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CONGBÈS DE PKAGUE. — ÉTAT DES ESPRITS EX FRANCE

L'entrevue de Dresde eut de grandes conséquences. Metternich, par ce qu'il avait vu dans l'entourage de Napoléon, avait pu se rendre compte du découragement et de la fatigue de la France et même de l'armée. Il s'était rendu compte de ce qui manquait à nos troupes. Il voyait que Napoléon lui-même était inquiet, moins maître de lui, moins capable de bien saisir l'ensemble de ses affaires. 11 voyait que cette intempérance morale , qui lui avait déjà fait commettre bien des fautes, était chez lui plus grande que jamais. Enfin, il avait été personnellement insulté ; il allait poursuivre sa politique de guerre à la France non plus seulement par calcul, mais par rancune et avec passion. 11 fit tout pour faire échouer les négociations et accabler enfin Napoléon par l'union à la coalition de toutes les forces de l'Autriche. Du reste, il fut servi t\ souhait par la mauvaise foi des coalisés et par l'opiniâtreté de Napoléon (25 juin).

Il avait été convenu, lors de l'armistice, qu'un congrès aurait lieu

à Prague. Ce congrès durerait jusqu'au 10 août et les hostilités ne seraient pas reprises avant le 17 : il devait régler toutes les affaires pendantes, sauf en ce qui regardait l'Angleterre. Napoléon désirait même que les plénipotentiaires des Etats-Unis y fussent appelés. Mais cette assemblée ne pouvait aboutir. La Prusse et la Russie envoyèrent bien i\ Prague des plénipotentiaires, Guillaume de Humbold et d'Anstett ; comme ils étaient peu connus, du moins en qualité de diplomates, ils laissèrent tout faire à Metternich. Napoléon, qui ne cherchait qu'à gagner du temps, envoya M. de Narbonne et Caulaincourt à Prague plusieurs jours après l'arrivée des plénipotentiaires russe et prussien. Un grand nombre de difficultés s'élevèrent entre les négociateurs. D'accord avec Metternich, Guillaume de Humbold et d'Anstett refusaient de traiter directement avec les représentants de Napoléon et

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Fig. 324. — M. de Metternich.

voulaient prendre pour intermédiaire le ministre autrichien, tandis que l'Empereur s'obstinait à exiger des conférences directes. Le 24 juillet le congrès n'avait encore rien fait, et Napoléon, qui, malgré son entourage, n'était pas plus disposé à la paix que le roi de Prusse et l'Empereur de Russie, s'éloigna à dessein et fit un voyage à Mayence. A ce court séjour de Napoléon à Mayence se rapporte une anecdote qui dévoile d'une façon piquante ce que bien des gens pensaient tout bas de la situation.

« L'Empereur, raconte Beugnot, qui se trouvait alors à Mayence avec Jean Bon Saint-André, préfet du Mont-Tonnerre, l'Empereur proposa un jour une promenade sur le Rhin, dans le dessein d'essayer un batelet élégant, dont le prince de Nassau venait de lui faire hommage... Sans avoir adressé à Jean Bon et à moi une invitation positive de l'accompagner, il s'était expliqué de manière à nous y autoriser ; nous suivîmes le cortège et nous entrâmes dans le bateau avec les autres. Jean Bon et moi nous nous tenions à toute la distance de l'Emi^ereur que fournissait la longueur du bateau. Mais elle n'était pas telle qu'on ne pût entendre ce qui se serait dit des deux parts. Pendant que l'Empereur, debout sur l'un des côtés et penché vers le fleuve, semblait y rester eu contemplation, Jean Bon me dit et pas trop bas : a Quelle « étrange position ! le sort du monde dépend d'un coup de pied de plus ou de moins. » Je frémis de tous mes membres et ne trouvai de la force que pour répondre : « Au « nom de Dieu ! paixdonc ! » Mon homme ne fit compte ni de ma prière ni de ma terreur et poursuivit : « Soyez tranquille, les gens de résolution sont rares. » Je fis un tour de conversion pour me préserver des suites du dialogue et la promenade finit sans qu'il pût êti-e repris. On mit pied à terre : le cortège de l'Empereur le suivit à sa rentrée . au palais. En montant le grand escalier, j'étais à côté de Jean Bon et l'Empereur nous précédait de sept à huit marches. La distance m'enhardit et je dis à mon compagnon : « Savez- vous que vous m'avez furieusement effrayé ? — Parbleu ! je le sais. Ce qui «t m'étonne, c'est que vous ayez retrouvé vos jambes pour marcher ; mais tenez-vous « pour dit que nous pleurerons des larmes de sang de ce que sa promenade de ce jour « n'ait pas été la dernière. — Vous êtes un insensé. — Et vous un imbécile, sauf le « respect que je dois à Votre Excellence (1). »

Beaucoup alors pensaient comme Jean Bon, et il est possible que Napoléon ait connu leurs sentiments; mais plus il avait besoin qu'on lui dît la vérité, plus l'adulation, croissante la lui cachait; il reçut, touchant l'état intérieur de la France, des rapports tout à fait rassurants et fut heureux de pouvoir se faire illusion sur la situation réelle de la nation. Aussi, après avoir donné des instructions pour

(1) Beugnot, t. II, p. 13.

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