Narbonne : « Il faudra voir si cette constance tiendra contre l'épreuve des événements ; trompé par les conseils de l'Angleterre, on veut la guerre, je la ferai. »

Au mois de juin, l'armée qui allait envahir la Russie comptait, en y comprenant 60.000 malades et 150.000 hommes restés en arrière, environ 680.000 soldats, dont 355.000 Français et 325.000 étrangers. Avec les réserves ce nombre s'élevait à plus d'un million.

A l'extrême droite, le prince Schwartzenberg avait 34.000 Autrichiens ; à sa gauche, le roi de Westphalie, avec 79.200 Westphaliens, Saxons et Polonais, marchait de Varsovie à Grodno. Le vice-roi d'Italie réunissait vers Marienpol et Pilony 79.500 Bavarois, Italiens et Français. L'Empereur était au centre avec 220.000 hommes, commandés par le roi de Naples, le prince d'Eckmùhl, les ducs de Dantzick, d'Istrie, de Reggio et d'Elchingen, qui, venus de Thorn, Marienbourg et Elbing, se réunirent en une seule masse le 23 juin près de Kowno. A gauche enfin, devant Tilsit, Macdonald et York avec 32.500 Prussiens, Bavarois et Polonais. L'armée comptait 1 .372 canons, 6 équipages de pont, un équipage de siège. Les Russes étaient disposés parallèlement aux Français, formant un demi-cercle concave de notre côté.

Au centre, étaient Alexandre et le général Barclay de Tolly avec 60.000 hommes; à leur droite, Wittgenstein avec 26.000 hommes; à gauche, au sud, Bagration avec 65.000 occupait Wolko^\^sk. Tor-

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