L'ARMEE FRANÇAISE EX
conseil était organisé pour administrer provisoirement les provinces reconquises. Ainsi les princes et les peuples étaient enfin unis dans un même sentiment et pour le même but.
Fîg. 316, — Campagne de Saxe. Les conscrits de 1813. Peint par Raffet. Lithograpliié par Llanta.
Saxons, Franconiens, Souabes, Bavarois, Électeurs, Palatins, grands-ducs, comtes et rois. Nous n'avons tous qu'un cri : Allemagne! Allemagne! Et notre père à tous s'appelle Charlemagne (1).
C'est donc en lace de la nation allemande soulevée et encadrée dans ses forces déjà organisées, que la France allait avoir à combattre.
Elle avait laisse en Russie presque toute sa vieille armée ; elle n'avait pour rem-
(1) Edgard Quin«t, NapoUon.
plir les vides que des conscrits, appelés même, pour la plupart, avant l'âge que la lo fixait, car il y avait eu déjà plus d'une conscription anticipée. Cette année ne valait pas la Grande Armée de 1805 ou même celle du début de 1812. M. Camille Rousset, dans ses Conscrits de i813, rappelle avec raison des scènes trop nombreuses d'indiscipline et de désordre. Mais il n'en est pas moins vrai que ces jeunes soldats, qui, sur le territoire étranger, n'avaient à combattre encore que pour l'honneur du drapeau et pour la gloire, eurent d'abord le dessus sur des adversaires qui luttaient pour l'indépendance et le salut de la patrie. Cette campagne de 1813 fut le triomphe du courage inné et de l'esprit militaire de la jeunesse française. Le génie organisateur de Napoléon, servi par cette administration qui mettait en un moment donné entre les mains du souverain toutes les forces de la nation, allait en quelques mois placer une nouvelle année sur l'Elbe.
La rapidité avec laquelle fut levée l'armée de 1813 causa à l'Europe une véritable stupeur. C'était une première défaite pour la coalition, et elle excitait chez les alliés eux-mêmes autant d'admiration que de colère. Il y avait quelques mois déjà que les conscrits de 1813, levés avant l'époque de la conscription, étaient instruits dans les dépôts. Ils pouvaient former une armée de 150.000 hommes. Napoléon fit venir d'Espagne et d'Italie un contingent de 45.000 hommes qui alla rallier les débris de la Grande Armée ; 10.000 hommes de garde nationale, levés pour la défense des places de l'intérieur, durent les rejoindre en vertu d'un sénatus-consulte. Napoléon put réunir bientôt 180.000 hommes et 350 canons sur l'Elbe. Les forces militaires de la France s'élevaient à 450.000 hommes. Si nous avions reculé jusqu'à l'Elbe, nous tenions encore, par les garnisons que nous y avions laissées, les places de la Pregel, de la Vistule et de l'Oder. Malheureusement on manquait de cavalerie; l'armée était forcée d'avancer au hasard, car il était impossible de s'éclairer suflisamment. Plusieurs fois, dans le cours de cette campagne, des troupes françaises allèrent se heurter à des masses ennemies qu'on croyait plus éloignées ou plus faibles. Les batailles qu'elles gagneront ne seront que des victoires incomplètes, faute de cavalerie pour achever la déroute de l'ennemi et lui faire des prisonniers. Le zèle des préfets impériaux ne suffit pas à procurer les 20 à 22.000 chevaux sur lesquels Napoléon comptait au début de la campagne; il n'en eut que 8 à 10.000. Cependant les conscrits marchaient au feu, non seu-