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MAISON ET CARNOT AUX PAYS-BAS. — EXCÈS DES COALISÉS

qui paraissait déjà dans la A'allée de l'Oise. Wintziiigerode , parti de Namur, s'était en effet emparé d'Avesnes, de Laon et de Soissons (6 février). Mortier le chassa quelques jours plus tard de cette position, et les succès du général Maison sur Bulow l'obligèrent à revenir sur ses pas. Maison avait arrêté, avec 10.000 hommes seulement, la marche de Bulow, et, avec l'aide de Carnot, avait fait échouer une attaque des Prussiens et des Anglais contre Anvers (8 février).

Entrée des pri6.-i,,,i. i, ,n"..> ^ i.iii> .^(M^-^^ i Dessin du musée de Versailles.

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Les victoires que Napoléon avait remportées coup sur coup excitaient l'acharnement des paysans de la Champagne contre les aUiés.

A Freybourg, avant de franchir le Ehin, le Czar avait adressé à l'armée russe une proclamation où il lui recommandait là clémence envers les populations désarmées : « L'ennemi, di.sait-il, en envahissant notre empire, nous a fait beaucoup de mal, et, pour cela, a subi un terrible châtiment. La colère de Dieu l'a terrassé. Ne l'imitons pas. Le Dieu miséricordieux n'aime pas les inhumains et les cruels. Oublions le mal qu'ils nous ont fait; portons chez eux non la vengeance et la haine, mais l'amitié, une main tendue pour la paix. La gloire du Russe est de terrasser son ennemi en armes, de combler de bienfaits son ennemi désarmé, les populations paisibles. »

Cet appel ne devait pas être entendu. En Silésie, dans un pays allié , les Russes avaient commis de tels pillages, que le roi de Prusse adressa des plaintes fort vives au Czar. Lorsqu'ils furent sur le territoire ennemi, ils se livrèrent à tous les excès, pillant tout, n'épargnant ni les églises ni les vases sacrés, massacrant hommes, femmes et en-

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fants, coupant les doigts pour avoir plus facilement les bagues, employant la torture pour se faire indiquer les cachettes qui renfermaient de l'argent et des objets précieux, puis, lorsqu'il n'y avait plus rien à prendre, mettant le feu au village ou au quartier, en ayant soin d'emporter ou de détruire les pompes. Les Pnissiens, sans aller aussi loin que les Cosaques, prirent part à ces pillages et, à ces violences, parfois même à ces scènes sanglantes. A Sens, le pillage dura neuf jours et, en quittant la malheureuse ville, le prince héritier de Wurtemberg, « beau comme un jeune dieu », réquisitionnait, par une ironie cruelle, quatre vingt-quatre paires de gants blancs (1).

« Un soir, raconte le général de Ségur, du côté do Château-Thierry, à Cresancy, l'un de mes escadrons que commandait d'Andlau, attiré par les cris de ce village, y était entré à toutes brides ; le maire, accroché et étranglé à l'une des colonnes de son lit; à ses pieds, et sur un matelas jeté par terre, sa jeune femme sans connaissance; sous le berceau de l'enfant, un fagot déjà embrasé, voilà le spectacle qui frappa nos yeux ! En même temps, et dans le verger voisin, de sales Cosaques, ivres et hurlant leurs chants sauvages, dansaient en forçant, à coups de knout, les maris, les sœurs de leurs victimes et le ménétrier du village à partager leur orgie! Ces misérable.?, à notre asj^ect imprévu, s'élancèrent sur leurs chevaux, mais si effarés, qu'ils fouettaient et talonnaient leur monture, sans s'apercevoir que, attachées encore aux arbres du verger, elles ne pouvaient leur obéir. Ceux-là expièrent leur crime sans merci, et, cette fois du moins, une prompte et juste vengeance put adoucir le désespoir de nos malheureux compatriotes. »

Ces effroyables excès coûtèrent cher à l'ennemi. La guérilla commence à s'organiser en France comme en Espagne. Les coalisés doivent bientôt faire accompagner leurs convois par des escortes considérables, et protéger leurs courriers par des troupes de cent cavaliers. Les traînards, les soldats isolés étaient tués en grand nombre. Les femmes elles-mêmes prenaient part à ces vengeances. Pendant longtemps les habitants du département de l'Aisne ne voulurent plus boire de l'eau de leure puits , tant ils savaient qu'on y avait jeté de cadavres.

Un paysan de Vailly, d'une force égale à son courage, ne s'attaquait jamais qu'à trois hommes à la fois ; il s'offrait pour les guider et les tuait en route.

Des compagnies franches se formèrent dans la Bourgogne, la Champagne, la Brie, le Dauphiné, le Nivernais. Le curé de Pers, près Montargis, s'était fait chef de partisans et défendait son village avec ses paroissiens. Ordinairement à cheval à la tête de ses hommes pour les diriger dans leurs petites expéditions, il mettait pied à terre au moment du combat. Quatre cents soldats français , prisonniers du corps d'Oudinot, furent délivrés sur la route de Chaumont à Langres. A Huningue, le comte de Marmier, qui n'avait cependant jamais servi, forma et équipa à ses frais une légion de gardes nationaux mobiles, avec lesquels il défendit héroïquement la ville pendant cinq mois entiers. Mais ces efforts, si utiles qu'ils fussent à la France, ne diminuaient pas les souffrances des pays envahis.

(1) Ce détail et la plupart des faits qui suivent sont empruntés à l'article publié par M. Henri Honssaye dans la Revue des Deux-Mondes du 15 octobre 1887.

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