CAMPAGNE D'ITALIE; DEUXIÈME PARTIE
OPÉRATIONS CONTRE WrRMSER ET ALTINZY. — CASTIGLIONE. — BASSANO. ARCOLE. — RIVOLI. — MANTOUE.
Ks troupes de Beaulieu étaient ou dispersées OU détruites, mais l'Autriclie rassemblait une nouvelle armée de quarante mille hommes détachés en partie de l'armée du Rhin. Dans les montagnes de Ligurie, les paysans, excités sous main par le gouvernement aristocratique de la république de Gênes, massacraient nos traînards et gênaient nos convois. Parme, Modène, le Piéniuiit, Venise n'attendaient qu'un échec de nos« armes pour se joindre à nos ennemis; les Anglais, toujours maîtres de la Corse, occupaient le port de Livourne, en face de cette île; Rome et Naples faisaient des armements. Bonaparte, alors, laisse huit mille hommes devant Mantoue, vingt mille sur l'Adige et, avec sept à huit mille, se dirige vers la péninsule. Le roi de Naples n'attendit même pas le commencement de son mouvement. Bonaparte était encore à
NAPOLSON I".
Roverbello, devant Mantoxie, lorsqu'il reçut sa soumission (5 juin) ; un armistice fut conclu et un plénipotentiaire envoyé à Paris ; le traité fut signé seulement le 5 octobre. Naples fermait ses ports aux Anglais.
Pendant que Murât et Lannes se rendaient dans le pays de Gênes, fusillaient les bandes qui avaient massacré les Français, rasaient le château de Spinola, principal instigateur de ces troubles, et obtenaient du sénat toutes les satisfactions qu'on voulait, Bonaparte marchait sur les Etats pontificaux. Le 19 juin, il entrait à Bologne, où les Français étaient reçus comme des libérateurs par cette ville savante et active, cette métropole des Romagnes qui avait déjà cherché tant de fois à secouer le joug pontifical. Ferrare n'opposa pas plus de résistance. Le pape Pie VI, craignant tout de la politique révolutionnaire, se hâta d'envoyer à Bonaparte Azara, le ministre d'Espagne à la cour de Rome. Le roi d'Espagne était le premier souverain qui se fût allié à la République; le pape espérait que ce choix faciliterait les négociations. Le 23 juin était signé l'armistice de Bologne. Le pape reconnaissait la liberté des Légations, livrait des fournitures de toute espèce, vingt et un millions, cinq cents manuscrits, cent tableaux ou œuvres d'art, au choix des commissaires français, parmi lesquels est spécifié c( le buste du patriote Brutus », du musée du Gapitole.
Puis l'armée française se dirigea sur la Toscane. Murât, commandant l'avant-garde, tourna brusquement sur Livourne, espérant y surj^rendre les négociants anglais qui avaient dans le port plus de cent bâtiments chargés ; mais ils eurent le temps de se réfugier dans les ports de la Corse. On trouva cependant des valeurs considérables dans les magasins ; de là Bonaparte fit passer des munitions et des armes aux patriotes corses-, qui purent ainsi chasser les Anglais.
La Toscane avait alors le gouvernement le plus éclairé de l'Italie et en était, à tous égards, le pays le plus civilisé. Le grand-duc Ferdinand et son ministre Manfredini avaient continué les traditions de Léopold. Les idées de la Révolution française ne leur étaient pas absolument étrangères ; d'autre part, ils ne perdaient guère à l'occupation de Livourne par les Français, qui n'avaient fait qu'y remplacer les