ETATS-UNIS. — NAPOLEON ET METTERNICH A DRESDE
juin 1812, sur la proposition de Madison, président du Congrès depuis 1800 et qui devait l'être jusqu'en 1818. Eu 1814, les Anglais prirent Washington et brûlèrent le Capitole. Mais ils expièrent ce succès par une double défaite sur le lac Champlain et à la Nouvelle-Orléans. La paix ne fut signée qu'en 1815. Elle interdisait aux Anglais la navigation du Mississipi. Cette guerre venait trop tard et occupa trop peu
de forces pour exercer aucune influence sur les événements qui s'accomplissaient en Europe avec tant de rapidité.
L'Angleterre profitait de l'armistice pour fortifier et étendre la coalition. L'armistice avait été signé pour permettre à un congrès de s'assembler et de régler les conditions de la paix. L'Autriche l'avait imposé pour ainsi dire en même temps que sa médiation, mais en réalité elle entraîna la convocation du congrès , car elle voulait que toutes
les négociations passassent uniquement par ses mains. Napoléon comprit bientôt que le but des alliés n'était que d'achever leurs préparatifs, et qu'ils ne voulaient pas poser les armes avant que sa puissance ne fût complètement abattue. Ces sentiments éclatèrent dans l'entrevue qu'il eut le 28 juin, à son quartier général de Dresde, avec Metternich (1).
« Vous venez bien tard, lui difc-il ; votre médiation devient presque hostile, à force d'être inactive... Quels ont été jusqu'à présent les résultats de l'armistice ? Je n'en connais pas d'autres que les traités de Reichenbach ; convenez-en , vous avez voulu gagner du temps ; aujourd'hui vos 200.000 hommes sont prêts, là, derrière le rideau des montagnes de Bohême. La grande question, pour vous, est de savoir si vous pourrez me rançonner sans combattre, ou s'il faudra vous jeter décidément au rang de mes ennemis. Eh bien, voyons, traitons : que voulez- vous ? Je vous ai offert l'Illyrie pour rester neutres. Cela vous suffit-il .' — Il ne tient qu'à vous, dit Metternich, de disposer de nos forces. Les choses en sont venues à ce point que nous ne pouvons plus rester neutres : il faudra que nous soyons pour vous ou contre vous. » Il demandait donc l'Illyrie, la moitié de l'Italie, la Pologne, la Hollande, la Suisse, l'abandon de Rome au Pape, de l'Espagne à Ferdinand VII, la dissolution de la Confédération du Rhin. « Eh quoi ! s'écria Napoléon, il nous faudrait évacuer l'Europe dont j'occupe encore la moitié, ramener mes légions, la crosse en l'air, derrière le Rhin, les Alpes et les Pyrénées ! Et c'est quand nos drapeaux flottent encore aux bouches de la Vistule et sur les rives de l'Oder, quand mon armée triomphante est aux portes de Berlin et de Breslau, quand je suis ici à la tête de 300.000 hommes, que l'Autriche, sans coup férir, sans même tirer l'épée, se flatte de me faire souscrire à de telles conditions ! et c'est mon beau-père qui accueille un tel projet ! c'est lui qui vous envoie ! Ah ! Metternich, combien l'Angleterre vous a-t-elle donné pour me faire la guerre ? »
Cette accusation brutale et injuste blessa au vif le diplomate, qui aurait laissé passer peut-être une simple insinuation. Mais Napoléon, continuant à s'abandonner à sa colère, disait tout haut, mais comme se parlant à lui-même : « J'ai fait une grande sottise en épousant une archiduchesse. Je me disais alors : Tu fais une folie; mais elle est faite et je la regrette aujourd'hui. » M. de Metternich ayant fait appel à l'humanité de Napoléon et à la nécessité de mettre enfin un terme à ces effroyables guerres, il lui parla de ces jeunes soldats, de cette sîrmée de recrues, presque d'enfants, dont il a traversé les ligues avant d'arriver au quartier général. Napoléon sait bien que c'est là son point faible; sa colère s'accroît. Il lui répond durement et d'une voix animée : « Vous n'êtes pas soldat, vous ne savez pas ce qui se passe d-ans l'âme d'un soldat. J'ai grandi sur les champs de batailles et un homme comme moi se soucie peu de la vie d'un million d'hommes ; » et en disant ces mots il jetait son chapeau au fond de la salle. Ces paroles n'étonnèrent pas Metternich, elles servaient d'ailleurs à ses projets.
Cl) Comparerlesifemoirc» de Metternich avec le récit de Napoléon.