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LE 29» BULLETIX. — NAPOLÉON ABANDONNE L'ARMÉE

à Paris. Le soir même du jour où il avait rédigé le vingt-neuvième bulletin, il appela tous les maréchaux, leur exposa son dessein, les loua de leurs belles actions. « Si j étais né sur le trône, si j'étais un Bourbon, il m'aurait été facile de ne point faire de fautes, » dit-il pour excuser sa témérité. Puis il leur donna des conseils pour terminer la retraite,

Fig. 312. — Misirea de la gaerre (1812). Litbograpliie de Clurlet.

les embrassa et les quitta, n'emmenant avec lui que Duroc, Caulaincourt, Lobau, le capitaine polonais Wonsowitch et le Mamelouck Roustan : il laissait le commandement à Murât. Il partit dans le plus grand secret, craignant d'être arrêté en chemin, aussi bien parles Allemands que par les Cosaques. A Ochmiana, il s'en fallut d'une heure qu'il ne fût enlevé par les Russes. Il arrivait à Paris le 19 décembre, deux jours après la publication du vingt-neuvième bulletin.

Napoléon avait grande hâte de rentrer dans sa capitale, car il avait été tristement étonné de voir que la conspiration Malet aurait pu facilement réussir. Le général Malet

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avait jugé que la campagne de Russie lui offrait une occasion parfaite de réaliser le projet qu'il méditait depuis longtemps. Comme l'Empereur s'éloignait souvent pour aller à la guerre, il fallait profiter d'une de ses absences pour faire croire à sa mort, et, à la faveur du premier trouble causé par cette nouvelle , s'emparer du gouvernement. Le général Malet était connu pour ses opinions républicaines, pour lesquelles il avait été disgracié, puis emprisonné. Il s'échappe, le 22 octobre au soir, de la maison de santé où il était détenu, se rend à la caserne Popincourt, se fait passer pour le général Lamotte, un des officiers de la place de Paris, fait croire , à l'aide de fausses pièces qu'il a fabriquées dans sa prison, que Napoléon est mort le 7 octobre à Moscou, et que le Sénat, réuni dans la nuit, a proclamé la République. On le suit. Il va à la Force, y délivre deux généraux détenus depuis quelques mois à cause de leurs relations avec les Anglais, Lahorie et Guidai, et s'en fait des complices d'autant plus décidés qu'ils ne connaissent pas, Lahorie du moins, sa supercherie. Le duc de Rovigo et le préfet de police sont arrêtés chez eux et envoyés à la Conciergerie. Mais la résistance du général Hulin, commandant de la place de Paris, que Malet est obligé de renverser d'un coup de pistolet, trouble le conspirateur. Il est reconnu et arrêté. Malet était véritablement seul coupable ; une commission militaire condamna à mort quatorze malheureux, dont douze furent immédiatement exécutés. Quelles que fussent les opinions républicaines de Malet, il est certain que les royalistes prirent une part importante à ce complot dont ils espéraient profiter (1). Loi-sque Napoléon arriva à Paris, l'émotion causée par cette tentative extraordinaire était déjà calmée. Mais il avait raison d'être troublé, en voyant que le pouvoir impérial n'était rien en dehors de sa personne, et que nul n'avait pensé que, lui moi't, il restait Napoléon IL

Cependant Murât ne pouvait remplacer Napoléon à la tête de l'armée. Le point de ralliement disparu, l'armée acheva de se désorganiser. La vieille garde elle-même, n'ayant plus l'Empereur à protéger, se débanda. Le 6 décembre, le froid devint plus terrible encore ; les oiseaux tombaient raides et gelés, les hommes glissaient sur le verglas, se traînaient quelque temps et tombaient pour ne plus se relever. Pendant la nuit, ils brûlaient les habitations pour se chauffer; tous accouraient alors, se ruaient dans les flammes ; plusieurs y périssaient, et quelques-uns des survenants, attirant à eux ces corps défigurés et grillés, osaient en manger. Le 9 décembre, par 28 degrés de froid, les 40.00Q hommes qui vivaient encore s'entassèrent à Vilna.

(!) La veuve de Guidai demanda une pension à Louis XVIII, en représentant Guidai comme une victime de son dévouement à la cause des princes légitimes. Sur cette étrange conspiration, qui, avec de si faibles moyens fut si prés de renverser un grand empire, voir l'ouvrage de M. E. Hamel, l'article de M. Alb. Duruy ÇRevue des Deux-Mondes, V février 1879, et aussi la Dernière Conspiration de Barras, de P. Bosq).

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