JONCTION IMMINENTE DES ARMEES RUSSES
instances obtinrent cependant le transport du matériel nécessaire à un pont de chevalets. Napoléon espérait qu'Oudinot occuperait Borizof le 25; Tchitcliagof y fut le 21. A cette notivelle désastreuse, Napoléon s'écria en montrant le ciel : « Il est donc écrit là-haut que nous ne ferons plus que des fautes! » Oudinot culbuta, le 23, l'avant-garde de Tchitchagof, dont les restes allèrent détruire le pont de Borizof long de 300 toises; il était impossible à reconstruire. Napoléon, en appre-
Fij^. 3lM. — Le Draileau. D'apn-^ le tj,s-iii et I;i gravure de Debucourt.
(£n quittant 1* Béi^om, lo> êoïdmt», Rccabl^ de chïkmitéa inonïei, cachaient leun drapeaux sous terre pour lea soustraire aux ennemis.)
nant ce nouveau malheur, chercha d'autres passages sur ses cartes ; on l'entendait murmurer : « Voilà donc ce qui arrive quand on entasse fautes sur fautes ! » Mais, poussé par Kutusof et Wittgenstein , il dut se décider à passer la Bérézina en dépit de l'armée de Tchitchagof qui la bordait. Le 23, Napoléon, qui, à Orcha, avait déjà brûlé tous ses papiers, avec sa correspondance militaire, brûla les aigles, la moitié des fourgons et toutes les voitures qui n'étaient pas indispensables, pour en donner les chevaux à l'artillerie. De l'armée qui avait quitté Moscou, il ne restait qu'une cinquantaine de mille hommes,
dont une dizaine de mille seulement étaient armés; 500 canons avaient été pris par l'ennemi ou abandonnés. Napoléon réunit tous les officiers de cavalerie encore montés, 500 environ, et en forma « l'escadron sacré », où des généraux servirent comme capitaines. Il le confia à Grouchy et à Sébastiani, et s'enfonça dans les forêts. Le 24, il fut rejoint par Victor, Dombrowski et Oudinot, qui l'attendaient près de la Bérézina et lui apportaient des forces, bien réduites sans doute, mais encore organisées.
La situation n'en était pas moins désespérée. 11 semblait que, dans ce grand désastre, on ne sauverait point même l'honneur des armes, que tant d'efforts et de souffrances seraient inutiles et qu'il faudrait capituler. Mais Napoléon a retrouvé son génie. Avec une admirable sûreté de coup d'œil, il décide qu'on passera la Bérézina au-dessus de Borizof, et, sur le rapport du général Corbineau , choisit le point de Stoudianka.
Pour tromper Tchitchagof, on fit, pendant toute la journée du 24, des démonstrations à Oukoholda. L'adoucissement de la température n'avait fait qu'augmenter nos pertes, car il avait amené le dégel au moment où un froid vif nous aurait été utile. La Bérézina ne pouvait plus être franchie sur la glace ; les grands glaçons flottants empêchaient de la passer à la nage ; la crue amenée par la fonte des neiges avait détruit les gués. Mais la prévoyance du général Éblé apportait à l'armée des moyens de salut. Il arrivait, le 25, avec ses pontonniers. Il avait sauvé, comme on l'a vu, le matériel d'un pont de chevalets ; de plus, il avait réservé deux voitures de charbon et une forge de campagne pour pouvoir fabriquer sur place les crampons de fer dont on aurait besoin. A la nuit tombée, Oudinot occupait Stoudianka, et Éblé pouvait déjà faire poser son premier chevalet. Les pontonniers, ayant parfois de l'eau jusqu'à la bouche, ont à lutter contre les glaçons qu'un vent violent précipite sur eux. Ils ti-a vaillent sans relâche, en prenant à peine le temps d'avaler un peu de bouillie sans sel, la nuit et la journée du lendemain, à portée de fusil de la division russe de Tchaplitz. Napoléon, convaincu que les Russes vont, dès le matin, chercher à détruire les ponts, se prépare à un choc désespéré. Mais, le 26, dès le matin, on aperçoit l'armée de Tchaplitz qui bat en retraite. Tchitchagof, trompé par nos démonstrations, l'a rappelé vers le sud. « Voilà donc encore mon étoile ! » s'écrie Napoléon. A une heure, un premier pont est achevé. La division Legrand, bientôt suivie des troupes de Dombrowski et d'Oudinot, passe sur la rive droite : un second pont est achevé à quatre heures du soir. Oudinot s'assure la route de Zembin et refoule les Cosaques vers Borizof.
Cependant Tchitchagof, qui, ébloui encore par le nom de Napoléon, a perdu en délil)érations le 2C, fait attaquer Borizof, le 27, par Platow. Le général Partouneaux, qui n'a que 3.500 hommes, le repousse, mais il est obligé de se rendre devant les