‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 303 sur 389 · MOHILEV. — OPERATIONS SUR LA DUNA. — VITESPK · texte numérisé non relu

MOHILEV. — OPERATIONS SUR LA DUNA. — VITESPK

Napoléon les crut perclus : « Ils sont à moi, » s'écrica-t-il. Mais le roi Jérôme, irrité d'avoir été mis sous les ordres de Davout, n'exécuta pas le mouvement que le maréchal lui indiquait, fit manquer le plan de Napoléon, et, par suite, le succès remporté par Davout à Moliilev ne put empêcher Bagration de se retirer par la route de Smolensk. Jérôme quittait l'armée pour retourner en Westphalie.

Napoléon demeurait cependant immobile à Vilna, qu'il faisait fortifier. Il ordonnait la levée de onze régiments lithuaniens et mettait le duc de Bassano à la tête du gouvernement de Lithuanie. La retraite des Russes paraissait l'avoir ébloui ; il en jouissait trop.

Il disait à Xarbonne : « Eh bien, que pensez-vous maintenant de la fermeté de l'empereur Alexandre ? Trouvez-vous bien politique et bien militaire de nous laisser faire tant de chemin sans coup férir ? — Sire, répondit Xarbonne, c'est cette guerre de temps et d'espace qu'on nous avait promise ; l'Empereur peut en juger par le séjour forcé que, même sans batailles livrées et pour le seul ralliement de ses troupes en marche, il est contraint de faire à Vilna. » Mais c'était surtout un affaiblissement prématuré qui alanguissait Napoléon ; son esprit toujours actif était retardé par l'abattement, de son corps ; son embonpoint augmentait, et il souffrait cruellement de la dysurie, qu'il cachait pour ne pas exciter la crainte dans ses armées, l'espoir chez ses ennemis.

Enfin il part le 16 juillet, passe à Swentziani (17), à Klubokoé (18), d'où il répond, sous le nom d'un grenadier français, à une adresse que les Russes avaient répandue dans l'armée. Il apprend alors que Barclay de ToUy a quitté la Dûna et abandonné le camp de Drissa. Le camp de Drissa avait le fleuve à dos, quatre ponts seulement en cas de retraite. Barclay se dirigea sur Vitepsk ; l'armée russe se déchaîna contre Pfiihl et les Allemands ; les vrais Russes Araktchéef et Balachef firent comprendre au Czar qu'il serait plus utile à Smolensk ou dans une capitale qu'au milieu de ses troupes : Alexandre quitta l'armée.

Après que Murât eut livré le brillant combat d'Ostrowno (25 juillet), et, avec l'aide du prince Eugène, eut enlevé une forêt de deux lieues de profondeur (26 juillet), l'armée déboucha dans la plaine de Vitepsk. Barclay nous y avait précédés. Le 27 au matin, il occupait au-devant de la ville, sur la rive gauche de la Diina, une hauteur protégée en front par la Loutchesa. Deux cents voltigeurs parisiens du 9° de ligne et le 16" de chasseurs à cheval furent lancés par Murât contre la cavalerie russe, qui écrasa bientôt le 16° chasseurs et l'eût

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anéanti sans l'intervention personnelle de Murât. Les lanciers russes, repoussés dans une charge, se retournent sur les deux cents voltigeurs parisiens, qui, seuls entre les deux armées, se retirent, en combattant, sur un terrain entrecoupé de buissons et de crevasses et, à coups de fusil, mettent en fuite les lanciers. Napoléon, qui les apercevait, s'écrie devant Narbonne : « Ce sont des enfants de Paris ! Allez leur dire que je les ai vus et qu'ils ont tous aujourd'hui mérité la croix de la Légion d'honneur. »

Le prince Eugène, Murât et Lobau attaquèrent vivement l'avantgarde russe, qui se replia derrière la Loutchesa. Napoléon, comptant sur une bataille pour le lendemain, fit cesser l'attaque. Barclay s'était battu pour donner à Bagration le temps de le rejoindre ; mais, apprenant, le 27 au soir, sa retraite sur Smolensk, il partit dans la nuit sans laisser aucun indice qui pût faire connaître sa route. L'armée française entra dans Vitepsk et n'y trouva que quelques Juifs ; on les questionna inutilement, on essaya vainement toutes les routes, on dut s'arrêter épuisé. Napoléon tint conseil ; tous les généraux furent d'avis de s'arrêter.

« Eli bien, dit Napoléon, je m'arrête ici : je veux m'y reconnaître, y rallier, y reposer mon armée et organiser la Pologne ; la campagne de 1812 est finie, 1813 nous verra à Moscou, 1814 à Saint-Pétersbourg. La guerre de Russie est une guerre de trois ans On fera une guerre d'affranchissement au lieu d'une guerre d'invasion ; on appellera la Lithuanie et une partie des Polonais à l'indépendance , on soulèvera même les provinces du sud pour en tirer des Cosaques-. L'armée française sera nourrie par ceux qu'elle aura affranchis ». L'Empereur comptait si bien alors passer une année à Vitepsk qu'il songe à faire venir des acteurs de Paris pour l'hiver. Il écrit à uu administrateur : « Songez à nous faire vivre, nous ne ferons pas la folie de Charles XII. »

L'Empereur avait espéré qu'Alexandre lui enverrait de nouvelles propositions de paix ; quand il voit le silence du Czar, l'impatience le saisit et il oubUe ses résolutions. Le nom de Moscou l'obsède : il s'enhardit à considérer l'idée d'une marche sur cette ville; penché sur ses cartes, il examine les routes, se relève, erre dans ses appartements, passe d'un objet à l'autre sans s'arrêter à aucun. Enfin il se décide.

Berthier, Lobau, Caulaincourt ne cachent pas leur opposition à son projet. Duroc

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