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SOULÈVEMENT NATIONAL. — POPULARITÉ DE NAPOLÉON

Aussi comprend-on quels devaient être les transports des paysans lorsqu'ils voyaient apparaître l'Empereur, dont l'arrivée les délivrait de leurs bourreaux et était le signe de la victoire de la patrie. C'est pendant cette campagne, où le grand Empereur se mêlait aux paysans, qui le voyaient exposé à tous les périls et à toutes les fatigues, et n'avaient d'espoir que dans son génie et son étoile, que Xapoléon conquit une

Flg. 340. — Les Bonnes NouTelles (12 février 1814). D'après une aqnarclle de G. Opiz. CoUectîou Hennin

popularité dont il n'y a peut-être pas d'exemple. Jusque-là, il avait excité plus d'admiration que d'amour, lorsqu'on le regardait, au milieu des fêtes.

Passer muet et grave ainsi qu'un Dieu d'airain.

Mais aujourd'hui, on oubliait son despotisme et tout ce qu'il avait demandé à la France ; il se montrait à la fois plus grand et moins imposant. A l'admiration qui croissait encore, se mêlait un sentiment plus familier, plus intime, et il allait devenir l'objet d'une sorte de culte dans les souvenii-s des peuples.

On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps.

L'humble toit, dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.

Là viendront les villageois Dire alors à quelque vieille :

« Par les récits d'autrefois, Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, Le peuple encor le révère.

Oui, le révère.

Parlez-nous de lui, grand'mère.

Parlez-nous de lui... »

« Lorsque la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers.

Lui, bravant tous les dangers, Semblait seul tenir la campagne.

Un soir, tout comme aujourd'hui, J'entends frapper à la porte.

J'ouvre : bon Dieu! c'était lui, Suivi d'une faible escorte.

11 s'asseoit où me voilà, S'écriant : « Oh! quelle guerre!

« Oh! quelle guerre! »

— Il s'est assis là, grand'mère!

Il s'est assis là! »

A Paris, après Champaubert et Montmirail, la sécurité, la gaieté même semblait renaître. Les nouvelles de ces victoires coïncidaient justement avec les derniers jours ■du carnaval. « On commençait à plaisanter, dit M. H. Houssaye, ceux qui avaient envoyé leur mobilier en province ou caché leur or dans leurs caves. On distribuait aux blessés et aux prisonniers les provisions amassées pendant les jours d'alarmes. Les plaisirs, sinon les affaires, reprenaient. Des masques coururent les boulevards pendant les jours gras; il y eut foule aux derniers bals de l'Opéra. Le Palais- Royal reprit son Diable au corps. On dansait, au Wauxhall, au bal Tarare, au cirque de la rue Saint-Honoré. Dans les salons on causait de la mort de Geoffroy, le célèbre écrivain des Débats, et du mémoire du jeune Villemain Sur les avantages et les inconvénients de la critique, que l'Académie française avait récemment couronné. MM. Aignan et Baour-Lormian, candidats en présence, faisaient leur visite comme si de rien n'était. Dans les théâtres, où l'on venait, comme à la Bourse, en uniforme de garde national, on applaudissait les couplets et les tirades patriotiques des pièces de circonstance. L'Opéra donnait YOri- Jlamme; le théâtre de l'Impératrice, les Héroïnes de Belfort; les Variétés, Jeanne Hachette-, l'Ambigu, Philippe- Auguste ; la Gaîté, CJmrles Martel ; le cirque Français, le Maréchal de Villars; le théâtre Feydeau, Bayard à 3Iézières. La Comédie-Française annonçait la Rançon de Duguesclin avec Talma et M"° Georges. Le Vaudeville jouait l'Honnête Cosaque de Désaugiers, satire des prétendues intentions pacifiques des souverains alliés et de la prétendue discipline de leurs soldats. »

