‹ Napoléon Ier et son tempsChapitre 326 sur 389 · BERNADOTTE. ^ LA GUEEBE RECOMMENCE · texte numérisé non relu

BERNADOTTE. ^ LA GUEEBE RECOMMENCE

l'administration de l'Empire et prescrit de nouvelles levées, il était revenu à Dresde, prêt à continuer la lutte.

La coalition n'avait pas perdu son temps ; les souverains alliés et les ministres anglais s'étaient réunis à Trachenberg (9 juillet). Bernadette, prince royal de Suède, se trouvait parmi eux.

La nation qui l'avait choisi pour chef, malgré les griefs qu'elle pouvait avoir contre Napoléon, n'approuvait point cette politique. Elle n'ignorait pas que la France était son alliée naturelle, et le traité de Frédériksham venait de lui prouver que c'était du côté de Pétersbourg qu'était le danger. Sa loyauté, d'ailleurs, était choquée de voir son prince royal jouer un pareil rôle. Mais l'âme jalouse de Bernadotte avait conservé pour Napoléon, qui n'avait pas été trop indulgent pour lui, une haine sourde. Les autres souverains l'entouraient d'égards; on lui offrait la Norvège. D'ailleurs son ambition ne s'en tenait pas là, et, chose qu'on a peine à croire, il songeait sérieusement à devenir le maître de la France

à la place de Napoléon. C'était ignorer bien profondément les sentiments qu'il inspirait à la France et à l'armée. Un jour que, pendant l'armistice, il passait en vue de la place de Stettin, la garnison française envoya dans sa direction quelques coups de feu. « Ce n'est rien, répondit le général Dufresne aux plaintes des envoyés du prince : la grand'garde a aperçu un déserteur et a tiré dessus. » En attendant qu'il pût accom plir son rêve impérial, il comptait bien être généralissime de la coalition. Il déployait un faste de parvenu qui paraissait d'autant plus choquant qu'il contrastait avec la simplicité des autres princes. Il avait décidé Moreau à quitter l'Amérique pour combattre Napoléon et la France. Il comptait sans doute en faire son chef d'étatmajor (1). Mais les généraux russes et prussiens trouvaient que c'était leur faire injure que de croire qu'il était impossible de vaincre les Français sans avoir recours à un des anciens lieutenants de Napoléon, et qui n'était pas des plus célèbres.

Fig. 325. — Le msi^bal Victor, duc de Bcllune.

(1 ) Un autre général da plus rare mérite abandonnait vers le même temps l'armée française et entrait au service de la Russie : c'était le Suisse Jomini. Il avait rendu les plus grands services Il l'armée française en différentes circonstances. On se rappelle qu'il avait indiqué, à Bantzen, le vrai point où l'on aurait dû marcher. Loin d'en être récompensé, il avait été puni après la bataille. Il devait cette punition au.x mauvais offices de Berthier, qui sentait au fond la supériorité de Jomini et avait été plus d'une fois blessé par les justes critiques de cet officier.

Beruadotte dut se coutenter de discuter avec l'état-major allié le nouveau plan de cami^agne. Les alliés, comptant bien plus sur la supériorité de leurs forces que sur les talents militaires de leurs généraux pour vaincre Napoléon, avaient résolu de l'user par des marches continuelles et par la destruction des corps confiés à ses lieutenants. Toutes les fois qu'il dirigerait en personne son armée, il fallait éviter la bataille et fondre sur ses généraux en son absence. Trois armées furent destinées à opérer contre lui : celle de Bohême, forte de 250.000 hommes, commandée par le prince de Schwartzenberg; celle de Silésie avec Blucher, et celle du Nord sous les ordres de Beruadotte, toutes deux fortes de 120.000 hommes. Ces trois armées devaient toutes marcher sur Dresde pour s'y rejoindre et y accabler les Français. Deux autres armées étaient chargées de surveiller la Bavière et l'Italie.

De son côté Napoléon avait formé le dessein de faire, à la fin de l'armistice, des propositions acceptables, d'arrêter ainsi les mouvements de l'Autriche prête à se joindre à la coalition, de reprendre les hostilités avec la Prusse et la Russie et de les écraser, tout en continuant à négocier avec l'empereur François, afin de l'accabler à son tour si un désastre infligé aux Russes et aux Prussiens ne le rendait plus accommodant. Caulaincourt fut donc chargé de demander sérieusement à Metternich à quelles conditions l'Autriche ferait la paix. Metternich exigea le partage du grand-duché de Varsovie, l'abandon des provinces illyriennes, des villes hanséatiques, de la Confédération du Rhin et de l'Espagne. Ces conditions furent transmises à Napoléon le 7 août, avec l'assurance que le congrès serait dissous le 10 au soir et que l'Autriche entrerait immédiatement dans la coalition, si elles n'étaient pas acceptées purement et simplement. L'Empereur ne voulut pas ajouter foi à ces menaces ni accepter à temps ces propositions. Lorsqu'il les renvoya un peu modifiées à Prague, l'Autriche était entrée dans la coalition et ne pouvait plus traiter que de concert avec la Prusse et la Russie. Mais les souverains alliés rejetèrent les conditions de Napoléon et les hostilités recommencèrent le 17 août.