A l'étranger, l'admiration n'était pas moindre; mais elle s'exprime différemment. Joseph de Maistre écrivait : « Après le congrès qui a donné à notre ami Napoléon les deux choses dont il avait le plus besoin, le temps et l'opinion, on n'a le droit de s'étonner de rien. Il faut avouer aussi que cet aimable homme ne sait pas mal son métier. Je tremble en voyant les manœuvres de cet enragé et son ascendant incroyable sur les esprits. Quand j'entends parler, dans les salons de Pétersbourg, de ses fautes et de la supériorité de nos généraux, je me sens le gosier serré par je ne sais quel rire convulsif, aimable comme la cravate d'un pendu. »

Ces sentiments des Parisiens ne doivent pas nous étonner. Les souverains alliés eux-mêmes, malgré l'immense supériorité de leurs

NEGOCIATIONS. — CAMPAGNE CONTRE SCII WARTZENBERG. 789

forces, doutaient de réussir contre « le génie infernal de Bonaparte » et étaient consternés de la rapidité avec laquelle il avait tué, pris ou dispersé 120.000 hommes. Lord Castlereagli, qui était venu en personne représenter l'Angleterre au congrès de Châtillon, l'empereur d'Autriche surtout et Metternich, n'avaient pas l'intention de

Fig. 341. — Le Mardi gras, 22 février 1814. D'après une aquarelle de G. Opiz. Collection Hennin.

pousser à bout Napoléon. Mais les Russes et les Prussiens étaient hostiles à tout projet de traité qui aurait laissé Napoléon sur le trône. « Au bout de quelque temps, disaient-ils, la France reprendrait les armes en même temps qu'une nouvelle puissance, l'Empereur chercherait à reconquérir ce qu'il aurait perdu et, de nouveau, mettrait l'Europe en combustion. — Ce ne serait pas une paix, s'écriait l'empereur de Russie, ce serait une trêve qui ne nous permettrait pas

de désarmer une minute. Je ne puis pas tous les jours accourir de 400 lieues à votre secours. ))

Par sa conduite à l'égard du congrès, Napoléon venait malheureusement justifier les prévisions de ses ennemis. Le soir même de la bataille de Montmirail, un envoyé de Caulaincourl^ étant venu lui remettre une lettre du congrès, sans même en déchirer l'enveloppe, il la lança dédaigneusement par-dessus son épaule. Quelques jours après, les conditions de Francfort ne lui suffisaient plus, et il défendait à Caulaincourt de traiter si les alliés refusaient le maintien d'Eugène en Italie, d'Élisa Borghèse à Lucques, des fils de Louis-Napoléon à Berg, du roi de Saxe à Varsovie.

Lorsqu'il donnait ces instructions au duc de Vicence, il avait déjà jeté dans l'armée de Bohême le même désordre que dans l'armée de Silésie. Les corps d'Oudinot et de Victor, qu'il avait chargés, en quittant Nogent pour courir sur Blucher, d'arrêter la marche de Schwartzenberg, avaient reculé pas à pas, devant des forces énormes qui s'étaient portées derrière la rivière de l'Yères, petite sans doute, mais très creuse, profonde, et aux rives assez rapides. Auxerre, Montereau et Fontainebleau même étaient tombés aux mains des coalisés. Macdonald était en ce moment occupé à réorganiser à Meaux un corps de 10.000 hommes. Il reçoit l'ordre de se porter au secours de Victor et d'Oudinot. De son côté, l'Empereur, avec la garde impériale, rejoint à Guignes les trois maréchaux, après avoir chargé Mortier de contenir Bulow et Wintzingerode, et Marmont de tenir tête à Blucher. De Guignes, il se dirige, en culbutant l'avant-garde de Schwartzeuberg, sur Mormans (17 février). Il avait alors 50.000 hommes. Le corps de Wrède essaie de lui résister dans cette ville ; il est refoulé et perd 4.000 hommes ; une division bavaroise est écrasée à Valjouan, et les coalisés repassent en toute hâte sur la rive gauche de la Seine. Mais les Wurtembergeois, maîtres de Montereau, veulent garder cette position et le pont important qu'elle commande. Victor, envoyé en avant avec sa cavalerie pour les surprendre, n'agit pas avec une activité suffisante. Napoléon lui ôta le commandement de son corjjs qu'il remit au général Gérard. Celui-ci attaqua sur-le-champ Mon-

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