Lorsque Napoléon s'empara de Gabel pour empêcher la jonction des Prussiens de Blucher et des Autrichiens de Schwartzenberg, il apprit

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que cette jonction était déjà faite, les alliés ayant commencé leur mouvement sans attendre la fin de l'armistice : les deux généraux se dirigeaient déjà sur Dresde. Napoléon marche d'abord contre Blucher

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Fig. 326. — Document de la collection Hennin.

et le rejette dans ses lignes de Jauer, sur la Katsbach, pendant que Gouvion Saint-Cyr se replie sur Dresde,

Napoléon, sachant que le maréchal Gouvion Saint-Cyr est en état de maintenir Schwartzenberg pendant quelques jours devant la ville, conçoit l'une des combinaisons « les plus belles, les plus redoutables qui soient sorties de son génie », et dont l'exécution pouvait terminer la guerre d'un seul coup.

« L'ennemi, pour le tourner, avait franchi l'Elbe dans l'intérieur de la Bohême. Il fallait le punir de sa témérité, en repassant l'Elbe soi-même et en l'écrasant avec des forces supérieures. Nous étions maîtres, eu effet, du passage du fleuve. Mais au lieu de déboucher par Dresde, ce qui n'aurait donnéqu'un choc direct, Napoléon, sans s'inquiéter pour le moment de Blucher que Macdonald est chargé de contenir dans la Silésie avec 75.000 hommes, forme le projet de remonter l'Elbe jusqu'à Kœnigstein, de l'y passer et de prendre par derrière la grande armée de la coalition. Il avait eu soin d'approvisionner d'avance cette ville et de la rattacher à Lilienstein par un pont de bateaux. Malheureusement les nouvelles alarmantes qu'il reçut des dangers qui menaçaient Dresde, l'inquiétude qu'il avait de perdre l'alliance du roi de Saxe, le décident à adopter un nouveau plan moins fécond en grands résultats, mais plus sûr. Il débouchera directement de Dresde avec 100.000 hommes, en confiant au général Vandamme avec 40.000 hommes, du côté de Péterswald et de Pima, le soin de tourner l'ennemi ou de lui couper la retraite. »

Quand Napoléon arriva à Dresde, Schwartzenberg , à la tête de 165.000 hommes et 300 pièces de canon, prenait ses dispositions pour attaquer Gouvion Saint-Cyr, qui, n'ayant que 18.000 hommes, se préparait à une résistance désespérée. Le faubourg de Pirna est pris ; les Allemands crient déjà : « Paris! Paris! » ; ils vont enfoncer les portes. Ces portes s'ouvrent et donnent passage à deux colonnes de la vieille garde qui repoussent l'ennemi dans ses lignes en lui tuant 4.000 hommes et en faisant 2.000 prisonniers. Napoléon dicta dès le soir même le plan de la victoire du lendemain.

Napoléon était monté plusieurs fois dans la journée à un clocher d'où l'on apercevait le demi-cercle de collines et de plateaux qui entourent la ville de Dresde. Il y avait vu se développer l'armée de Schwartzenberg qui venait de se renforcer des 25.000 hommes de Klenau, et il y avait discerné une gorge profonde, celle de Plauen, servant de lit à la petite rivière de la Veisseritz, qui partageait en deux le champ de bataille.

« C'est au delà de cette gorge étroite et profonde qu'était rangée la plus grande partie des Autrichiens, séparés ainsi du reste de l'armée coalisée par une sorte de gouffre à travers lequel il était impossible de les secourir.

« En outre, ce côté du champ de bataille était plus propre que les autres aux manœuvres de cavalerie. Napoléon, saisissant d'un coup d'œil les avantages qu'offrait cette circonstance locale, résolut de renforcer le roi de Naples de tout le corps du maréchal Victor et de le lancer par un détour à droite sur les Autrichiens, qui, ne pouvant être secourus, seraient inévitablement précipités dans la gorge de Plauen, et, après avoir ainsi détruit la gauche des coalisés, de pousser Ney avec toute la jeune garde sur leur droite pour les refouler en masse sur les hauteurs dont ils avaient essayé de descendre. Il devait résulter de ce double mouvement un double avantage, c'é-

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